‹ Les discours de M. le comte de Bismarck: avec sommaires et notesChapitre 16 sur 175 · RÉPLIQUE D'UN ORATEUR DU CENTRE · texte numérisé non relu

RÉPLIQUE D'UN ORATEUR DU CENTRE

Le chef da parti-Centre, M. Windthorst^ prit alors la parole. — 11 se félicita d^abord de Tattention et de rimportance qae le chancelier prêtait an principal organe catholique, et ne ménagea pas lai -même ses éloges à la Germcaùa, en regrettant toutefois qne cette feuille «n'évitât pas toujours de prendre un ton que tel journal officieux a adopté pour le scandale du monde». — Parlant ensuite du conseil que le chancelier avait donné de laisser plutôt aux membres catholiques du Conseil fédéral la représentation et la défense des intérêts catholiques, Torateur ne pouvait guère considérer cette exhortation que comme une ironie, car depuis que TEmpire existe, avait-on jamais vu la Bavière et la Saxe défendre les intérêts du catholicisme? Malgré toute Tinimitié que témoignait le chancelier aux représentants catholiques, ceux-ci aimeraient encore mieux s'en reposer sur lui seul du soin de défendre la cause de leur confession. — «Une preuve de son sentiment de justice*, ajouta M. Windthorst, «c'est qu'aujourd'hui, dans sa réponse, il a complètement passé sous silence l'article VI de l'Acte du Congo, où il est clairement établi qne dans tout le territoire du Congo l'exercice de la religion doit être libre, que les Missions de tous les cultes y pourront développer leur œuvre sans aucune entrave. ... M. le chancelier se tenait alors au point de vue élevé d'un diplomate européen, mais, dès qu*il descend de cette hauteur, ou le voit tomber dans les mesquineries de police, dans d'étroites partialités, que même un missionnaire évangêlique ne voudrait pas défendre. ...»

«Les jésuites ne sont pas tolérés en Allemagne; la société de Missions du Saint-Esprit est affiliée aux jésuites, donc elle doit pas avoir accès dans les territoires placés sous le protectorat allemand, — ainsi argumente M. le chancelier. De même, les Pères de cette société ont écrit une lettre en français, donc ils doivent être Français; — qu'ils le soient en effet, cela n'est nullement prouvé.

«Les Missions évangéliques sont fort respectables, mais elles n'ont pas un nombre suffisant de missionnaires. Et l'on repousse les Missions catholiques! pourquoi? parce qu'elles sont aux mains des Ordres religieux. M. le chancelier peut apprendre cependant des colonies anglaises et particulièrement de l'Inde ce dont le gouvernement anglais est redevable aux jésuites pour l'affermissement de sa possession coloniale. Frédéric- le-6rand estimait les jésuites comme les meilleurs instituteurs et voulait à tout prix les avoir en Silésie. De même en Russie, sous Catherine la grande. Mais depuis les idées ont singulièrement changé en Prusse et en Russie. ...»

Après avoir protesté contre le reproche de manque de patriotisme que le chancelier adressait «à tout Allemand qui ne partage pas ses idées,» l'orateur termina en renouvelant ses critiques, tout au moins ses doutes à l'égard de la direction donnée jusqu'ici à la politique coloniale, et rappela qu'il n'avait cessé personnellement de recommander sur ce terrain la sagesse et la circonspection.

Le chancelier de TËmpire prince de Bismarck répliqua :

M. l'orateur qui vient de parler a essentiellement confirmé chez moi Timpression produite par celui qui Pavait précédé: — l'impression qu'il s'agit ici principalement, en cette interpellation, d'un premier engagement préludant aux débats sur la politique coloniale; et vous conviendrez avec moi, Messieurs, que nous nous trouvons tout-à-coup en pleine discussion coloniale. Toute autre chose est rejetée au dernier plan. La manière dont les colonies doivent être traitées, dont la législation y doit être introduite, la revue rétrospective, historique, de la position des partis par rapport à la question coloniale, — tout cela a été repris dans le discours de M. le chef du parti-Centre, et l'orateur a fait ainsi lui-même ce dont il m'accusait au commencement de son discours, c'est-à-dire qu'il a déplacé le punctum aaliena de la discussion. Avec lui, toute la question a dévié de son point de départ et dérivé en un débat général sur les colonies.

Primitivement, il ne s'agissait point de colonies; ce dont il s'agissait, c'était de savoir s'il devait être permis à deux ecclésiastiques français de fonder en Allemagne une école de Missions, contrairement à la législation existante, — de fonder une maison^ d'établir une école où seraient d'abord formés des missionnaires pour les colonies. Dans tout ce dont je vous ai donné lecture, il n'a jamais été question des colonies que secondairement. La demande principale portait sur cette fondation.

En second lieu, il s'agissait de la véracité du journal la Germaniay et de la rectification que cette feuille avait essuyée de la part de M. le ministre de Bôtticher. De ceci, autant que j'ai pu l'observer, il n'a pas été dit un mot dans le discours de M. le député Windthorst; l'orateur a passé làdessus. Avec l'habileté oratoire qui le distingue, il a transporté la discussion sur un tout autre thème, lequel fournissait matière à affirmer plusieurs choses, à en contester plusieurs autres, mais qui n'ont été ici ni affirmées ni contestées par moi.

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