‹ Les discours de M. le comte de Bismarck: avec sommaires et notesChapitre 13 sur 175 · MISSIONNAIRES CATHOLIQUES FRANÇAIS · texte numérisé non relu

MISSIONNAIRES CATHOLIQUES FRANÇAIS

blissements de la congrégation, qui antérieurement existaient en Allemagne, à Marientbal, district de la Régence de Coblenz, et à Marienstadt, district de la Régence de Wiesbaden, ont été en conséquence dissous. Il y a donc impossibilité légale d'accorder aux ecclésiastiques sus-nommés la permission qu'ils demandent d'ouvrir une maison d'éducation en Allemagne pour les Missions d'outre-mer.

Il serait également nécessaire de répoudre par un refus, lors même qu'il s'agirait seulement d^une autorisation de fonder au Cameroun des maisons de Missions de la dite société. Car, d'abord, les autorités de l'Empire, même en ce qui concerne les territoires d'outre-mer, ne sauraient agir en contravenant aux lois de l'Empire, et ensuite il semble qu'il n'est pas sans danger de mettre en ce pays l'œuvre des Missions dans des mains françaises. Aussi bien Weik que Stoffel, quoique d'origine allemande, sont des Français naturalisés, —

tels sont en effet les «vrais Allemands» de M. l'orateur —

et ils ont rais en évidence cette qualité par le fait que dans toutes leurs demandes ici adressées ils se servent exclusivement de la langue française. Gomme jésuites et comme Français ils obéiront aux ordres de leur congrégation, dont la direction est à Paris, et l'on ne peut attacher de créance à leurs protestations d'amitié pour l'Allemagne. Nous devrions plutôt nous attendre à ce que, s'ils acquièrent làbas de l'influence (au Cameroun), ils l'emploient dans l'intérêt anti- allemand. Je suis d'avis que le développement de l'œuvre des Missions dans les possessions d'outre-mer de l'Empire soit laissé à ces sociétés de missionnaires qui ont caractère allemand et dont il n'est pas à craindre que, selon les circonstances, elles exploitent contre nous l'influence

qu'elles pourront avoir gagnée auprès des indigènes. La paix de FËmpire allemand est, malheureusement, toujours encore plus menacée par les sentiments des Français de tous les partis que par aucun autre pays.

Nous avons eu le bonheur de vivre de tout temps en paix et en bonne intelligence avec le gouvernement français. Nous ne pouvons pas en dire autant des partis en France;

— et des faits comme ceux qui se sont produits à l'occasion de manifestations passionnées en Espagne (<), et quelques autres incidents où Topinion publique, non surveillée, non refrénée et non influencée par la sagesse du gouvernement (français), a fait librement sa première explosion, — ont montré, à notre regret, qu'en France les organes dirigeants, dans tous les partis, considèrent l'hostilité contre l'Allemagne, la possibilité qu'un jour arrive le moment de la revanche contre l'Allemagne, et la volonté de prendre cette revanche,

— comme la base la plus sûre pour gagner la faveur publique lors des élections (^) et dans l'opinion populaire.

(Ecoutez! à droite,) Ce phénomène, je ne saurais le nier, a fait impression sur moi. Personne ne peut en rendre responsable le gouvernement français; car, ainsi que je l'ai dit('), tous les gouvernements (en France) auxquels nous avons eu affaire depuis 1870 ont été, comme nous, convaincus qu'il était de rintérêt et de l'avantage des deux nations de maintenir la paix, et ils ont loyalement fait leur possible pour que cette conviction devînt une réalité. Mais avec le poids dont pèse l'opinion publique en France, avec la vive impressionnabilité

(I) à roccasion de la question de& îlesCarolines; — ces manifestations anti-allemandes avaient obtenu Tapplaudissement de la presse française.

C) par exemple aux dernières élections parisiennes, où nn candidat a réuni plus do 100000 voix sans autre titre que d^être directeur de la ligue des patriotes^ autrement dite de la revanche,

C) Reichstag (1884-85). «...Avec la France nous n'avons pas été depuis bien des années dans d^aussi bonnes relations que nous le sommes aujourd'hui. C'est le résultat d'un gouvernement sage et modéré en France. ...» (Vol. XÎI des Discours, p. 220; — v. aussi Vol, Xî, p. 252.)

de la nation, nous ne pouvons, chaque fois, compter avec le gouvernement seul; il nous faut tenir compte de la sensibilité des fibres, des cordes qui résonnent dans la population, et que touchent de préférence ceux qui, dans tous les partis, comme nous le voyons, cherchent à se gagner la faveur populaire.

C'est pourquoi, à mon regret, — en prévision de cas qui sont possibles, bien que j'espère qu'ils ne se produiront pas, — la prudence dans l'organisation de nos établissements coloniaux, exposés comme ils sont, est plus nécessaire que partout ailleurs; — c'est pourquoi, aussi, cette instruction (dont j'ai commencé à vous donner lecture) se terminait en ces termes:

Si tous nos eiforts tendant à la maintenir

— à maintenir la paix —

restent infructueux, un jour à venir, — il n'est guère A attendre que les émissaires de la congrégation parisienne du Saint-Esprit et leurs clients en Afrique se rangent alors du côté de l'Allemagne.

(Très juste! à droite.)

Le rapport suivant qui m'a été remis comme information sur la même question, peut servir encore à mieux éclairer l'affaire:

{Lisant.) Relativement à l'article ci-après de la Ger)nania^ du 27 de ce mois, on fait observer que le Père Weik, lorsqu'il vint (ici) personnellement demander une réponse à sa dernière requête, reçut verbalement du rapporteur (de cette affaire) Dr. Krauel(^) la communication qu'aux termes de la loi de r£mpire du 4 juillet 1872 et en raison de l'affiliation des congrégations du Saint-Esprit et du Sacré Ckeur de Marie à la Société de Jésus, — affiliation reconnue par décision du Conseil fédéral,

(>) coDBeiller rapporUar, an miniatèro dos affaii'ea étrangères.

