LA FIN NATURELLE DES LOIS DE MAL
«Mes relations se réduisaient, comme je Pai dit, à celles que j'entretenais avec le cardinal Antonelli, esprit très sage, mais malheureusement sans influence à l'heure qu'il est; je conserve néanmoins l'espoir que l'influence du Pape sur le parti-Centre se maintiendra.
«Car, de même que l'histoire nous montre des papes guerriers et d'autres pacifiques, des papes militants et d'autres se consacrant au spirituel, j'espère quun jour, bientôt, reviendra anssi le tour d'un pape ami de la paix , . . . qui soit disposé à laisser d'autres gens vivre à leur guise, et avec lequel la paix pourra se conclure; c'est là mon espérance, — et alors j'espère trouver encore un Antonelli qui soit assez sage pour se prêter à la paix avec le pouvoir séculier ...»
Partout, même alors, au plus fort de la lutte, cette sorte d'aiguille (^) tournée vers la paix, c'est-à-dire la fin naturelle des lois de mai comme lois de combat, n'a jamais été perdue de vue. Et pourtant je m'entends reprocher aujourd'hui — je l'ai lu dans les journaux — que depuis 01mfitz('^) jamais rien de plus indigne n'a été demandé à l'Etat. Canoèsa est le troisième mot qu'on lance à mon adresse. De ce même discours (^), où je disais: «nous n'allons pas à Canossa» — un mot qu'aujourd'hui encore je répète — ressort le sens que l'on doit donner à ce Canossa et la portée qu'il a réellement.
J'ai dit alors:
«Les gouvernements de l'Empire allemand cherchent assidûment, avec la sollicitude qu'ils doivent
(}) Zuspitzung^ littéralemeot: terminaison en pointe.
(') Convention d'Olmfitz en 1850. — v. sur ce sujet le Volume intitulé: M. de Bismarck député^ p. 286 et smv.
(') «Soyez sans crainte, Messieurs, nous n^allons à Canossa ni de corps ni d^esprit. . . .* — Discours au Reichsiag, 14 mai 1872, sur le poste d'Envoyé de TEmpire près le Saint-Siège. Vol. YI des Discours^ p. U2.
avoir pour leurs sujets catholiques, aussi bien que pour les évangéliques, — le moyen d'arriver de la situation actuelle à un état de choses plus acceptable, d'y arriver d'une manière aussi pacifique que possible, d'une manière ébranlant aussi peu que possible les conditions confessionnelles de l'Empire (*)
t . . . Le gouvernement doit à nos concitoyens catholiques de chercher, sans se lasser, par quelles voies on peut arriver — de la façon la plus conciliante et qui confessionnellement froisse le moins — à ce règlement de frontières entre les deux pouvoirs de l'Eglise et de l'Etat, dont nous avons absolument besoin dans l'intérêt de notre paix intérieure 'O
L'espérance de voir arriver au gouvernement de l'Eglise un pape mieux disposé pour la paix, se réalisait un peu plus de trois ans après ces dernières paroles. Je me réfère ici à l'un des premiers manifestes du pape Léon XIII en 1878, bientôt après son avènement; il y est dit:
«Nous continuerons d'agir ainsi pour la nation allemande au milieu des obstacles de toute sorte, car Notre âme ne trouvera jamais de repos tant que la paix religieuse ne sera pas rétablie en Allemagne. 9
Je crois, Messieurs, que ce que je viens de lire suffit pour infirmer toute supposition que nous ayons jamais considéré «les lois de combat» religieuses comme une base ponr l'avenir durable de l'Empire ou de la Prusse. Aussi, dans le sens de ce que j'ai dit, — dès que le pape actuel fut arrivé au gouvernement de l'Église, j'ai noué des relations qui sont publici Juris. Nous avons eu à Eissingen avec le nonce Masella des négociations qui semblaient avoir toutes chances
(}) même discuurs, Vol. IV, p. 143.
(3) Ibid., p. 145.