INQUIETUDES POUR L'AVENIR
ce dont il s'est départi an détriment de son peuple lai appartenant de plus prèsO)> — de le regagner, naturellement par les voies légales, comme disent les Polonais,
(Exclamations à gauche.) comme il a été dit aux applaudissements de M. le député Windthort et du Centre ('): tout par les voies légales, naturellement!
Ne croyez pas, quand je touche cette corde: la stabilité de r Empire, que j'aie Tidée de menacer d'un coup d*£tat ou de quelque chose de semblable! La meilleure moitié de ma vie est comme adhérente à la restauration de l'Empire, et je n'ai nulle envie, peu de temps avant ma sortie de ce monde, de porter la main sur ce à quoi j'ai moi-même collaboré.
(Applaudissements à droite,)
Seulement je considère comme mon devoir de ne pas vous dissimuler, à vous aussi, les inquiétudes que ma longue expérience politique acquise dans les affaires me fait concevoir pour l'avenir, et ce que je craindrais si le Reichstag continuait à comprendre sa tâche de cette manière.
Vous pouvez sans doute me répondre: tSi le Reichstag ne convient pas aux gouvernements confédérés, il peut être dissout». Messieurs, à ce moyen-là j'attache fort peu de valeur; une dissolution vraisemblablement ne ramènerait pas autre chose qu'un effectif parlementaire à peu près le même que celui qui est aujourd'hui devant nous; — et je crois que
(1) de plus près qao les antres peuples de même race et formant le même Empire.
(?) cf, sur ce sujet, Vol. Xïl des Discouf^^ p. 437. — et in/rà, séance de la Chambre des députés, du 29 janvier 1886; réplique du miDÎstre-président à M. Windthorst — Celui avait dit:
«si les Polonais voulaient obtenir par des voies illégales la satisfaction de leurs désirs de cœur, je serais le premier à les condamner, et à les combattre sur ce terrain-là . . .»
— A quoi le prince de Bismarck répondait:
«Ainsi, tout -à- fait comme les Guelfes, qui disent eux aussi ne ▼oaloir recouvrer Tautonomie du royaume de Hanovre que par les voies légales . . .•
la dimination de la valeur attachée aux élections prises individnellement, ainsi qu'aux dissolutions, devient de plus en plus générale à mesure que Ton reconnaît mieux comment se manipulent les élections, combien peu Télecteur sait ce qui se passe ici, combien peu il en connaît les raisons, et combien peu la situation dans son ensemble, vu qu*il en est exclusivement instruit par son député, lequel naturellement a besoin de lui présenter les choses de telle manière que les électeurs se décrieraient eux-mêmes sMls voulaient faire choix d'un autre mandataire.
Que les élections ne soient pas généralement le baromètre des sentiments, des impressions intimes du peuple, c'est ce qui ressort déjà des proportions arithmétiques. La majorité du Beichatag^ telle que présentement nous la voyons — toujours refusant, toujours faisant de l'obstruction — se tenir en face des gouvernements, ne représente quant à elle qu'un peu plus — non pas beaucoup plus — de la moitié du Reickstag^ et le Reichstag tout entier, dans sa totalité, ne représente nécessairement qu'un peu plus de la moitié des Allemands ('). Ainsi, ce quart de l'opinion publique, qui trouve son expression dans les votes de la majorité, n'est pas nécessairement l'opinion du peuple.
Si, revenant sur nos propres expériences, nous nous reportons à l'époque du conflit parlementaire de 1859 à 1866 ('), on voit que plusieurs dissolutions et nouvelles élections eurent lieu dans cette période, et qu'après chacune d'elles revenaient les mêmes messieurs, — les amis du gouvernement toujours en plus petit nombre, jusqu'à n'être plus, je crois, que
Q) étant déduites la minorité des électeurs votants et les abstentions; — celles-ci s^élèvent souvent jusqu^à 40 pour cent et plus des électeurs inscrits.
(') conflit entre la Chambre des députés et le gouvernement au sujet du budget de la guerre. — Quand M. de Bismarck entra au ministère (septembre 1862), ce conflit avait donc commencé depuis plus de deux ans. — t\ sur Torigino du conflit Yintroduction du !«' Volume des DhcotiTR (2*w<^ édition); — les phases ultérieures de cette lutte parlementaire, jusqu'en 1866, forment la matière de tout ce premier volume.
