‹ Les discours de M. le comte de Bismarck: avec sommaires et notesChapitre 44 sur 175 · COMMENT LE PROJET DE LOI EST TRAITE · texte numérisé non relu

COMMENT LE PROJET DE LOI EST TRAITE

nous laisse le soin de le deviner. Il y a de semblables jeux où Ton envoie quelqnMn chercher un objet caché; mais du moins lui donne-t-on l'aide de la musique, dont les sons se renforcent ou s'affaiblissent selon qu'il se rapproche de la cachette. Même ce léger encouragement nous est ici complètement refusé. On se contente, comme la galerie dans ce jeu de société, de suivre des yeux avec intérêt les tentatives, plus ou moins gauches ou adroites, de celui qu'on laisse chercher, et chacun fait là-dessus ses observations critiques.

C'est de cette façon, je crois aussi, que j'aurais dû comprendre l'invitation qui m'était faite par M. le député Dr. Windthor8t(*), de prendre part aux débats de la commission. J'y aurais joué le rôle à peu près des Juifs super Jiumina de Babylone: cMon ami! chante nous un cantique de Sion, pour que nous prenions plaisir à ta douleur».

(Hilarité à droite.)

Cette manière de se réserver, de faire défaut au ministère dans le travail, dans la recherche des moyens d'adoucir les maux avérés de notre existence publique, est difficilement explicable, si l'on n'a pas présente à l'esprit l'idée fausse qui domine presque généralement nos discussions: — l'erreur de croire que le gouvernement soit obligé d'avoir, quant à lui, plus de patriotisme, plus de sollicitude pour le bien public et de s'épuiser à prendre ce soin, — tandis que tous les autres collaborateurs, le Reichstag tout entier, auraient uniquement l'agréable tâche de dire au gouvernement — selon l'opinion qui règne dans la majorité, selon les besoins de partis — de lui dire non et de reconduire,

(}) les termes dans lesquels M. Wîndthorst avait fait cette sorte d'inTÎtation , à la fin de la première lecture, sont rapportés plus haut.

— Le ministre de Tintérieur, en informant le Reichstag que le chancelier était dans l'intention de paraître aux séances de la commission (v. suprà), ayait d'ailleurs fait entendre que le prince de Bismarck se réserverait peut-être pour la seconde lecture du projet. — La tournure qu'avaient prise tout de suite les délibérations de la commission, était bien de nature sans doute à dissuader le chancelier d'y participer.

comme si les gouvernements et les ministres avaient quelque intérêt pro domo dans rafifaire.

Messieurs, que notre patrie soit en souffrance, nous pouvons aussi bien le supporter que tout membre du Reichstag et que tout député. Si nous prenons plus à cœur que d'autres cette souff'rance, c'est une preuve de notre amour pour la patrie. Chacun prend à cœur les destinées de la communauté publique dans la mesure de son amour pour son pays; et assurément il y a une supposition flatteuse au fond de toute cette erreur de croire que les gouvernements portent intérêt au bien public plus qu'un député n'est obligé de s'y intéresser.

Cependant, Messieurs, les ministres n'ont point d'intérêt pro dotno. Le seul, je crois, parmi presque tous les ministres allemands, qui puisse avoir quelque intérêt personnel par rapport au projet actuel, c'est moi-même, vu que je suis — comme M. Richter le disait dans une certaine occasion — un grand distillateur devant le Seigneur. M. le député a naguère complété ces insinuations en répétant son mot de apolitique de schnaps^ (*), et en m'accusant ainsi d'avoir, dans les discussions des dernières années ... — je ne sais plus comment il s'exprimait; j'ai là (dans le compte-rendu) les termes dont il s'est servi, mais je ne veux pas vous arrêter,

Q) Dans TintervaUe, à la Chambre des dépntés (séance da 29 janyier 1886; v, infrà^ à cette date), le prince de Bismarck avait Yivement relevé Tin dignité de ce mot, tel que Pinventenr semblait assez clairement vouloir Tentendre.

Quelques jours après, au Reichstag (séance du 4 mars), M. le député Richter, prenant texte de ce qui s^était dit dans la Chambre prussienne, revenait en ces termes sur ce sujet:

«M. le chancelier de l'Empire a dit à la Chambre des députés que j'avais dans le temps parlé d'une poUtigtie de schnaps et qualifié par ce mot sa politique économique. Cest exact, et, en présence du projet actuel, je ne puis retirer le mot, . . . J'ai parlé d'une politique de schnaps en ce sens que notre politique économique, notre politique financière est éminemment dominée, en matière d'impôts, par des ménagements en faveur de la distillerie, hors de toute proportion naturelle. Ces ménagements disproportionnés de la distillerie, je les trouve dans le projet actuel reproduits sans réserve et poussés jusqu'à l'extrême. ...»

