‹ Les discours de M. le comte de Bismarck: avec sommaires et notesChapitre 57 sur 175 · RÉPLIQUE A UN ORATEUR PROGRESSISTE · texte numérisé non relu

RÉPLIQUE A UN ORATEUR PROGRESSISTE

Vint ensaite la question d^an coup d^État (changement de la Constitation, abolition du suffrage aniversel etc., le tout par ordonnance): le chancelier, il est Trai, protestait contre une pareille pensée; d'aillears la réalisation en serait impossible, ~ dans la conyiction de M. Richter.

Quant aux dangers qui pouvaient menacer FEmpire (points noirs aperçus par le chancelier), Porateur ne savait pas s'ils existaient effectivement, mais dans le cas où ils seraient réels, «la représentation du peuple allemand devait d'autant plus se garder d'approuver de pareils plans et projets (comme celui du monopole) qui détruiraient en temps de paix les dernières sources où il faudrait puiser en temps de guerre*. (Vifs applaudissements a gauche; sifflements à droite,)

Le prince de Bismarck: Bravo! bravo!

(Bruyante hilarité,)

Le chancelier de PEmpire prince de Bismarek:

Oui! bravo! bravo!

(Nouvelle hilarité.) Je partage complètement Topinion de ces messieurs qui crient bravo ! c'était un discours distingue, mais touché aussi par le reproche que M. le député Richter a fait au mien: il n'était pas neuf. M. Richter me dit que je fais toujours le même discours. Q) De M. le député, dans ces dix dernières années, je n'ai rien non plus entendu de neuf. C'est toujours la même chose: «Pas de nouveaux impôts! 120 millions d'impôts!» — plus ou moins pathétiquement débitée, selon le besoin.

Aussi dirais-je à M. le député Richter: il conviendrait, je crois, que nous qui . . . — voilà bientôt quarante ans que je suis en exercice parlementaire, et vingt ans passés pour le moins que M. Richter l'est aussi; je ne sais combien de temps nous avons encore à vivre, — il conviendrait donc, je crois, de ne pas avoir à notre égard cette exigence que nous disions tous les jours quelque chose de nouveau. M. le député est sans doute bien plus fécond et

(}) M. Richter avait dit: «Les développements de M. le chancelier ne sont rien moins que neufs; il les a déjà donnés en 1879. ...» — Et itérativement, dans la suite de son discours, Toratenr avait signalé de semblables répétitions, presque littérales, disait-il.

bien plus exercé qne je ne le suis; il n'a pas antre chose à faire que de parler, il peut s'y préparer très soigneusement, et il reste aussi en exercice, car il parle plusieurs fois à la journée, -

(M. Richter: Plus maintenant!)

— et quand il ne parle pas, alors il écrit ses discours ('); C6t exercice, je ne puis malheureusement me le permettre; je parle avec peine; en outre, M. le député est bien portant et robuste; je lui envie son apparence physique; — mais quelque chose de neuf, il ne nous l'a pas dit.

Il a donné à entendre que j'aurais, malgré mon assurance formelle, laissé voir de singulières intentions de compromettre l'Etat et d'amener des complications extérieures. Celui qui lira mon discours, verra que ce n'est pas la vérité; mais celui qui ne lit — comme c'est le cas dans les cercles d'électeurs progressistes — que les discours de M. le député Richter, supposera sans doute que j'ai dit quelque chose de monstrueux. C'est encore là un des côtés faibles de nos institutions parlementaires que les gens qui ont élu quelqu'un sachent bien rarement la vérité sur son compte, tant qu'il ne trouve pas bon de la leur dire lui-même. M. le député Richter la leur dira peut-être.

Je n'ai point laissé voir d'intentions; j'ai exprimé des craintes. Ces craintes ne sont peut-être pas fondées; M. le député Richter ne les partage pas.

{Exclamation de M. Richter*). (*)

— Bien! . . . Embrassant de son coup d'œil la politique européenne, il est certainement un juge beaucoup plus compétent que je ne puis jamais me flatter de l'être; et quand il

0) c. à d.: il écrit soas forme d^articles, dans ses joarnaaz, les discours qa^il n^aara pas prononcés.

(') M. Richter se récrie, parce quHl n^avait pas positivement mis en doute les dangers signalés par le chancelier; il s^était contenté de dire: ^si — de telles éyentnalités sont possibles...»; — mais cette forme dubitative était assez transparente.

Page 1