‹ Les discours de M. le comte de Bismarck: avec sommaires et notesChapitre 37 sur 175 · PRÉDILECTION POUR L'ÉTRANGER · texte numérisé non relu

PRÉDILECTION POUR L'ÉTRANGER

chez M. le député, je l'accorde volontiers, — d'une calomnie des intentions du gouvernement, quand on prétend que le catholicisme est le motif des expulsions.

Le polonisme et la propagande polonaise^ voilà ce qui a motivé les expulsions. Il se trouve par occurence que la plupart des Polonais sont catholiques; mais je suis convaincu que M. l'orateur, avec l'intention de verser de cette bouteille encore un peu d'huile dans la lampe du Kulturkampfj ne réussira pourtant pas auprès de notre opinion publique.

La majorité des Allemands se range du côté de l'Empire et non pas du côté des Polonais.

Au temps de notre première jeunesse politique, je me rappelle, en 1830 et 1832, lorsque j'étais à TUniversité, l'enthousiasme de la sentimentalité allemande pour la Pologne, l'enthousiasme pour tout révolutionnaire étranger, anti-allemand, qu'il se nommât comme il voulait, était général. Il était presque universel dans toutes les petites villes allemandes. Le libéralisme boutiquier chantait à cette époque le tjesczcze Polaka* (>) etc. et c'étaient partout des lamentations mélancoliques et larmoyantes; on tenait pour libéral, distingué et comme il faut, que l'Allemand national, partisan de l'unité allemande, s'enthousiasmât d'abord pour la Pologne. Et vous vous rappelez que ce fut également le cas pour les révolutionnaires italiens et français.

Vouloir pousser encore plus loin cette prédilection pour l'étranger, et l'introduire en contrebande chez nous sous un prétexte confessionnel, sous prétexte que ces étrangers expulsés sont avec cela des catholiques, je crois, Messieurs, que vous n'y réussirez pas. Du moins les gouvernements et surtout le gouvernement prussien ne se laisseront -ils pas entraîner par vous.

Je me réjouis de revoir ces messieurs au Landtag prussien

(^) «La Pologne n'est pas encore perdue . . .> (chant national polonais.)

sur la même monture (') ; — là, nous ponirons nous exprima encore pins cat^oriqnement que je ne peux le faire icL

ÇApplauditiemenU à droite^

La discussion fat prolongée par une série d^ortteara. — M. Haneî (de la Gauche) expliqua d*abord que la ccoalîtion» des signatures de Tinierpellation n'arait nnllement le sms et la portée qoi lai étaient attribués par le chancelier. «(7ëst^ dit-il une pratique parlementaire qa'on soutienne one interpellation, quand on juge que le sujet mérite examen et discussion.» Les membres de la gauche u^aTaient donc prêté leurs signatures à l^iterpdlalîon que parce qu'ils désiraient aux aussi, et à leur point de Tue, un débat sur le mesures d'expulsion. L*oratear reconnaissait d'ailleurs que les progrès de la polonisation dans les prorinces orientales étaient «une question sérieuse».

Suivaient d'assez longues considérations sur l'effet des expulsions par rapport aux relations internationales, — sur le particularisme, sur la compétence de l'Empire etc.

Relevant ce dernier point, un député de la droite, M. de HeUdorf récusa nettement la compétence de l'Empire dans la question présente. — Fub IL WindthorU répliqua encore une fois. Il maintint que des «dérangements» dans la proportion confessionnelle chez les populations des prorinces de l'est avaient été la véritable cause de ces expulsions.

Un député polonais, M. de Kosciebsld protesta «une fois pour toutes» que ses collègues et ses compatriotes n'étaient nullement les ennemis de l'Empire, comme le chancelier l'avait prétendu. Si la députation polonaise fait de l'opposition au gouvernement prussien, c'est parce que celui-ci refuse d'accorder aux Polonais les droits que les traités leur assuraient — Au point de vue de l'humanité les mesures d'expulsion ne sont pas défendables.

Enfin M. Bebel motiva l'appui que les démocrates-sodalistes avaient donné à l'interpellation, par la raison que leur parti étant persécuté plus qu'aucun autre, ils devaient naturellement soutenir la cause de tous les opprimés.

Finalement le Titre du budget qui avait servi de prétexte à tout ce débat, fut adopté sans opposition.

{}) littéralement: sur le même cheval gris-pftle; — - au/ dem /ahlen P/erde zu finden a familièrement le sens de «trouver en défaut». — Quant à l'origine historique de cette locution, les uns la rapportent au cheval blanc du Grand Électeur, qui désignait son cavalier aux coups de l'ennemi, — les autres, dans le même sens, à la monture habituelle de Gustave -Adolphe ou à celle de Wallenstein. — Resterait encore le «cheval pâle de la Mort» dans l'Apocalypse.

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