‹ Les discours de M. le comte de Bismarck: avec sommaires et notesChapitre 45 sur 175 · SITUATION DES DISTILLERIES · texte numérisé non relu

SITUATION DES DISTILLERIES

d'exotique, et, déjà par son caractère étranger, quelque chose d'attrayant. Hais un comte allemand, et surtout un «comte de TEmpire» (^), comme M. le député l'a répété, aux grands applaudissements de l'auditoire, — tout homme de bien est furieux à l'idée que ces comtes possèdent, eux aussi, des distilleries, et que celles-là doivent être protégées par l'Etat.

Celles-là précisément?! Si M. le député Richter avait dit: «C'est un cadeau qu'on veut faire aux distUleries petites et grandes, qui marchent avec peine, qui sont endettées, qui peut-être doivent vendre d'avance leurs produits», alors il eût dit quelque chose qui n'aurait pas été aussi contraire à la vérité. Les magnats de Silésie sont pour la plupart dans la situation où je suis moi-même, c'est-à-dire qu'ils ne comptent pas nécessairement pour vivre sur le bénéfice annuel de leurs distilleries, mais peuvent attendre tranquillement la fin de la crise que traverse cette industrie. Il serait au contraire de leur intérêt — s'ils n'écoutaient que leur propre intérêt — de laisser la crise sévir, de l'aggraver autant que possible.

Nous avons sous les yeux un exemple offert par l'industrie sucrière. Déjà, maintes raffineries ont succombé, qui étaient moins solides; d'autres, ayant plus de fond, tiennent plus longtemps. — En Amérique, en Angleterre, nous avons aussi de nombreux exemples. Je me rappelle les grosses opérations qui depuis des dixaines d'années étaient faites par des industriels anglais de manière à ce qu'elles favorisassent l'excès de production. La crise était ainsi aggravée, les fabricants les plus forts et les plus riches vendaient à perte, vendaient à des prix toujours plus bas, et, quand leurs rivaux avaient succombé, ils relevaient les prix et se trouvaient débarrassés de la concurrence. Pareillement, la crise (actuelle), si rien ne l'arrête dans son cours, achè-

(') Reichsgra/^ ancien titre de noblesse, comte du Saint-Empire.

verait d'elle-même la répartition (des pertes), mais mal-

hearensement à Tavantage des riches et au détriment des

pauvres.

(Très vrai! à droite.)

Les magnats de Silésie ne sont pas ceux qui souffriront; quant aux bourgeois silésiens, parmi lesquels M. le député Riehter ne pensait qu'à quelques riches (*), — mais avec bienveillance, et sans nommer ceux-là par leurs noms, ce sont précisément et seulement ces riches qui peut-être surmonteront la crise; les heureuses années où Ton peut s'établir entre les tombeaux des concurrents, mieux installer et mieux exploiter sa propre affaire, ces années-là les riches possesseurs de fidéi-commis, comtes et seigneurs, seront seuls à les voir.

J'aurais cru que M. le député Riehter était assez au courant des progrès qui s'accomplissent dans l'existence économique pour se dire que si en somme un cadeau est fait, il écherra en partage aux industriels pauvres, vu que la législation de l'Etat (^) paralysera et rendra impuissante l'écrasante concurrence des riches. — Pourquoi donc, quand s'est présentée la question du monopole du tabac (•'*), n'est-il venu à l'idée de personne qu'il y ait dans ce monopole un cadeau pour le cultivateur de tabac, lequel aussi, qu'il soit riche ou pauvre, fait prendre par le gouvernement sa récolte de tabac à des prix qui lui permettent de se soutenir et d'exister. S'il n'en est pas ainsi, cette culture, cette industrie, d'où l'Etat tire son revenu, simplement périra. C'est une chose toute naturelle.

(^) M. Riehter avait dit: «parmi les distilleries silésiennes, il y en a 153 qui appartiennent, il est vrai, à des gens de la classe bourgeoise, . . .>; — s'il ne nommait pas ces propriétaires -là par leurs noms (comme il avait nommé les magnats), c^est quUl voulait «éviter tout ce qui paraît individuellement personnel*!

(') c. à d. la loi du monopole.

C') Le projet de monopole du tabac fut présenté au Reichstag le 12 juin 1882. — Le prince de Bismarck prit une part très vive aux discussions, et y trouva Poccasion d^exposer toute sa politique économique. On sait que le monopole du tabac fut rejeté finalement à une forte majorité. (Vol. X des Discours^ p. 223 et miv.)

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