Messieurs, par cette recherche; — ce qui ressortait à peu près de son langage, c'est que, dans la législation, je prouvais Pintérêt personnel que j'attache à la question de distillerie.

Or, Messieurs, il y a dans ce que M. le député Richter a publiquement donné à entendre, une allégation qui, si elle était fondée, devrait certainement me rabaisser dans l'estime publique. Si M. le député Richter n'avait pas tenu ce langage sous l'abri du privilège parlementaire qui permet d'offenser d'autres personnes, je l'eusse simplement cité devant les tribunaux et j'aurais attendu qu'il prouvât la vérité de son dire. Il lui eût été fort difficile de fournir une telle preuve, car de semblables discussions où j'aurais pu montrer cette prédilection pour la distillerie, n'ont pas eu lieu, que je sache, dans ces dernières années. Une seule fois, autant que je me rappelle, la question d*imposer l'eau-de-vie est venue devant le Landtag; mais ni là, ni ici, une imposition de la distillerie n'a été mise sur le tapis.

Ce serait sans doute chose facile pour moi de répondre par de pareilles injures grossières, et d'accuser, à mon tour, M. fiichter d'exploiter dans son intérêt personnel sa situation de député; j'y renonce cependant. Je trouve au-dessous de ma dignité de m'engager dans une querelle de ce genre.

(^Approbation à droite.') n serait bien regrettable — et M. le député Richter serait doublement dans son tort d'avoir dit une telle chose — bien regrettable qu'il pût trouver créance quelque part. Ce qu'on pense dans le monde de M. le député Richter, est assez indifférent pour le prestige et l'importance de l'Empire allemand; mais pour l'Empire allemand n'est point indifférent ce qu'on pense de son premier fonctionnaire, de son chancelier.

(Applaudissements à droite,)

Aussi pourrais-je, avec bien plus de sûreté de ne blesser personne, exposer ici *ce que j'aurais à remontrer peut-être à M. le député Richter, comme une poutre dans son œil; mais, je le répète, je ne pense pas en avoir besoin; la si-

tuation que je me suis acquise dans la vie publique depuis

trente ans, est trop solide, je crois, pour que H. le député

Richter puisse m'y ébranler. Son poids est trop I^er

pour cela.

(Applaudissements à droite.)

Dans le même discours, il a représenté tout le projet de monopole comme étant essentiellement un cadeau qui serait fait aux magnats de Silésie, — dont il a nommé plusieurs par leurs noms(^); — et, dans ce dénombrement des différentes catégories de la noblesse silésienne, Torateur — ainsi que je Tai vu par le compte-rendu sténographié — a eu la joie de soulever à plusieurs reprises les applaudissements et une grosse hilarité, — comme il est très facile en Allemagne de les exciter dans les cercles du grand nombre, quand on dit du mal de la noblesse, — seulement il faut que ce soit de la noblesse allemande.

Un signe caractéristique, c'est combien il est difficile

de plaire à ses compatriotes, et combien est juste chez nous

le proverbe: tnul n'est prophète dans son pays». Pour la

noblesse étrangère, déjà même pour le magnat de Bohême

et de Hongrie, voisin de celui de Silésie, on a ctous les

respects». (^)

(Hilarité.)

Un lord anglais, — devant lui on ôte son chapeau, non pas

seulement en Angleterre, mais chez nous aussi, en Allemagne.

Un marquis français, — cela vous a un certain /atjawr (')

historique de rococo et d'élégance; marquis, passe encore;

on n'est pas fâché d'avoir des relations avec un marquis.

Un duca espagnol ou italien, — cet autre a quelque chose

(^) «... Dans le cercle de Oels (Silésie) on compte 37 distilleries, dont 8 appartiennent au Roi de Saxe, 2 au Prince de la Coaronne, 5 à une série de comtes: Dyhrn, Kospoth, York de Wartenbonrg, Sanrma etc.... J^ai fait le compte pour toute la Silésie . . . dans le nombre il y a 76 distilleries qui appartiennent à des comtes, — dont 2 comtes de VEmpire. . . .»

{Discours de M. Richter.)

C) aile AcktunÇy forme de politesse usuelle en Autriche.

C) flavowr^ en anglais : parfum, bouquet de . . .

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