‹ Les discours de M. le comte de Bismarck: avec sommaires et notesChapitre 12 sur 175 · CARACTERE INTERNATIONAL DE LA QUESTION · texte numérisé non relu

CARACTERE INTERNATIONAL DE LA QUESTION

socialistes, - ch bien! je crois que le gouverneur forait son devoir en réembarquant très vite pour rAliemague ces agents, au cas où leur conduite n'offrirait pas la possibilité d'une prompte et sommaire justice. — Je ne comprends pas bien comment un juriste aussi éminent que M. le député a pu alléguer ceci comme un argument.

H y a encore une foule d'autres lois dont jusqu'ici nous ne pouvons strictement nous servir dans les territoires protégés, parce qu'elles n'y sont pas introduites, mais dans le sens desquelles pourtant notre devoir sera toujours d'administrer ces pays. Précisément l'exemple de la démocratiesocialiste me paraît le plus malheureusement choisi; contre cette démocratie on procéderait — avec l'approbation des commerçants et des non-commerçants que touchent les intérêts coloniaux — d'une façon très énergique, dans le sens des lois allemandes, — et au-delà.

Quant à ce qui concerne les jésuites, par les raisons que j'ai déjà données, — lors même que la loi contre cet Ordre n'existerait pas, je n'en jugerais pas moins utile de ne point admettre provisoirement dans les territoires protégés des missions -jésuites, surtout les françaises. C'est sans doute affaire d'opinion de juger quel but la politique doit se proposer et qu'est-ce qui est conforme à ce but; pour l'un, la prédominance de l'élément que les jésuites représentent, la domination temporelle, est la dernière fin du développement des choses; pour l'autre, le but, c'est de combattre ces mêmes principes.

Toute la genèse de cette question, qu'il me faut maintenant traiter plus en détail, n'est point — répondrai -je à M. l'orateur — confessionnelle, mais internationale. Dans la personne de ces messieurs Weik et Stoffel (les deux missionnaires parisiens) ce n'est pas en première ligne les jésuites que nous avons récusés; la loi contre les jésuites n'était que l'instrument naturel qui s'offrait. L'obligation, plus impérieuse encore plus pour nous, d'éconduire ces messieurs provenait de leur caractère comme Français et comme

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agents de sociétés françaises. — Ponr prouver ceci par des documents, il me faut remonter un peu en compulsant les pièces du dossier.

Je fus d'abord saisi de l'aifaire, cet été, à Kissingen, par une lettre qui m'arriva le 9 juin avec la signature de M. Weik, et où ce «vrai allemand > (*), comme rappelle H. l'orateur, — écrit (en français):

€ Allemand moi-même y mais absent depuis vingtdeux ans de la mère-patine^ Q) —

puis il me demande une audience.

Suit un rapport du gouverneur de Cameroun, daté du 5 juillet, qui s'exprime in specie très favorablement pour ces messieurs ; mais le sommaire déjà de ce rapport est caractéristique: — «Rapport no 5, concernant rétablissement d'une «Mission française dans le territoire de Cameroun»; — d'allemand^ il n'est pas question. Dans le rapport il est dit:

La congrégation du Saint-Esprit et du Saint Cœur de Marie a envoyé ici un de ses prêtres, le Père Stoffel, pour y préparer le nécessaire en vue de la fondation d'un établissement de Mission dans le territoire de Cameroun.

Le gouverneur loue l'activité de ces messieurs et leur habileté, il leur rend justice à tous égards, et — je ne veux pas non plus vous taire ceci — il dit:

J'ai des raisons de supposer que la congrégation acquiescera, de son côté, à ces conditions —

— c'est-à-dire pour exercer l'enseignement; — mais c'est toujours la congrégation parisienne —

d'autant que cette société ne manque point de membres parlant allemand. Peut-être la franchise des droits d'importation pourrait- elle être d'autant

0) richtiger Deutsche,

(*) Les mots cités en français ici et plus loin sont rcprodaits en italique dans la traduction.

roieax accordée par nous à la Mission pour an temps limité, qu'en somme on n'a pas l'intention d'établir ces droits.

C'est l'opinion de M. le gouverneur. — Vous voyez ainsi qu'il n'y avait là aucune prévention contraire,

(M. lo député Dr Windlhorst: «chez le gouverneur, dod, — mais

chez rautorité centrale!»)

— chez inoi sans doute!

(Hilarité.)

Pour prouver que jamais l'établissement projeté n'a été désigné autrement que «une Mission française», je citerai encore une pièce officielle du 8 août, — une lettre de l'Office des affaires étrangères au ministre des cultes.

