‹ Les discours de M. le comte de Bismarck: avec sommaires et notesChapitre 46 sur 175 · LE BESOIN FINANCIER · texte numérisé non relu

LE BESOIN FINANCIER

Je regrette qu'une telle excitation contre des gens riches et contre la classe des nobles de Silésie ait trouvé ici de récho. Pour de pareilles choses il y a bien assez de place dans les élections ; ici, elles n'ont en outre aucune utilité et n'amèneront personne à changer son vote; — seulement, la haine de classes en est jusqu'à un certain point aiguisée et rendue plus profonde.

Mais d'abord ce dont il s'agit ici, ce n'est pas la question de la distillerie, c'est essentiellement la question de la culture de pommes de terre. Je reviendrai tout-à-l'heure sur la proportion entre le prix et le travail; préalablement je me borne à faire observer que la question ne se pose pas ainsi: distillateur contre débitant de boissons, mais bien cultivateur de pommes de terre contre ce débitant. Toute diminution de notre culture de pommes de terre, ne fût-ce que d'un hectare, — j'évaluerai tout-à-fait obiter — enlève à une famille d'ouvriers le fond de son existence, et toute augmentation de la même culture, d'un seul hectare, donne à une famille d*ouvriers plus de possibilité de vivre, comparativement à d'autres cultures sur le même terrain.

Ces raisons sociales et économiques ne sont pas celles principalement qui nous ont décidés à adopter le projet; la principale, c'est le besoin financier en face duquel nous nous trouvons, et qui, plus d'une fois déjà, vous a été ici représenté, de cette place où je suis. Ce besoin semblait être reconnu par presque tous les partis; — du côté des nouveaux libéraux (^) je n'ai rien entendu, mais dans les rangs du parti-Centre, qui ensuite a voté, en masse compacte, contre le projet de loi, M. le député de Huene paraissait du moins accorder l'existence du besoin (^); et quant aux libé-

{}) fremnmge — anciens libéraux-nationaux et progresaistes fusionnés. — Sur la composition de ce nouveau parti et la signification du son libéralisme, v. Vol. XI des Discours^ pp. 47, 85.

O séance du 4 mars. — M. le baron de Huene (Centre) reconnaissait que certains intérêts économiques pourraient trouver un soutien dans le monopole, et même que des intérêts moraux j trouveraient un

ranx- nationaux, ils ont été nnanimes, ce me semble, à la reconnaître. Hais cette question du besoin, plus eUe s^invétère, et plus elle devient pressante. Les dépenses nécessaires pour la nation allemande, dans les différentes formes sous lesquelles se manifeste son existence politique, ces dépenses il faut y suffire n'importe de quelle façon, que le besoin se produise sur le terrain administratif de l'Empire, ou sur celui des Etats particuliers, ou sur celui des communes; tout cela puise à la même source, et tout cela sert au même but: rendre possible à la nation allemande la plénitude de son existence politique.

La plupart des dépenses qui devront être couvertes par les recettes tirées de Teau-de-vie, se font déjà, mais d'une façon incommode et difBcilement supportable. C'est encore la vieille querelle des impôts directs et des indirects, dont j'ai souvent eu l'occasion déjà de parler ici(O) et encore la nécessité où actuellement les communes — du moins en Prusse — sont de pourvoir à leurs besoins principalement par les impôts directs.

Dans une des dernières discussions de la Chambre des Seigneurs, M. le ministre Friedenthal (^) a exposé ce qui suit:

«La somme des taxes communales se monte certainement de 250 à 300 millions de marcs. En prenant 100 pour unité de l'impôt de classes et de l'impôt sur le revenu, la charge des villes est de 299% et celle des communes rurales de 585%; calculé sur le même pied, le poids de tous les impôts de l'État ensemble s'élève à 156% dans les

avantage. Mais, ajoutait l'oratear, «nous ne voulons pas accroître ainsi la puissance de TÉtat, précisément parce qu^ii a déjà tant (trop) de puissance. ...»

(») sur ce sujet v. Vol. II des Discours, p. 291 ; VoLV, p. 136; VoLVl, p. 117; Vol. VII, p. 53; Vol. VIII, p. 174, 200; Vol. IX, p. 65, 82.

(^) ministre honoraire; M. Friedenthal a tenu, pendant plusieurs années, dans le ministère-Bismarck, le département de Tagricultare.

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