‹ Les discours de M. le comte de Bismarck: avec sommaires et notesChapitre 136 sur 175 · RÉTABLISSEMENT DE LA PATX RELIGIEUSE · texte numérisé non relu

RÉTABLISSEMENT DE LA PATX RELIGIEUSE

paix, à l'arroser et le cultiver avec nous. Pour ma part j'y prêterai sincèrement la main.

{Vifs applaudissements au Centre.)

Si cela ne nous mène pas au but, ceux qui ne voient le salut de TEtat et sa sûreté que dans la lutte continuée et renouvelée, — dès qu'ils pourront réunir à cet effet une majorité parlementaire, ils seront à même toto die de faire une seconde édition des lois cléricales, des lois de mai, des lois de combat. Mais alors j'espère que ces lois prendront une tournure un peu plus politique, un peu moins juridique que celle des précédentes, qui ont uniquement un pretium affectiofiis; — quant à une valeur réelle, effective, je ne puis, à mon point de vue, comme représentant du gouvernement prussien, attribuer cette valeur à ce dont nous nous défaisons aujourd'hui.

C'est pourquoi je serai reconnaissant si, sans grande polémique et sans renvoi à une commission, — car c'est toujours une alimentation de polémique, — nous acceptons le. projet tel qu'il nous est venu de la Chambre des Seigneurs, bon ou mauvais, comme un essai d'où nous attendons, avec l'aide de Dieu, notre paix intérieure, la paix qui nous a manqué jusqu'ici, — si nous l'acceptons à ce titre et abordons ce terrain avec bon courage, dans une mutuelle confiance. (Vifs applaudissements à droite et au Centre.)

M. de ZedlitZ'Neukirch (Droite) soutînt le projet de loi. Il croyait le moment opportun pour renouer les bonnes relations entre rÉglise et rÉtat. Sans parler des points noirs qu^on peut apercevoir sur Thorizon étranger, les tendances subversives de la démocratie socialiste exigeaient que, dans Pintérêt de la nation, tombât cette sorte de mur de séparation qui avait empêché jusquMci les catholiques et leurs représentants de prendre part, avec impartialité, aux travaux communs. La première condition pour le rétablissement de la paix confessionnelle se trouvait déjà remplie par les dispositions conciliantes que témoignait évidemment le chef de FEglise romaine. — Si d'ailleurs les premiers pas faits de part et d^autre dans cette voie de pacification ne conduisaient pas an but désiré, le ministre -président avait fait justement

obserrer qa^il serait toujours loisible aux pouvoirs législatifs prassient de rétablir des lois défensives; mais il j avait tout lien d'espérer maintenant qa^on arriverait à créer an modus vivendi satisfaisant entre rÉut et rÉgUse.

Un troisième oratenr du parti libéral - national, M. Seyfardt^ remercia d'abord le ministre-président d'avoir justifié lui-même la position de ce parti dans la question présente. — Quant à l'expression dont le prince de Bismarck s'était servi en disant qu'un député pouvait se permettre le bixe d'une opinion indépendante, M. Seyffardt ne l'admettait pas, attendu que pour les libéraux-nationaux leur opinion sur les lois de mai «n'était point un luxe, mais une nécessité».

«Mes amis et moi», ajouta l'orateur, «nous sommes gens pratiques; et si nous votons contre le projet de loi, c^est que dans notre conviction, il ne peut conduire à la paix. . . . Toute la question se résume en ceci: avons-nous confiance dans les autorités avec lesquelles nous nous voyons forcés de contracter? M. le ministre -président a-t-il luimême cette confiance et jusqu'à quel point? Quant à moi, la foi me manque. Et si l'on veut me permettre une double citation de Gœthe, tirée de son poëme dramatique le TasêCt jo dis avec le poète: «Le pape veut toujours prendre^ ne rien donner»^ — et encore: 'Quel est T homme habile qui ne trouverait son maître au VaHcan1»Q) — «M. le ministre-président ne réussira pas, je le crains, à rallier par ses concessions nos collègues du Centre. Leur chef, M. Windthorst, a formellement dit que si le conflit politico-elérical s'apaise, une nouvelle lutte s'engagera sur le terrain de l'École.»

Le ministre-président prince de Bismarek répliqua:

Je veax d^abord faire observer qu'en parlant, comme je l'ai fait, du «luxe d'une opinion indépendante» (^), je n'ai nullement attaché à ces roots une critique et un blâme, mais qu'ainsi j'exprimais plntôt une sorte d'envie de la liberté d'action que ces messieurs possèdent et à laquelle je dois renoncer.

11 me faut ensuite rectifier aussi quelques idées de l'orateur précédent. — 11 me demande si j'ai réellement confiance en ces puissances avec lesquelles nous contractons. Messieurs, nous n'avons fait aucun traité, comme déjà je l'ai remarqué;

(}) «Der Papst will immer nebmen, geben nicbts.»

— «Denn wolcher Kluge ffind' im Vatican nicht seinen Meister?»

(Torquato Tasso.) (•) cf. .Buprà, p. 335.

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