‹ Les discours de M. le comte de Bismarck: avec sommaires et notesChapitre 26 sur 175 · LES MISSIONS DANS LES COLONIES FRANÇAISES · texte numérisé non relu

LES MISSIONS DANS LES COLONIES FRANÇAISES

ment, je n^ai jamais pa concevoir une telle idée. — Et lorsque j'ai eu appris, appris avec affliction, qu'une alliance ne pouvait être nouée avec ces messieurs sans sacrifier les conditions d'existence de la monarchie prussienne, alors il m'a bien fallu faire mon choix.

Quand M. l'orateur invoque l'exemple des Français, leur façon de traiter les missionnaires, je pourrais lui faire observer cependant que la nation française ne semble pas être partout d'accord sur la manière dont les colonies françaises ont été administrées; je ne sais si peut-être elle n'a pas tort à cet égard; — mais M. le député ne devrait pas s'appuyer précisément sur cet exemple.

(Voix au Centre: Pourtant!)

A Paris, je crois, on ne souscrira pas à ce témoignage (ici rendu): que si l'administration des colonies françaises est satisfaisante, c'est aux Missions qu'on en serait redevable. Je lis peu de journaux, mais je crois pouvoir conclure de ce que j'en lis que justement la question coloniale a donné lieu en France à des divergences d*opinion (0. Les missionnaires (dans ces discussions de journaux français) ne sont pas nommés, mais je n'ai trouvé nulle part non plus que le succès des colonies françaises reposât sur les Missions. Ce que j'ai trouvé, c'est que des Missions sous protectorat français ont été assaillies par les indigènes et qu'on a eu à déplorer beaucoup de sang versé. Ce ne sont pas précisément là des succès encourageants pour le système.

Que les Anglais, aux Indes, aient obtenu des succès considérables avec l'aide justement des Missions catholiques jésuites — et il s'agit uniquement de celles-ci (dans le débat présent), — là-dessus il me faudrait demander des informations plus précises. Je ne sais rien de pareil. Ce qui est à ma connaissance, c'est que les Anglais, par le soin qu'ils ont de ménager les confessions non-chrétiennes, celle des

(') n'était-ce pas, en effet, sur la question coloniale que le dernier ministère français avait perdu sa majorité?

mahométans, très forts par leur nombre, comme celle des Hindous, ont maintenu leur position là* bas et l'ont mise hors de conteste; mais je n'ai jamais su qu'aux Indes réellement des succès quelconques eussent été obtenus avec Taide de ces missionnaires. Peut-être est-ce de mon manque de lecture que vient mon ignorance, j'ai si peu de temps poar lire; M. Torateur peut en avoir davantage, surtout quand il s'agit de réunir des matériaux dont il puisse se servir contre le gouvernement de son pays, — mais enfin rien n'est à ma connaissance sous ce rapportrlà.

Ainsi, le principal motif en réalité qui m'a fait reprendre la parole, c'est que je croyais devoir rectifier encore une fois l'assertion erronée de M. l'orateur, suivant laquelle j'aurais — n'importe quoi contre les Missions catholiques allemandes. Assurément, même la couleur jésuite, pourvu qu'en cette aiFaire j'eusse pu être assuré de la véritable et pure tendance nationale allemande, n'aurait pas été, dans mes convictions personnelles, un obstacle insurmontable; la barrière que la loi m'oppose reste bien toujours pour moi insurmontable, mais pour ce qui est de mon intime conviction, un jésuite chez qui je suppose des sentiments vraiment nationaux all&> mands, peut être considéré par moi comme un allié très utile, et je n'ai au fond nul éloignement à son égard. Seulement, tels ne sont pas ceux qui se sont présentés à moi; c'est à des Français pur sang ou à des Français par option, non de naissance, que la Gei^mania a rattaché sa campagne hautement anti - patriotiqne contre le gouvernement de son pays.

Dans l'entraînement de ses paroles M. l'orateur est allé jusqu'à dire que cette mesure d'interdiction à l'égard des jésuites français, — en réalité il ne s'agit pas d'autre chose ici, — que le refus de leur permettre d'établir une école à l'intérieur de l'Empire allemand est en contradiction avec la loi. 11 considère ce refus comme une grave oflFense pour les catholiques, — ce sont ses propres termes, autant qu'il m'en souvienne. Or, ceci veut dire: «nous nous sentons

esclayes, dès que nous ne régnons pas ; quand nous ne gouvernons pas seuls le pays, nous nous plaignons d'être jetés dans les fers, et il nous faut les briser», — et voilà le sens de toutes ces grandes phrases fausses et violentes. Ne pas dominer sur les autres, c'est déjà pour vous la servitude, et sur ce terrain-là nous ne pouvons vous suivre. Si vous considérez comme une grave oifense pour tous nos compatriotes catholiques que nous ne voulions pas permettre aux jésuites de fonder une école en Allemagne, alors nous cessons de nous entendre.

