FUTURES COMPLICATIONS INTERNATIONALES
idées socialistes affichées sur les drapeaux de Tarmée ennemie, sur ses drapeaux rouges?
À rheure qu'il est, l'armée française se trouve en face des agitations ouvrières de Decazeville(^). Nous ne savons s'il faut attacher plus d'importance au fait qu'elle y est tenue eu échec, ou bien aux paroles d'un ministre disant que cle soldat d'aujourd'hui est l'ouvrier d'hier, et l'ouvrier d'aujourd'hui le soldat d'hier t (*''); nous ne savons qui, en France, dans ce mouvement, finira par remporter la victoire.
En un mot, si de grands ébranlements européens devaient encore arriver, — ils seront beaucoup plus compliqués que ceux que nous avons derrière nous, ils auront en partie une nature internationale. Si de tels mouvements se produisent, je voudrais que l'Empire allemand fit face à ces éventualités avec toute la solidité que nous pouvons lui donner en temps de paix. Nous avons eu quinze années de paix; ces années jusqu'ici, à part l'activité déployée dans les ministères de la guerre qui se sont succédé, nous ne les avons pas, selon moi, utilisées pour affermir l'Empire autant que nous l'aurions pu.
Notamment, pour faire renaître la satisfaction publique en diminuant les charges fiscales, pour achever les réformes sociales que nous avons commencées, et dont la plus coûteuse et la plus difficile, c'est-à-dire l'assistance de la vieillesse, n'a pas même été abordée par nous, — pour cela nous aurions eu amplement le temps, et il est encore tempus utile.
Je ne vois encore aucun danger qui soit imminent pour nous, bien que je doive dire — peut-être au détriment de ma réputation diplomatique — qu'au printemps de 1870 je
(}) dans le département de rAyeyron; — grève des mineurs.
O disconrs da général Boulanger, ministre de la guerre, à la Chambre des députés française (12 mars 1886):
«Messieurs, il vient d^être dit à cette tribune qu'il y avait à Decazeville autant de soldats que de mineurs .... ne nous le reprochez pas, car peut-être, à Pheure où je parle, chaque soldat partage-t-il avec un mineur (gréviste) sa soupe et sa ration de pain.... Est -ce que nos ouvriers, soldats (Thier, auraient à redouter quelque chose de nos soldats d^aujourd^kuii ouvriers de demain f,,,»
n'ai pas préva non plas qu'an bout de quelques mois nous serions dans une autre situation (0-
J'ai à cœur — et c'est la raison pour laquelle je presse les réformes que je poursuis, — j'ai à cœur avant tout que si de telles crises surviennent, et si la solidité de la Constitution allemande doit être soumise à des épreuves comme elle n'en a pas encore subies jusqu'à présent, — l'on puisse dire alors: rien n'a été négligé dans le tempus utile de la paix, chacun y a mis du sien pour satisfaire tout le monde. Je souhaite en effet qu'en pareils cas les mécontents soient aussi peu nombreux que possible, et que parmi eux ne se trouvent pas aussi quelques gouvernements des Etats particuliers, — surtout que le roi de Prusse ne se trouve pas parmi ceux qui ne se sentiraient pas satisfaits des résultats et des œuvres de l'Empire, auquel Sa Majesté l'Empereur a fait bien des sacrifices (^). Ce serait à mes yeux un résultat fatal.
Les efforts tentés en 1848 pour créer l'unité allemande sont tombés dans l'eau principalement parce qu'on a dédaigné les réalités en Allemagne. Au nombre des réalités sont les gouvernements et les dynasties, et je vous engagerais, Messieurs ... — non point parce qu'aujourd'hui je fais partie du gouvernement, ce qui ne sera plus le cas, il faut l'espérer, d'ici à peu, — mais, dans l'intérêt de l'Empire allemand et de sa création, je vous engagerais du moins à ne pas traiter les gouvernements et leurs projets aussi dédaigneusement qu'on l'a fait cette fois dans les délibérations de votre commission ('). Ne prenez pas, je vous prie, en mauvaise part
(') On sait comment, en effet, fat improvisé par la France impériale «ce changement de situation». — Le 20 jaillet 1870, le comte de Bismarck disait an Reichstag: «nons n'avons reçu da gouvernement impérial français, dans tonte l'affaire, qu^une seule communicatian officUlk: c'est la déclaration de guerre arrivée hier.»
C) comme Roi de Prusse.
(') t;. 8uprh^ p. 104, l'analyse du rapport de la commission; — il y est dit, entre autres choses, que dans la discussion générale, au sein do cette commission, pas un des adversaires du projet ne crut que ce fût la peine de prendre la parole.