‹ Les discours de M. le comte de Bismarck: avec sommaires et notesChapitre 50 sur 175 · PROJETS D'IMPOT EN PERSPECTIVE · texte numérisé non relu

PROJETS D'IMPOT EN PERSPECTIVE

Si devant cette industrie nous faisons halte, si pour l'amour de ce métier nous laissons continuer les exécutionssaisies des contribuables de la commune soumis à Fimpôt de classes, si pour l'amour de ce métier nous laissons subsister les inégalités de l'impôt, les mécontentements dans les proTinces, et que nous nous en consolions par l'idée qu'il n'arrive rien de mal à nos cabaretiers, alors, je crois, nous faisons fausse route. Ce n'est pas de cette façon qu'à la longue vous pouvez gagner la satisfaction, la bienveillance de la population que vous représentez. — Il se passe longtemps avant que la vérité se fasse jour ; mais qu'elle vienne à percer, elle aura pour effet aussi de changer la situation.

Maintenant, vous pouvez, me dire: toute l'eau-de-vie ne se débite pas au verre. C'est assurément très juste, et il est difficile de prouver quelle quantité, dans la vente au détail, se débite au verre, et quelle autre à la bouteille; mais en tout cas le débit au verre est de beaucoup le plus productif et agit de la façon la plus pernicieuse sur la moralité et la santé. Ce qui se boit à la maison est contrôlé déjà par la femme; et tant qu'elle n'est pas elle-même gâtée, elle mettra ordre, au logis, à ce que l'usage de la boisson n'y soit pas trop grand. Boire au cabaret, voilà réellement ce qui ruine la moralité publique, ce qui pousse à l'ivrognerie, aux habitudes crapuleuses, ce qui détruit la vie de famille. Mon avis est donc que c'est là que nous devons mettre l'impôt, et si, comme je dois le supposer, vous nous réfusez le monopole, — à cet égard il nous faut avoir d'abord quit* tance complète avant de prendre la responsabilité de ce qui s'en suivra, — nous reviendrons devant vous avec de nouveaux projets de loi tendant à imposer principalement la consommation de l'eau-de-vie; quant à donner de plas amples détails sur ces projets, je dois attendre les décisions des gouvernements confédérés. Mais l'idée sera d'imposer surtout la consommation.

Peutrêtre aussi serons-nous dans la nécessité, — pour nous épargner la peine de deviner (ce qui peut le mieux

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voas agréer), — dans la nécessité, dis-je, de vous présenter

plosieurs projets à la fois, parmi lesquels ensuite votre

commission aura le choix.

(^EUarité.)

Car, si noos ne vous offrons chaque année qu'un projet, et

que chaque fois celui-là soit rejeté comme d*habitude, alors

nous pouvons atteindre Tâge de Hathusalem avant que nous

assurions à r£mpire les bienSedts de mesures qui sufBsent

pour améliorer ses finances.

Supposé que maintenant, après le rejet du monopole(^),

les représentants du Conseil fédéral se fussent décidés à

faire aussitôt dans la commission de nouvelles propositions

émanant de leur propre initiative, — on aurait dit: cle

gouvernement lui-même a laissé tomber le monopole sous

la table», — comme déjà on m'a reproché — peut-être pour

couvrir ainsi les résolutions qu'on voulait prendre soi-même

— de m'être retiré de l'affaire (-).

(Ecoutez! à droite.) Le nouveaux projets dont je parle sont d'ores et déjà en cours d'élaboration au Conseil fédéral. Si dans l'intervalle vous voulez encore adopter le monopole, ce sera une grande joie que vous me procurerez;

(Hilarité.)

— mais en aucun cas je ne veux partager avec vous la responsabilité du rejet de ce monopole; peut-être plus lard, pour ceux qui l'auront assumée, ne sera-t-elle pas agréable à porter. — Nous vous présenterons de nouveaux projets dans le sens que j'ai indiqué. Si j'ai une certaine hâte de les mettre en état, c'est à cause de la longueur des ajournements d'année en année. Déjà je vois dans les journaux et j'entends dans les conversations exprimer ce désir: «laissez nous donc en repos maintenant avec de nouveaux projets».

(^) par la commissioD.

C) Le princo de Bismarck n'avait pas pris part à la première discnssion da projet, et s'était également abstenu de paraître dans la commission; — v, nqprà^ p. 103.