Je dois encore faire remarquer à M. Torateur un lapsus qui lui est malheureusement échappé. 11 a rappelé le gouvernement du feu Roi Frédéric- Guillaume IV, il Ta mis en regard du gouvernement actuel; et, parce qu'il n'osait blâmer le gouvernement de Sa Majesté l'Empereur lui-même et lui donner le dessous dans cette comparaison, il a substitué au gouvernement de Sa Majesté l'Empereur celui du prince de Bismarck — c'étaient, je crois, ses paroles. (^

(Très exact! à droite.)

£h bien! Messieurs, il y a là une grave oiTense pour mon propre et fidèle royalisme, pour mon loyal attachement. Messieurs, je n'ai jamais demandé autre chose que d'être le serviteur de mon seigneur et maître.

(Applaudissements à droite et à gauche.)

J'ai été le serviteur du précédent souverain, je suis le serviteur de mon Maître actuel, et il n'y a aucun service qu'il ne puisse me demander. Ce qui l'atteste, c'est le fait que, malgré mon misérable état de santé, je suis encore ici et que je serve Sa Majesté tant que j'ai un souffle de vîe(^). Mais parler d'un gouvernement du feu Roi et de celui du

('} M. Windthorst ayait dit: «Jo sais bien qao Ton dit du Roi anqnel nous catholîqaes noaa sommes le plus redevables, de Frcdéric- Guillaamc IV, que son gonvernement a été an mauvais gouvernement. Nous attendrons ce que Phistoire dira: si le mauyais gouvernement de Frédéric-Goillaume IV ou celui du prince de Bismarck était le meilleur . . .•

(') littéralement: so lange metne Knochen zusammenhalten.

prince de Bismarck, — quelle offense il y a là ponr Sa Majesté l'Empereur!

(^Vi/s applaudissements.) Quelle offense pour ma loyauté, pour la fidélité avec la* quelle je sers mon Maître comme vassal, comme fonctionnaire et comme serviteur sous tous les rapports! J'espère que M. Torateur reconnaîtra lui-même avoir exprimé ainsi une chose offensante pour mon auguste Maître et pour moi, — une offense qu'il ferait bien de retirer.

(Vifs applaudissements.)

Un dépoté de la droite, M. MaUzaku-Oûltz^ releva plosiears assertions de M. Windthorst, quMl qualifiait d^aa moins surprenantes, — notamment le refas de reconnaître comme valable snr nn territoire allemand la loi de TEmpire qni interdit en Allemagne certains Ordres religieox. — Qaant à la question de liberté et de paix religieuses, l'orateur, s'adressant aux membres du parti- Centre, leur demanda si en conscience ils n^étaient pas cause eux-mêmes que le KuUurkamp/ ne fût pas déjà terminé?

Suivit cette troisième réplique de M. Windthorst: «Je déclare d'abord, en réponse à M. de Maltzafan, qu'en tout temps j'ai été prêt à faire ce qui dépendait de moi pour amener la fin du Kulturkampf; mais je nie que jamais les choses aient approché de cette conclusion; autrement, c'eût été le devoir du gouvernement de nous avertir que les négociations étaient ouvertes. (Hilarité.) — Le gouvernement prussien entrave la liberté d'action de l'Église catholique; ce que nous avons, nous ne le possédons que par gr&ce, et il peut chaque jour nous être retiré.

«Sans doute les Missions catholiques sont également admises en théorie; mais cette théorie n'est pas pratique, et il suit de là que les Missions évangéliques sont seules autorisées. J'ai exprimé en ce sens mon opinion d'une façon claire et précise; et, s'il n'y a pas eu de réplique sur ce point, je dois supposer que M. le chancelier de l'Empire ne m'aura pas écouté. Ce que j'ai établi est vrai^ et notf pas contraire à la vérité^ comme l'a prétendu M. le chancelier.

«Dans le jugement qu'on porte snr les gouvernements passés, il est permis de nommer les monarques eux-mêmes; quand il s'agit du prince régnant, cela n'est pas permis; alors on s'adresse au ministre, et c'est ce que j'ai fait Je n'ai pas l'habitude d'ailleurs de mêler aux débats la personne du souverain.

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