(Lisant.) J'ai l'honneur de transmettre à Votre Excellence, pour qu'elle veuille bien en prendre connaissance, ci-joint en copie le rapport du gouverneur impérial de Cameroun, daté du 5 du mois dernier, concernant l'établissement de la Mission française dans le territoire de Cameroun. Avant de prendre aucune mesure, j'ai l'intention d'attendre d'abord la demande directe, qui est annoncée, de la congrégation du Saint-Esprit et du Saint Cœur de Marie; toutefois il serait à désirer dès à présent d'avoir des informations plus précises sur l'œuvre et le caractère de la susdite société de Missions.

Là-dessus est arrivée la réponse, qui nous renseigne sur l'origine de cette congrégation, — fondée, en 1804, par le fils converti d'un rabbin d'Alsace, — à Neuville, près d'Amiens. C'est donc un institut complètement français qui s'est consacré à l'œuvre des Missions en Afrique.

Dans l'année 1852, le gouvernement français transférait à la congrégation le séminaire colonial de Paris, — ainsi, cette société est un organe français du gouvernement, — et secondement lui transférait de même le séminaire français à

Rome, fondé en 1853; soit deux établissements officiels français du gouvernement qui dépendent de cette congrégation, et en admettant chez nous celle-ci, nous aurions eu aussi dans le Cameroun un établissement officiel français du gouvernement.

(Lisant) (^). Les principales sources à consulter sur l'œuvre de cette congrégation, ainsi que des autres sociétés religieuses catholiques,, sont «les Annales pour la propogation de la foi>, qui paraissent à Cologne dans la traduction allemande. L'œuvre de civilisation de la susdite société de Missions est également louée d'ailleurs par des protestants; et que cette louange repose sur la vérité, on doit d'autant plus le supposer qu'il est dans la nature des Missions romaines de se contenter d'une éducation extérieure, suffisante pour remplir les devoirs du culte chrétien, plutôt qu'elle ne façonne aux formes et aux œuvres d'un degré de culture plus élevé. — Comme on affirme de plusieurs côtés que ce sont surtout des Alsaciens et des Lorrains

— c'est-à-dire des Alsaciens de la revanche —

qui se consacrent à la Mission d'Afrique occidentale, — peut-être par la Lieutenance de l'Empereur en Alsace-Lorraine pourraient être obtenues des informations plus explicites sur l'œuvre et le caractère de cette société de Missions.

Vous voyez ainsi que l'aflaire a été examinée avec soin et sans idées préconçues. — Notre ambassadeur en France, à cette époque, écrivait le 4 octobre dernier:

(Lisant) Un certain Père Weik, membre de la congrégation du Saint-Esprit et du Saint Cœur de Marie, laquelle dans le temps possédait des Maisons en

(*) c^est la suite textuelle du rapport dMnformations, dont le commencement Tenait d^être analyse.

Allemagne, mais plus tard fat expulsée avec les antres Ordres, est venu me faire ici une visite et m'a exposé que le désir de son Ordre serait de fonder en Allemagne une maison d'éducation pour ses missionnaires,

— c'est donc la demande principale; elle me vient de ce côté-là —

afin de pouvoir recruter un nombre suffisant de missionnaires pour les colonies allemandes en Afrique. J'ai dit au Père Weik que je ne pouvais lui donner l'espérance qu'un Ordre expulsé obtînt l'autorisation de fonder une maison en Allemagne.

Je rappelle que — d'après les données inexactes de la Germania^ qui ont été réfutées par la rectification ministérielle, — ces ecclésiastiques auraient ensuite prétendu que Tambassadeur prince Hohenlohe leur avait recommandé de s'adresser au gouvernement de l'Empire, et leur laissait concevoir de l'espérance, — tandis que le rapport, envoyé ici, disait:

cj'ai expressément ôté toute espérance au Père Weik».

J'ajoute ici entre parenthèses une observation que j'avais précédemment omise: — savoir, que cette rectification (officielle), dans les colonnes mêmes de la Germania^ n'a nullement eu pour but, comme M. l'orateur semblait l'admettre, de développer un programme du gouvernement, — je ne pense pas que nous eussions pour cela choisi précisément cette feuille —

QlilaHté à droite.^ mais qu'elle eut exclusivement pour objet de caractériser et de corriger le manque de véracité que, dans cette affaire tout au moins, la dite feuille avait affiché d'une étrange façon en dénaturant effrontément tous les faits. Si M. le député a voulu construire avec cette rectification un programme de gouvernement qui dût être défendu ici, et

dont il pouvait Ini-même tirer d'avance les conséquences, il s'exagère certainement l'importance de la Gei^nianiay du moins celle que du côté du gouvernement nous attachons à cette feuille.

Ainsi, l'ambassadeur ne laissa point espérer au Père Weik qu'il obtînt l'autorisation de fonder une maison en Allemagne, mais il s'en remit à lui de m'adresser son projet sous forme de lettre, — cafin de pouvoir obtenir l'approbation de Votre Altesse». Là- dessus, le père Weilc m'a écrit une lettre.