— la permission de fonder en Allemagne une érole de Missions ne pouvait être accordée.

Vous aurez vu, Messieurs, que c'était la demande principale, et que celle qui avait trait au Cameroun n'était que subsidiaire.

Sur la question faite ensuite par le Père Weik si un établissement de la congrégation au Cameroun même serait permis, le rapporteur répondit que nous préférions avoir dans les territoires d'outre -mer placés sous le protectorat allemand des missionnaires allemands, et point de missionnaires français, de même que les Français, dans leurs colonies, donnaient la préférence à des missionnaires français. Nous devions désirer que les indigènes du pays apprissent l'allemand et non la langue française, dont Messieurs Weik et Stoffel s'étaient servis dans leurs demandes adressées à l'Office des affaires étrangères. Les Anglais (fut-il ajouté) suivaient le même principe; c'est même pourquoi la société de Missions des baptistes anglais, la seule qu'il y eût jusqu'ici au Cameroun, avait témoigné le désir de céder les stations qu'elle occupait là -bas à une Mission allemande et de laisser à celle-ci la continuation de l'œuvre missionnaire.

M. l'orateur verra par là que les Anglais eux-mêmes, qui sont aussi partie contractante à l'Acte du Congo, non seulement tiennent de leur côté à contrôler l'action des missionnaires dans les colonies anglaises, mais encore que là où ils doivent nous céder d'après les traités un territoire qui a été travaillé (dans le sens de l'œuvre chrétienne) par des missionnaires anglais, ils trouvent raisonnable et naturel que les sociétés de Missions anglaises se retirent de là sur terrains anglais et fassent un contrat de vente avec les sociétés de missionnaires allemands — comme celle de Brème, si je ne me trompe — pour leur propre dépossessîon en ce

pays. Ainsi, les Anglais font la même chose que nous, bien qu'ils aient reconnu, eux aussi, les principes de la Conférence du Congo (*). Et M. le député nous reproche ceci comme une sorte de duplicité!

Je ne crois pas non plus qu'une société de baptistes anglais, qui voudrait s'adresser en langue anglaise au gouvernement français et lui demander si elle pourrait de son côté faire œuvre de Mission anglaise dans les colonies françaises sises entre les territoires anglais sur la côte d'Afrique, — obtînt de ce gouvernement une réponse affirmative. — Vous nous demandez à nous de faire ce qui ne se fait dans aucun autre pays. Qu'en face des intérêts de telle ou telle confession, voire même de tel ou tel parti, nous laissions au dernier plan les intérêts du pays, pour cela vous n'obtiendrez pas notre consentement.

(Reprenant la lecture du rapport.)

Des négociations à ce sujet étaient suivies en ce moment avec la société de Missions de Kœnigsberg. Sur quoi, le Père Weik reconnut expressément qu'il considérait lui même une Mission allemande comme la seule qui convint justement pour des possessions allemandes.

En ceci M. le député n'est donc pas du même avis que

le Père Weik lui-même.

{liUaHté.)

Le Père Weik se considère comme Français, M. le député Reichensperger le tient pour un «vrai Allemand».

(Lisant) C'est précisément à ce point de vue (disait le Père Weik) qu'il avait voulu fonder un établissement en Allemagne comme pépinière pour des missionnaires allemands.

Dans la suite de la conversation, le conseiller rapporteur s'exprima favorablement, d'après ses idées

{}) V, supra Tarticle 6 de TActe da Congo.

46 REIGHSTâG allemand. - SESSION DE 18851886.

personnelles^ sur le succès des Missions catholiques en Chine;

— de Natal et des îles de la Mer du sud, que cite la Germania^ il ne fut pas dit un mot —

et Weik parla de Tœuvre de sa congrégation dans TAfrique orientale, en faisant observer quHl serait bon de séparer les territoires des Missions protestantes et catholiques et de suivre à cet égard le principe de priorité (*).

Je n*ai pu entendre si M. Torateur condamnait formellement ce principe ('). — Ce n'est donc pas proprement sur notre terrain que ce même principe a poussé, mais ce sont les missionnaires catholiques qui ont parlé en sa faveur. Us se sont précisément convaincus par leur expérience que pour ceux que Ton évangélise il ne vaut rien qu'en un même pays des missionnaires de différentes confessions cherchent à l'emporter auprès des gens qu'on veut convertir, compétition où il arrive que ce ne soit pas seulement les supériorités, mais aussi les désavantages, de sa propre confession, qui sont discutés. On s'exprime peut-être avec trop de vivacité, afin de représenter bien clairement aux cathécumènes les fausses doctrines des autres confessions.

Ces luttes haineuses entre missionnaires de différentes confessions devant un public qu'on veut convertir, sont souvent venues à ma connaissance par des rapports officiels, et le Père Weik, comme missionnaire éprouvé, en a luimême été témoin. C'est pourquoi, de son propre chef, il a mis en avant l'idée de priorité. Je ne suis pas arrrivé moimême à être fermement convaincu que ce système ou un autre soit le meilleur. £n réalité, dans les questions coloniales, nous sommes encore imparfaitement informés, et des années peuvent se passer encore, nous en resterons toujours à ce même point d'information. Songez qu'à chaque question

0) priorité d^établiBsement dans le pays.

(') il le condamnait en effet; v. l'analyse de son discoars.

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