NOUVEAUX IMPOTS EN PERSPECTIVE
cet avis qae je vous donne; je ne sais, dans mon état de santé, quand je pourrai de nouveau parler devant vous, je ne sais si je le pourrai encore une fois cette année; l'avenir est à Dieu! mais je tiens pour mon devoir, en me fondant sur les expériences que j'ai faites au service de TËmpire, de ne point vous cacher mes inquiétudes.
Encore aujourd'hui, si cela ne ressemblait presque à une ironie, je vous adresserais cette prière: adoptez le monopole; par le monopole vous consolidez l'Empire, par le rejet du monopole vous nuisez à l'Empire. Hais si vous rejetez le monopole, si réellement vous voulez prendre la responsabilité de couper à l'Empire et aux Etats particuliers leurs ressources, alors. Messieurs, nous vous présenterons avant peu, comme je l'ai déjà dit, d'abord le nouveau projet d'une loi de l'Empire pour l'imposition de l'eau -de -vie dans sa consommation, mais en outre, - si mes vœux sont agréés par les gouvernements confédérés, — ce que je ne sais encore, — le projet d'une imposition des parties intéressées ellesmêmes, qui doit avoir pour but de bonifier, à leurs propres frais, la prime d'exportation.
Si, comme d'habitude, vous rejetez aussi cet autre projet, — en ce cas. Messieurs, je crois que le Roi de Prusse ne pourra pas fermer les yeux plus longtemps à la situation de ses sujets, à la détresse où ils se trouvent, et à ce fait qu'annuellement encore, dans ses Etats, il y a un million et demi de saisies -exécutions causées par les charges communales; il aura à voir ce que ses ressources prussiennes lui permettent d'obtenir des impôts de patente et de licence; — et j'ai la conviction qu'alors il trouvera chez la représentation nationale prussienne l'appui qui lui est ici, à mon regret,
refusé.
(Applaudissenienta à droite.)
La discasBioD fat continuée d^abord par M. le député de lieUdorjf (Droite), qui regrettait à- son tour qu^une question si importante à tous les points de vue n*eût pas été Pobjet.d^un débat plus approfondi.
«Je déplore» ajouta Porateur, «que de plus en plus, au ReichUag^ on se préoccupe ayant tout de plaire à l'électeur, et que le souci de la réélection remporte sur les intérêts du pays. ... Je considère, quant à moi, que la véritable tâche du parlement est de concourir, avec le gouvernement de TEmpire, à résoudre les grandes questions qui peuvent recevoir une solution pratique, et non à poursuivre des fantômes comme la domination parlementaire et la conquête du pouvoir. Mon impression est que les racines de l'existence parlementaire déjà sont attaquées, et que l'heure approche où la nation croira devoir passer à Tordre du jour sur le parlementarisme en Allemagne. . . .•
Apres cet avertissement, sans doute inutile, donné aux tacticiens de la gauche et du Centre, M. de Helldorff déclara que ses amis et lui, quoiqu'ils pussent élever certaines objections contre le projet, cependant voteraient out, pour ne pas être confondus avec ceux qui par des considérations et intérêts de parti faisaient, cette fois comme toujours, de Popposition.
Deux autres orateurs: M. Langioerth de Simmem et de Fischer parlèrent, — le premier contre le monopole, qu'il considérait comme une «erreur économique», — le second pour, et précisément par des raisons économiques, que les adversaires du projet n'avaient pu affaiblir, ou que plutôt ils afiectaient dédaigneusement de ne pas même vouIcht discuter.
Suivit un très long discours de M. le député Richter^ — auquel le chancelier allait tout-à-Pheure répondre en détail (').
L'orateur progressiste déclara d'abord qu'il était, comme on pouvait croire, d'un avis diamétralement opposé à celui de M. Fischer et des amis de celui-ci (libéraux-nationaux). — Puis, s'occupant beaucoup plus du chancelier de l'Empire que du monopole, il revint sur la «politique de schnaps», expliqua de nouveau ce qu'il avait entendu et entendait encore par cette expression, affirma qu'elle n'avait rien d'injurieux personnellement pour le prince de Bismarck, et se plaignit en revanche d'être fort peu ménagé lui-même par le chancelier.
Au sujet de l'influence électorale attribuée, avec raison d'ailleurs, aux débitants de boissons, M. Richter soutint une opinion qui avait tout au moins le mérite de la nouveauté : savoir, que les cabaretiers sont les principaux agents et soutiens de Pélection des conservateurs!
( ') Les passages du discours de M. Richter particulièrement relevés dans la réplique du chancelier, sont au fur et à mesure reproduits textuellement ou analysés en notetf.