‹ Les discours de M. le comte de Bismarck: avec sommaires et notesChapitre 21 sur 175 · PRINCIPES DB LÀ POLITIQUE COLONIALE ALLEMANDE · texte numérisé non relu

PRINCIPES DB LÀ POLITIQUE COLONIALE ALLEMANDE

plus disposé à se poser en ennemi vis-à-vis de nous, — de les laisser prendre racine dans nos possessions.

M. Porateur a soutenu que Messieurs Weik et StofFei ne sont pas Français. Je ne sais ce qui Fautorise à nier leur nationalité; elle est nettement établie par les pièces ofiBcieiles. L'un d'eux est français de naissance; il est né en Alsace, lorsque celle-ci était encore française; un de ses parents a été en France un militaire éminent. L'autre est un Badois d'origine, volontairement devenu français par option; c'est donc un Français renforcé, — celui-là qui, arrivé à l'âge d'homme, est devenu français, qui a librement choisi cette nationalité, et délibérément s'est voué lui et tout son avenir au service de son pays d'adoption. Il en est de lui comme de tous les convertis et renégats, qui travaillent et agissent dans leur nouvelle direction bien plus chaudement qu'un Français de naissance; ce dernier peut être un homme tout-à-fait exempt de préventions. Mais celui qui choisit la nationalité française par opposition à sa nationalité de naissance, est bien certainement un Français très accentué.

M. le député a étendu le débat sur les colonies au point de soumettre derechef ici à la critique tout le système colonial que nous proposions d'adopter et que j'ai recommandé l'an dernier, — et d'élever des doutes sur nos vues à cet égard. Après comme avant, je ne peux dire qu'une diose, c'est qu'autant qu'il m'est possible, je me prononce uniquement toujours pour le même principe qu'il y a environ un an et demi j'ai posé devant la commission du budget (i),

(^) (Vol. XI dw Discours^ p. 207-217.) — Devant la commifision da budget (session du Reickstag de 1884) le chancelier de PEinpire avait donné ces explications sur la politique coloniale allemande:

« .... Il ne nous conviendrait pas d'occuper dos pays où nous n'avons point d'intérêts, pour y appeler artificiellement une immigration allemande, — de faire administrer ces pays par des fonctionnaires allemands et d'y établir des garnisons. Il nous manque pour un tel système colonial des fonctionnaires formés ad hoc; ce système nous coûterait

62 UEIGHSTâG allemand. - SESSION DE 1885-1886.

c'est-à-dire que nous ne vonloDs aucune organisation par rÉtat, aucune colonie dans le sens français, aucune garnison, etc.; qu'au lieu de cela nous nous proposons seulement d'étendre notre protection sur le commerce allemand partout

trop cher, et îl exigerait trop de notre mariDC. . . . Mais toat autre chose est de placer sons la protoction de rfimpire les libres étabKssemeDts, émanés en qnelqae sorte du sein de notre nation, et créés par des sujets allemands dans des contrées qaî ne sont pas sons la soQTeraineté — reconnue — d^une antre nation.»

En séance pléniëre (26 jnin 1884), le chancelier renouvela et compléta comme il suit ces explications (Vol. XI, p. 227):

«... Je répète que je suis contre des colonies — je yeux dire des colonies fondées d'après le système suivi pour la plupart d'entre eUes au siècle dernier, et qu'on pourrait appeler le système français, — je suis donc contre dos colonies qui, prenant pour base une portion de territoire, cherchent à y attirer des émigrants, y installent des fonctionnaires et y établissent des garnisons; — j'ajoute que mon ancien éloignement pour ce genre de colonisation, qui peut être avantageux pour d'autres pays, mais qui pour nous n'est pas praticable, aujourd'hui encore n'a pas cessé d'exister. Je crois qu'on ne peut former artificiellement des projets de colonisation; et tous les désastres dont on a cité l'exemple dans la commission, doivent être attribués à ce qu'on a pris cette fausse voie de vouloir en quelque sorte construire un port là où il n'y avait encore aucun trafic, de vouloir bâtir une ville là où manquaient encore les habitants et où ils ne pouvaient être at^rés q u'artificiellement.

«Tout autre chose est la question de savoir s'il est utile et en second lieu si c'est le devoir de l'Empire allemand d'accorder à ceux de ses sujets qui se livrent à de semblables entreprises, en comptant sur la protection de l'Empire, — de leur accorder, dis -je, cette protection et de prêter à leurs tentatives coloniales certains secours, afin de seconder et de garantir, en pays étranger, ces créations qui sont naturellement formées des excédants de sève de tout le corps allemand. Et à cette queption je réponds affirmativement, — avec moins d'assurance, il est vrai, au point de vue de l'utilité, ^ je ne peux prévoir quels seront les résultats, — mais avec une assurance absolue an point

de vue du devoir de l'Etat.»

Page 1