Vient ensuite — écrite de nouveau dans la langue de ce «vrai Allemand» Q) —

(HilariU.) une lettre, du 4 octobre, au prince Hohenlohe:

La conffi^égation du Saint-Esprit etc. demande au gouvernement allemand de lui pe^^m^ttre de fonder en Allemagne une maison à fin de former des missionnaires pour les colonies allemandes en Afrique.

Ce sont les mêmes phrases que j'ai déjà trouvées dans la première pièce. — Puis, sont représentés les services que la congrégation se fait fort de rendre,

dans le but principal de Vévangélisation et de la civilisation des races noires.

Du même, et dans la même langue, une lettre du 22 octobre, adressée à mon fils, (^) où il est dit:

Nous avons déjà eu Vavantage â!en entretenir M. le prince de Hohenlohe à Paris et à notre passage à Bade. Monsieur le gouveimeur d'Alsace et de Lorraine nous a fortement conseillé de 7ious adressa' à Votre Excellence — — vous avez entendu déjà ce dont il s'agissait —

{}) id est co «vrai Allemand» écrit de noaveaa sa lettre en français.

(') le comte Herbert de Bismarck, sous-secrétaire d^État à TOffice des affaires étrangères de TËmpire.

pour lui faire voir tous les avantages qui en résulte^ raient pour le gouvernement allemand.

Suit une lettre, da 23 octobre, à moi-même adressée.

Nous avons Vhonneur de prier Votre Altesse de vouloir bien nous faire connaître la décision prise par le gou" vemement allemand au sujet de la pvposition que le Père Weik a faite par V entremise de M.' le prince de Hohenlohe etc.

Messieurs, je cite tout ceci pour montrer qu'à nos yeux le caractère français de toute cette pétition reste tout-à-fait prédominant, et je ne sais où M. le député Reichenspefger a puisé sa conviction que c'étaient là de c vrais Allemands*. Malheureusement M. l'orateur, avec la fûblesse de sa voix, ne parlût pas assez intelligiblement pour que j'aie pu tout saisir, — mais il a dit quelque chose sur la réponse que les Pères devaient avoir reçue. C'est pourquoi j'ai pris une note à ce sujet et consulté les pièces officielles. — D'après celles-ci, j'avais adressé télégraphiquement à Paris une question à laquelle il me fut répondu:

Le Père Weik a reçu, il y quelques jours, — aux termes de la lettre (ministérielle) du 8 octobre, — cette réponse : que la législation existante ne permet pas de lui accorder sa demande.

Je puis donner encore quelques éclaircissements sur ce télégramme laconique. L^ambassadeur, dans un rapport du 10 novembre, fournit de plus amples informations:

A la réception de la lettre ministérielle du 8 octobre, le chargé -d'affaires invita le Père Weik à venir recevoir une réponse verbale à l'ambassade.

Après les travestissements de la vérité qui ont paru ici, dans la Germania, au sujet de cette communication verbale donnée en tête-à-tête, j'avais désiré que les entretiens de ce genre fussent évités, ou, que s'ils avaient lieu, ils se tinssent en présence de témoins. A mon regret, cette instruction n'a pas été complètement suivie.

Reprenant la lechtre du rapport:

Le Père Weik se rendit, il y a quelques jours, à cette invitation; il rencontra le chargé -d'affaires dans la rue, aux environs de Tambassade, et reçut alors verbalement la réponse: qu'en raison de la législation existante sa demande ne pouvait être accordée. Le Père en fut abattu; il voulait me parler et recourir à mon intermédiaire. Le chargéd'affaires lui déclara que ce serait inutile et que l'ambassade, en présence de Tétat de la législation, • ne pouvait plus s'entremettre pour lui; — que s'il espérait, grâce à Tintérêt qui règne pour l'œuvre des Missions dans nos colonies, trouver un moyen (de faire agréer sa demande), on devait lui laisser le soin de le chercher lui-même. Là-dessus le Père s'éloigna, et il n'a parlé ni à moi ni à un autre membre de l'ambassade.

Je cite ces détails, insignifiants en apparence, uniquement pour fournir la preuve que les détails donnés par M. l'orateur sur la réponse (reçue par le Père Weik) et sur les conséquences qu'il en a tirées, ne trouvent aucun fondement dans ce qui s'est effectivement passé à Paris.

Je me permets encore — pour l'éclaircissement de ma situation en cette affaire — de vous lire quelques autres pièces officielles, que je peux livrer ici pour l'impression. — D'abord mon instruction, datée de Friedrichsruhe, le 26 octobre, relativement à celles qui devaient être données à notre ambassadeur à Paris. Ces instructions disent:

(Lisant) La congrégation du Saint-Esprit et du Saiîit Cœur de Marie est, d'après la décision du Conseil fédéral du 13 mai 1873, considérée comme affiliée à TOrdre de la Société de Jésus, et par suite, aux termes de la loi de l'Empire du 4 juillet 1872, n'est pas autorisée à entretenir des établissements à l'intérieur du territoire de l'Empire. Les éta-

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