NEGOCIATIONS AVEC LE SAINT-SIÈGE
de succès, jusqu'au moment où la mort subite du cardinal
secrétaire- d'Etat Franchi fit ajourner ces négociations. A Gastein, j'ai négocié avec le cardinal secrétaire-d'Etat actuel Jacobin!; à Vienne, nous avons encore négocié; ainsi avonsnous continuellement, sans nous lasser, travaillé à la paix, — sans grand échauffement peut-être des esprits d'une part ni de l'autre.
Avec la position prise par plusieurs partis, qui se tenaient comme tertii gaudentea à côté des combattants, nous avons fait peu de progrès. Je m'appliquai donc à chercher ce que nous pouvions faire isolément, de notre côté, comme condescendance à Tégard des sujets catholiques du Roi, — en d'autres termes : ce que nous pouvions faire par voie législative — gratuitement et sans compensation. L'étude de cette question me donna lieu d'examiner les détails des lois de mai de plus près qu'il ne m'avait été possible jusque là avec les autres occupations qui sont plus particulièrement de mon ressort.
En considérant le statu quo où était arrivé le Kulturkampf^ je me suis convaincu que nous avions, comme il arrive toujours dans un combat, occupé maintes portions de terrain ennemi qui réellement, à y bien regarder, étaient pour nous à peu près sans valeur. J'ai essayé de me rendre bien compte de leur valeur, afin de fixer d'abord dans mon for intérieur la ligne jusqu'à laquelle je croyais que le Roi de Prusse pût faire à ses sujets catholiques des concessions spontanées, gratuites, sans préjudicier à sa propre autorité ni à la sûreté et aux droits de l'Etat. Dans cette vue il me fallait considérer aussi qu'une lutte contre des adversaires intérieurs a d'autres règles encore qu'un combat avec l'ennemi du dehors. Lorsqu'on a à combattre l'ennemi étranger, on dit, à chaque coup qui ne porte pas: c'est tant pis! Dans les conflits intérieurs, il faut toujours se demander, chaque fois que l'on blesse l'adversaire, s'il n'y a pas de rapport entre ce mai et un autre dont on voudrait se garder, — c'est-à-dire l'avantage que la partie adverse
attend de là. Un ministre dirigeant du moins doit, dans tontes les inttes intérieures, ne jamais perdre de vne Tensemble, les conséquences possibles pour Tensemble, et, autant que je sache, c*est ce que je n'ai jamais oublié, même dans des conflits intérieurs plus graves que celui- ci (^), dans des luttes qui précédèrent celle-ci. Jamais je n'ai été homme de parti ; toujours je suis resté l'homme de l'Etat et du Roi.
Parmi les dispositions que j'estime, dans mon jugement personnel, avoir une moindre valeur pour l'Etat, se trouve notamment une grande partie de celles qui ont trait à l'éducation et à la nomination des ecclésiastiques, puis ce que l'orateur précédent désignait comme la surveillance des établissements d'éducation, puis encore les droits de l'État à l'égard des prêtres sous le rapport de sa juridiction, bref toute la concurrence que par les lois cléricales l'Etat a essayé de faire à la Curie romaine, en ce qui concerne la direction et la nomination des prêtres. De toutes ces dispositions une grande partie, d'après ma conviction privée, rentre dans le genre de ce que ... — en ce moment je ne vois pas d'expression adéquate pour dire cela en allemand; c'est ce que l'Anglais nomme wild goose chose ^ une chasse de l'oie sauvage, chasse qui ne conduit jamais au but.
Le prêtre catholique, dès l'instant qu'il est prêtre, est un officier enrégimenté du pape; il serait écrasé au mur et anéanti s'il voulait rester prêtre et cependant lutter contre le pape et contre ses supérieurs. Vouloir affermir un prêtre dans sa résistance à ses supérieurs, je tiens cela pour un effort qui n'aura de succès que dans bien peu de cas. Représentez vous une situation qu'il nous est plus facile de juger, — celle d'un officier du Roi de Prusse, qui soit convaincu de l'injustice de la guerre à laquelle il doit prendre part comme combattant. Cette opinion chez lui n'importe nullement; il fera ce qu'on lui commandera, et il serait un officier perdu d'honneur, sa position deviendrait intenable,
(^) allusion au conflit parlementaire de 1862 à 1866.