L'ESPRIT PUBLIC EN 1864 et 1866. 137
onz6(0. Ce fat leur minimum dans la période critique, et leur plus haut chiffre s'éleva à 30 ou 60, — je ne sais au juste. On devait donc croire que la politique, alors suivie par le gouvernement prussien au nom de son Roi ('), était condamnée d'une manière absolue par l'opinion publique tout entière, par Topinion de tout le peuple. Une épreuve fut faite (^), qui prouva de la façon la plus claire que tel n'était pas le cas.
Déjà au milieu de l'époque du conflit (^), avant et pendant la guerre danoise, on put voir que les troupes, y compris les hommes de la réserve appelés sous les drapeaux, ainsi que tous les intéressés dans cette guerre, s'y portèrent avec l'enthousiasme qui est propre au Prussien et à l'Allemand dans la lutte pour ses foyers, dans la guerre contre l'ennemi, — et qu'il ne fut question d'aucun mécontentement, qu'il n'y eut aucun écho de ce fameux mot d'ordre: cpas un silbergros à ce ministère, pas même quand l'ennemi serait au Kreuzberg!>(*)
Le même fait se produisit d'une façon encore plus caractéristique quand eut lieu la mobilisation contre l'Autriche. Une guerre contre l'Autriche était réellement quelque chose qui répugnait à bien des gens, à bien des Allemands, à moimême (^), et qui touchait péniblement nos sentiments les
(«) cf. Vol. IV des Dùcour», p. 97.
C) Pendant tonte la période da conflit, le Roi Guillaume, ne cessa de revendiquer comme sienne la politique suivie et soutenue par son ministère; — les réponses et les messages de Sa Majesté à la Chambre des députés en faisaient publiquement foi. — v. Vol. l«r des Diicows (2^»« édiUon), pp. 82, 212, 237, 274, 363.
C) guerres de 1864 et de 1866.
(^) mot d'ordre de Topposition systématique (1862-1866), — plus d'une fois rappelé par le prince de Bismarck; cf. notamment, Vol. II des Dùcows (2^mft édition), p. 440. — Le Kreuzberg est une hauteur an sud de Berlin.
(^) En 1884, le chancelier de TEmpire disait an Reichstag: «Qu'il ne soit pas bon de rappeler la guerre do 1866, — une «guerre civile allemande», — oui, Messieurs, je suis complètement de eet avis, et je
plus intimes. Or, le même esprit qui pendant les hostilités se donnait carrière (^), et qui, après la paix conclue, se manifestait encore par le rejet de la Constitution fédérale ('), trouva-t-il aucune expression chez le peuple en armes, ne fût-ce même que dans une manifestation fortuite, ne fût-ce même que par un article de journal? Je n'ai rien su de pareil, — et depuis lors je n'ai plus attaché à la question de dissolution ou d'élections autant d'importance que précédemment, lorsque j'étais député. En ce temps-là, il me semblait que ce qui pouvait être mis de plus grave en question, c'était si, aux prochaines élections, je serais réélu, ou bien si un autre me supplanterait.
Je considère comme vivement désirable et comme nécessaire que la politique du gouvernement soit publiquement traitée et discutée devant une grande assemblée de représentants du peuple, que sans le consentement de cette assemblée les lois ne puissent se faire, les impôts ne puissent être établis, bref que le gouvernement soit préservé, par le veto d'une représentation nationale, des folies et des vues exclusives. Tel ou tel vote du Reichstag peut bien, suivant les
pourrais fournir la preavo que jo partage, même à un bien pins haut degré, Téloignement pour le souvenir de cotte guerre; j^aurais souhaite que sur nos monuments commémoratifs il ne fut jamais question de la guerre de 1866, et que les guerres que nous ayons faites contre Tétranger y fussent seules mentionnées ...» (Vol. XI des Discours^ p. 162.)
0) Tesprit du parti progressiste. — A la veille de la guerre de 1866, le comité de V Union -nationale publia d'énergiques «résolutions*, adjurant les citoyens patriotes de tout faire pour prévenir une guerre civile allemande; — et une assemblée (sans mandat) d'anciens dépotés, réunie à Francfort, lança un manifeste solennel, conçu dans le même sens. (Vol. 1er des Discours^ 2^mt édition, p. 4^.)
(') sous-entendu: par une minorité animée de cet esprit d'opposition systématique. — £n 1867 la Constitution de la Confédération de TAllemagne du nord fut votée par le Reicltstag à la majorité de 230 voix contre 53. — Parmi les 53 votants non se trouvaient MM. Richter, Windtfaorst et Bebel, avec la plupart des progressistes, les Polonais et les Guelfes. — Soumis ensuite au Landtag prussien, le Statut fédéral fut approuvé par 226 voix contre 91, — dont encore et naturellement les mêmes voix opposantes qu'au Reichstag*