LE CLERGÉ POLONAIS
de faire dans la lé^slation une différence entre les parties allemandes et polonaises du pays. La considération du fait que malheureusement le clergé polonais exploite, dans une large mesure, sa liberté religieuse pour servir et favoriser des tendances de nationalité polonaises, des tendances à notre sens révolutionnaires, nous a fait paraître impossible d'ac* corder dans les provinces de langue polonaise mainte chose dont la concession n^eût trouvé chez nous aucune objection relativement aux provinces de langue allemande.
Je suis pourtant disposé, sous ce rapport même, — non pas à l'égard du projet actuel, mais en vue de l'avenir, — disposé à admettre une autre appréciation. Si nous réussissons à combattre le polonisme par le moyen que nous avons tout récemment essayé (*), nous avons là un équivalent de plusieurs armes de combat dont nous ne pouvions nous passer sur le terrain clérical, — et, je crois, un équivalent plus doux et ressemblant moins à un moyen de combat, — quand nous essayons de faire à l'aide de Mammon (^) ce qui n'était pas faisable avec la contrainte de la loL Ainsi, cette considération, cette perspective d'une autre ressource contre le polonisme me dispose à aller sur plusieurs points plus loin que ce n'était possible à l'origine du projet de loi.
Lorsque, au sein du ministère nous nous fumes entendus sur le projet du gouvernement, et que nous eûmes demandé l'approbation de Sa Majesté le Roi pour ce projet, la question était de savoir quelle voie nous choisirions poar atteindre ce à quoi tend le projet de loi, c'est-à-dire pour faire bien comprendre aux sujets du Roi de Prusse les intentions du gouvernement. Deux voies s'offraient à nous: d'abord, sim-
Q) ce moyen, c^était la loi, déjà adoptée par la Chambre des députés, et qu^allait voter aussi, quelques jours plus tard, la Chambre - haute (v. suprà^ p. 276), pour favoriser rélément allemand dans les provinces polonaises prussiennes.
O Mammon, id est Pargent, les 100 millions de marcs qui doivent être employés à acheter des biens polonais dans les provinces de Posen et de la Prusse-orientale.
plement, celle de la législation ordinaire, celle ensnite de la négociation préalable avec la Curie romaine.
J'ai préféré cette dernière voie par plnsiearB motife; — non pas que je tendisse à ouvrir ou que j'eusse poursuivi une négociation bilatérale, mais il m'a semblé utile de porter à la connaissance du Pape le projet que nous voulions présenter au Landtag prussien, et de connaître le jugement de Sa Sainteté sur ce projet, sans que nous promissions d'ailleurs de changer notre résolution d'après le jugement qui serait porté à Rome.
J'ai donné la préférence à cette voie, parce que mon impression était que je touverais chez le pape Léon XIII plus de bienveillance et plus d'intérêt pour la consolidation de l'Empire allemand et pour la prospérité de l'Etat prussien que je n'en ai trouvé parfois chez la majorité du Reichstag
allemand.
(Ecoutez!)
Je tiens le Pape pour plus ami de l'Allemagne que le Centre. Le Pape est sage, modéré, ami de la paix ('). Que
{}) Ces sentimeDts du prince de Bismarck avaieDt déjà trouyé leur expression dans sa réponse à la lettre qn^il avait reçue du Pape Léon III, relativement à la médiation du Saint-Père dans Taffaire des îles Carolines.
De même, la lettre du Pape témoignait la haute confiance personnelle de Sa Sainteté en la sagesse et Pesprit conciliant du prince de Bismarck.
Cette correspondance a donc la valeur d^un document pour Thistoire de la pacification religieuse en Prusse, et à ce titre la reproduction des deux lettres trouve ici sa place, (a)
(a) La lettre du Pape est traduite du latin. Celle du pnnce de Bismarck a été écrite en français.
A VéminerU prince Othon de Bismarck, grand-chancelier de VEmpire
allemandy salut,
«Les conditions que nous avons proposées au sujet des îles Carolines ont eu pour résultat un heureux accord ; aussi avons-nous eu soin que Pauguste empereur d^Âllemagne fût informé de la grande joie que nous avons ressentie par suite de ce résultat. Mais à vous aussi, très puissant prince, nous voulons faire part des sentiments de joie dont