‹ Les discours de M. le comte de Bismarck: avec sommaires et notesChapitre 49 sur 175 · DEBIT DE L'ALCOOL EN DETAIL · texte numérisé non relu

DEBIT DE L'ALCOOL EN DETAIL

je connais par mon domaine de Varziu. Le litre d'alcool, aux prix actuels, se paye environ 3 silbergros vieux style (0, je parle du litre d*alcool (absolu) à 100 pour cent. Avec ce litre on en fait 3 d'eau-de-vie, comme elle se boit; donc chaque litre d'eau-de-vie coûte 1 silbergros.

Au débit, le litre d'eau-de-vie, si je prends comme grande mesure la crachée de schnaps à Yarzin, donne 32 verres, soit ^U de huitième, ou un huitième, versé à pleins bords, du quart de litre. C'est un verre, comme il ne s'en débite pas de cette dimension dans les villes. J'ai fait essayer les verres d'ici, il en va 50 au litre. Mais je m'en tiendrai d'abord au verre de la Poméranie-ultérieure, de 32 au litre, ou plutôt de 33 — pour faire le compte rond avec 100. Vous débitez donc avec le litre d'alcool pur, coûtant 3 silbergros, juste 100 verres d'eau- de- vie. Chaque verre coûte 5 pfennigs; je ne connais pas de plus bas prix.

Si dans le projet que nous vous avons présenté, je dois reconnaître une erreur, elle ne vient pas de l'administration centrale prassienne, mais elle se fonde sur les rapports des autorités prassiennes de province, — erreur consistant à avoir admis un trop bas prix pour le débit du litre au verre. Par exemple, ces rapports admettent, pour la Prasse-orientale, que, débité au verre, le litre d'eau-de-vîe potable ordinaire ne rend que 40 pfennigs; à ce compte, chaque verre ne coûterait qu'un peu plus de 1 pfennig. Je ne sais pourquoi dans la Prasse-orientale le prix du litre débité serait tellement inférieur à celui qui m'est connu, de la crachée en Pomeranie, où jamais le verre d'eau-de-vie ne se débite au-dessous de cinq pfennigs. Mais si l'on verse trente- deux fols d'an litre d'alcool étendu d'eau un verre à 5 pfennigs, on retire de ce litre 16 silbergros, ou 1 marc 60 pfennigs, et non pas, comme il est admis ici, 40 pfennigs.

Mon expérience personnelle m'a fait connaître aussi les conditions de prix dans le Laucnbourg et le Holsteîn, — et

Q) soit, dans lo nouveau style monétaire 30 pfennigs.

cela d^autant pins exactement qne je fais indirectement partie de la classe, combattne par moi, des débitants de boissons, — je ne sais an juste si c'est dans cinq ou six communes^ où par hasard j'ai acquis, avec le fond de terre que j'achetais, les locaux de pareils débits, et où l'affaire se continue. Parmi ces débitants, quelques-uns, n'ayant rien en dehors de leur débit, me payent cependant un bail qui est bien le revenu le plus élevé que je sache, — cela monte à des milliers de marcs, — et je peux dire que je combats contre ma propre chair quand je me fais l'adversaire des débitants de boissons.

Dans cette contrée-là, il y a deux prix pour l'eau-de-vie: le premier pour les notables, c'est-à-dire 15 pfennigs le verre, le second, de l'autre côté de la rue, où se débite la cruchée pour le commun des gens, à 10 pfennigs le verre, soit juste le double du prix de Varzin. Ainsi, là où le verre coûte 10 pfennigs, le litre d'eau-de-vie ordinaire produit au débit 3 marcs, 20 pfennigs, et le litre d'alcool environ 10 marcs. Or^ les frais pour étendre l'alcool avec de l'eau sont des plus simples. Les cabarets se trouvent à un demi kilomètre des grandes distilleries, ils n'ont aucuns frais pour leur approvisionnement; la main d'œuvre qu'il leur faut, est également minime,- et le métier a beaucoup d'attrait, parce que celui qui l'exerce compte que s'il n'est pas compagnon de table, il boira du moins en compagnie, et parce que le commerce avec les clients lui est agréable. De plus, l'occupation n'est pas très fatigante.

Quand la qualité de Teau-de-vie est améliorée par l'addition d'une dose de sucre fondu ou d'essence d'un fruit quelconque, le tout absolument sans valeur et pas même calculable en fractions de pfennig, alors^ comme vous le savez tous, le prix de la boisson s'élève toujours à 25 pfennigs le petit verre à liqueur.