LA œNSOLIDATION DB L*EMPIRB. 129

Ce qui veat dire: «laissez nous en repos jusqu'en janvier 1887 >. Je ne sais qui vivra encore à ce terme-là; je ne sais quelle tournure les choses auront prise dans le monde. Dans Tirapossibilité où je suis de prévoir l'avenir, j'éprouve le pressant besoin de travailler à la consolidation de l'Empire, tant que le jour luit pour moi.

{Applaudîssemenfë à droite.)

Je suis vieux et souffrant, et j'ignore si je pourrai longtemps encore être en activité. Mais je considère comme mon devoir de vous expliquer plus précisément encore quelles raisons j'ai d'être pressé sous ce rapport, et pourquoi je vous conseille de vous hâter vous-mêmes.

On m'a souvent reproché de ne rien faire pour consolider l'Empire de telle sorte qu'il puisse, lorsque je devrai avoir un successeur dans mes fonctions, se tenir encore sur ses propres pieds, indépendamment de la personnalité du nouveau chancelier. Messieurs, ce reproche est fort injuste. Je travaille jour et nuit à une telle consolidation, et c'est l'unique soin que j'aie encore dans ce monde. Mais en prenant la voie par laquelle ces messieurs qui me font ce reproche, cherchent à atteindre le but, c'est-à-dire en créant des ministres de l'Empire responsables (') , en affaiblissant le gouvernement par la division (des pouvoirs), en supprimant la responsabilité par le fait de la rendre collective ('), en fortifiant la puissance de la majorité parlementaire, — Messieurs, ce n'est pas ainsi que vous consoliderez l'Empire.

Une consolidation de l'Empire, je la cherche, moi, dans une

(^) La créatioB d'un ministère fédéral responeable avait été demandée — et repoassée, — dès qae fat discutée la GonstitatioD do la Confédération de TAIlemagne du nord. Cette même question se représenta plus d^nue fois par la suite et trouva toujours chez le chancelier la même opposition; v. Vol. II des Discours^ p. 239 et mv.; Vol. VI, p. 39, 127; Vol. Vil, p. 58, 67, 87.

C) dwrch Einfùhrung der KoUegiaUtâty en créant un coUége de ministres, dont la responsabilité collective — substituée à la responsabilité unique du chancelier — serait en réalité nominale et fictive.

forte armée, dans de bonnes finances et dans la satisfaction des sujets de TEmpire,

(ApplaudisaemenU à droite,)

— mais aussi des sujets de TEmpire sous leurs différentes formes organiques. Je regarde comme sujets de TEmpire TEtat prussien, l'Etat bavarois, je regarde comme sujets de TEmpire les gouvernements confédérés; et arriver à les satisfaire tous, c'est, à mon sens, une des conditions premières pour assurer la solidité de l'Empire dans le cas où des crises graves se produiraient.

Lors de la première lecture, on a articulé comme un grief particulier contre le monopole, qu'il fortifierait l'Etat. (*) En parlant ainsi, on ne s'est pas autrement soucié de dire que l'Etat dont il s'agit ici, c'est l'Empire allemand; peutêtre n'a- 1- on pas eu le courage de paraître craindre que l'Empire allemand ne se fortifiât. Mais fortifier l'Etat, — Messieurs, que signifie cela? Je crains, que les plus jeunes d'entre vous ne voient encore des temps où ils chercheront des yeux un Etat fort, et le chercheront vainement.

Oui, certainement , je travaille à fortifier l'Etat, j'y travaille parce qu'il n'a pas de force, et parce que je ne trouve pas non plus dans l'Empire la solidité qu'il y a quinze ans j'espérais trouver en lui comme je l'espère encore aujourd'hui. Dans mon calcul, le Reichetag devait être le principal soutien de la fermeté et de l'unité de l'Empire; je n'avais pas alors,

— d'après mon existence antérieure ('), — confiance comme aujourd'hui dans les dynasties (^) ; mais j'avais placé dans le Reichstag toute ma confiance.

(}) le mot avait été dit par M. le député do Haene (Centre).

(') d'abord comme Envoyé de Prusse près la Diète do Frankfort, 1852-59, puis comme ministre-président, 1862-66, — double situation où ses expériences personnelles n'avaient pas été de nature à lui inspirer beaucoup de confiance dans les dynasties allemandes, par rapport du moins à la question de Pnnité nationale.

(') Cette confiance que le chancelier a placée dans les dynasties allemandes s'est affermie de jour en jour; cf. Vol. X des Discovrsy p. 275; Vol. XI, p. 179; Vol.Xn, p. 50.

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