‹ Les discours de M. le comte de Bismarck: avec sommaires et notesChapitre 113 sur 175 · ORIGINE DES LOIS DE MAI · texte numérisé non relu

ORIGINE DES LOIS DE MAI

M. Beseler alla plas loin en disant: «Je suis persuadé qn'ane paix réelle entre VËglise catholique et romaine et l'Etat, surtout PËtat prussien, ne peut être établie. (Exclamations.) L^histoire dix fois séculaire et les expériences des cinquante dernières années le prouvent. Pourtant cela n'exclut pas qu'on puisse trouver un modus vivendi pacifique, et c'est le devoir de tout bon citoyen de le chercher. ... Je souhaite que TEtat exerce avec précaution et douceur les droits qui lui appartiennent, les jura mafestatica circà sacra, mais sans se dessaisir des pouvoirs que Dieu a rois dans sa main. C'est en somme le plus sûr si l'on veut éviter les conflits. ...»

L'orateur critiquait ensuite différents articles du projet de loi, notamment ceux qui règlent par «ordonnance royale» certaines difficultés et certains points litigieux. Suivant lui, c'était découvrir la personne du Roi et mêler Sa Majesté aux conflits confessionnels. Quant à l'obligation de notifier à l'autorité civile les nominations d'ecclésiastiques, M. Beseler regardait comme un malheur que l'on eût inscrit cette prescription en tête des lois de mai, et souhaitait qu'elle fût modifiée et réglée au plustôt par une autre disposition légale. — Conclusion: il lui était impossible de ne pas voter contre le projet de loi.

Le ministre-président prince de Bismarck, prenant alors la parole, prononça le discoars suivant:

Messieurs, l'orateur que nous venons d'entendre se trouve dans la situation avantageuse, comparativement à moi, d'être pleinement en droit, comme membre de cette Chambre, d'exprimer son opinion personnelle, et rien que cette opinion, sans avoir à se demander quelle impression elle peut produire sur ceux qui pensent autrement. Ma position ministérielle ne me permet pas d'en faire autant; il me faut subordonner maintes de mes idées personnelles à la raison

d'Etat, en tenant compte de notre existence politique dans son ensemble; et, en ce moment, la résolution du ministère de réserver encore sa décision quant à la position qu'il prendra par rapport au projet de loi et aux propositions à présenter à Sa Majesté, m'interdit de m'engager dans une polémique sur les détails du précédent discours.

Je prends la parole principalement parce que j'ai qualité particulière pour faire un retour sur le passé et l'origine des lois (de 1873) qui nous occupent, — étant le seul des ministres actuels qui fdt déjà membre du ministère lors de

la promulgation des lois relatives à l'Eglise, et pouvant ainsi rendre un témoignage valable des tendances et des vues qui se rattachaient à ces lois. Je puis tirer peat-être de cette circonstance le droit de me poser comme le représentant des intentions qui farent alors celles dn gouvernement.

En ma qualité de témoin, je veux particulièrement protester contre maintes erreurs et altérations de la vérité, — inventées dans une mauvaise intention, et qui trouvent créance auprès de la bêtise humaine, —

(HUarité.) sur la tendance et la signification des lois de mai. J'ai en somme à lutter contre cette situation désavantageuse que me font mes adversaires en exagérant de beaucoup mon influence et ma puissance dans les affaires de ce monde, afin de pouvoir mettre à ma charge tous les maux possibles sur terre. De là pour eux l'avantage, auprès des gens crédules, de dire, à chaque événement fâcheux qui arrive, que j'en suis principalement cause (i).

Je n'ai point participé à la création de ces lois comme ministre du département spécial (^), ni même comme ministreprésident ('); je n'y ai pris part que comme membre du ministère. Â l'époque où remonte l'origine des dites lois, le comte de Roon était ministre -président. Par la suite aussi, je dus me faire remplacer dans les affaires intérieures,

i}) cf. Vol. XII des DiicovrSy p. 185. «... L^Empereur (Napoléon III) avait ce malhear que toate calamité qui arrivait quelque part, en Tartarie ou en France, était portée à son compte. J*en suis exactement au même point. ...»

(') le ministre de instruction publique et des cultes; — c*était alors M. Falk.

(*) Au commencement de 1873, le prince de Bismarck ayait été déchargé par Sa Majesté de la présidence du ministère, (v sur ce sujet la lettre royale du 25 janvier 1873, et les explications données à la Chambre des députés par le prince de Bismarck, même date Volume V des Discours, p. 7 et suiv )

Le prince de Bismarck continua de faire partie du ministère prussien comme ministre dos affaires étrangères — En novembre 1873, il reprit la présidence du ministère.

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