Je peux donc, avec sûreté de chiffres, conclure de ce qui précède que le débitant de boissons retire de son affaire un bénéfice de 1000 à 3000 pour cent, et que si l'impôt doit

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frapper quelque part, le plus juste assurément c'est de commencer par ce débitant. — Qu'après cela, les débitants de boissons ne s'enrichissent pas, la raison en est simplement dans rénorme foule qu'il y a pour exercer cette industrie commode et lucrative.

Dans un village une vingtaine de clients suffisent déjà pour un débitant de boissons, — et il n'est pas nécessaire que ces clients soient des buveurs, mais seulement des gens qui en famille consomment par semaine 1 litre d'eau-de-vie, soit 50 litres par an. Sur 1000 litres il y a déjà suffisamment à gagner pour subsister comme petit propriétaire, comme locataire d'une maison, et pour faire partie des notables. Vous voyez aussi qu'au village le cabaret, le débit de boissons est toujours l'établissement ayant la meilleure apparence de tout l'endroit. Je connais, pour les avoir vus' de mes yeux , des villages au-dessous de 300 habitants , qui sont pourvus de deux débits de boissons, tous deux en pleine prospérité. Et ce n'est nullement — comme on le suppose d'ordinaire — une population qui s'adonne à la boisson.

Je vis, chaque année, pendant plusieurs mois à la campagne; mais je ne me rappelle pas avoir jamais vu sur mes domaines, ni dans les villages auxquels je confine, un seul homme ivre en l'espace de dix à quinze années. Les seuls gens ivres que nous rencontrons sur les chemins, viennent de la ville, ce sont des paysans qui retournent du marché, avec leurs marchandises ; ils se sont enivrés avec un mélange de bière et d'eau-de-vie. La population à la campagnç est bien plus modérée qu'on ne le suppose en ville, — et l'ouvrier surtout; il prend par jour deux repas chauds et deux froids. Aux repas froids, celui-là seul ne boit pas d'eau-de-vie qui ne peut la payer; mais celui qui aux repas chauds boit de l'eau-de-vie a affaire à sa femme et passe pour un homme qui n'est pas dans le droit chemin; c'est déjà une rareté.

L'ivrognerie, bien réellement, — je parle toujours des provinces que je connais — a son siège dans les villes,

c'est là qu'elle se développe, alimentée d'abord par la bière

et Gnissant par l'ean-de-vie. Elle y est anssi traitée avec

beaucoup plus d'indulgence. J'ai, un jour, entendu un bros-

seur d'officier dire: «quand ça arrive à ces messieurs, on dit:

«ils ont été en gaîté», quand c'est à l'un de nous, on dit:

«le cochon s'est soûlé >.

{Hilarité.)

C'est à peu près, dans la manière de juger, la difFérence

entre la ville et la campagne.

Ici, à Berlin, quand, à l'époque du Bochbier(^)^ il y a force gens étendus sur la voie publique, en sorte que la plus grande partie de la population, qu'on voit, le jour, par les rues, peut être considérée comme prise de boisson, on dit: «ils se sont très égayés, ils ont glorieusem^t sacrifié à Gambrinus»; cela se juge avec bienveillance. Mais quand l'ouvrier de la campagne s'enivre, c'est tout autre chose; l'homme est puni de son ivresse par le mépris.

Le fait donc qu'un cabaretier au villi^e peut vivre de vingt clients modérés, n'est point un signe que l'ivrognerie soit précisément habituelle parmi c«s habitants; au contraire, la population est beaucoup plus sobre qu'ici. Si les cabaretiers ne s'enrichissent pas^ cela vient, comme je l'ai dit, uniquement de l'énorme affluence qui se presse vers ce métier commode, comme vers toute autre industrie ou il y a aujourd'hui quelque chose à gagner; les avidités s'y jettent aussitôt comme les mouches sur le miel. Quand il m'arrive, ici, à Berlin, de pouvoir être utile à un individu des classes domestiques, je ne rencontre chez lui qu'un seul désir, c'est d'établir ici, à Berlin, une cave(^), une boutique où l'on peut manger et boire de compagnie et servir ses hôtes. Ce métier-là est extrêmement goûté, — que ce soit très avantageux pour l'Etat, c'est sans doute une autre question.

(}) Bockbier^ double bière de mars.

C) Keller, boutique en sous- sol; la plupart des débits de boissons à Berlin sont ainsi établis.

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