‹ Les discours de M. le comte de Bismarck: avec sommaires et notesChapitre 51 sur 175 · UNE TRADITION PARLEMENTAIRE ANGLAISE · texte numérisé non relu

UNE TRADITION PARLEMENTAIRE ANGLAISE

Or, Messieurs, en considérant la majorité du Reichëtag^ ce qui me donne d'abord à penser, c'est le fait que cette majorité soit telle que les intransigeants avoués et des adversaires constants de l'Empire pensent trouver leur compte à s'y rallier (»). Quand je vois cette majorité obtenir l'applaudissement des Polonais qui n'ont jamais cessé de se montrer inconciliables avec l'Empire allemand, — l'applaudissement et le soutien des amis de la France, — l'applaudissement et le soutien des démocrates-socialistes, lesquels poursuivent un but impossible pour nous, — alors je me demande avec doute si dans cette majorité dont toutes ces nuances, — celles que je viens de nommer et d'autres que je pourrais citer — font partie, avec espérance en l'avenir, — si dans cette majorité je puis réellement trouver le sûr pivot pour l'unité allemande. Un tel doute m'est pénible; mais je ne saurais m*en défaire complètement. Soit dit sans vouloir être injuste envers personne, sans soupçonner qui que ce soit d'avoir parfaite conscience, lui aussi, des conséquences que je tire de cet aspect de la situation.

C'est d'une tradition parlementaire anglaise qu'est passée chez nous la règle adoptée volontiers ici, d'après laquelle on ne doit supposer chez tout député nulle autre raison de son vote que celle qu'il en donne lui-même, — en un mot, la règle qui oblige les députés entre eux et le gouvernement envers eux à considérer tout le monde comme vertueux et comme patriote. C'est, dis- je, une tradition anglaise toute naturelle; la tradition française et italienne ne répond pas à celle-là. Je dirai tout de suite pourquoi.

En Angleterre, les traditions parlementaires se sont établies en faveur d'une aristocratie, qui, en ses deux partis whigs et tories, ne forme encore dans le pays qu'une petite minorité gouvernante. Les deux partis sentaient impérieusement le besoin de ne pas rabaisser leur prestige vis-à-vis de

{}) sar les éléments hétérogènes qui composent la majorité du Rtkhtag, (/. Vol. IX des Discours, p. 32; Vol. X, p. 45, 322; Vol. XII,

la cotUribuem plebs^ et ils avaient tacitement fait cette convention: centre nous et vis-à-vis d'an tiers nous sommes engagés à noas tenir pour gens comme il faut et à le déclarer publiquement», — pour gens patriotes, dirais-je plutôt. — Aussi n'a- 1- on jamais vu en Angleterre que l'un reprochât à l'autre le manque de patriotisme, précisément parce que c'était une minorité qui gouvernait, et qu'elle avait besoin de ne pas trop rabaisser le prestige aussi de l'adversaire, — les deux partis tenant à tour de rôle le gouvernail.

Maintenant cette tradition se maintiendra - 1 - elle en Angleterre avec la forme plus large qui est donnée à la représentation nationale? — nous attendrons pour le savoir. — Ce qu'il y a de certain, c'est qu'en France, où l'égalité règne sans conteste, déjà nul ne se gêne de dire en plein visage à un autre ce qu'il pense de lui, et qu'on ne pratique pas non plus en France cette sorte de justice envers l'adversaire qui consiste à l'élire comme membre d'une commission ou pour n'importe quelle autre chose. Vous aurez vu, dans les dernières élections au parlement français, que tous les partis se sont unis pour exclure des commissions les conservateurs (*). On est là entre soi, on débat plus aisément; cela sans doute abrège considérablement les discussions. Ce n'est pas dans l'intérêt de la politesse, de l'amabilité, mais peut-être — dans l'intérêt du pays, qu'on procède ainsi sans masque les uns en face des autres. Il se peut qu'avec le temps, nous aussi, nous prenions notre essor jusqu'à cette

hauteur.

(Hilarité,)

En Italie il en est de même (*^). Mais chez nous, jusqu'à ce jour, nous sommes encore dans une phase où l'on regarde comme injuste et anti-parlementaire de ne pas tenir l'adversaire pour vertueux et patriote; — je ne m'exprimerai donc pas plus au long. Je dirai seulement qu'une majorité, au

0) les exclu ro avant tout de la commission da budget. (>) comme en France.

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