LES INTRANSIGEANTS AU REICHSTAG
rente. Si M. Richter est d'un antre avis, il rejettera ce qne nons proposons ; — et en tonte occasion^ il est d'nn antre avis qne le mien; je n'ai besoin qne d'exprimer mon opinion ponr qne la sienne se fixe solidement en sens contraire.
La légèreté des arguments de M. le député Richter m'a frappé surtout dans ce passage de son discours qui peut se préciser à peu près de cette façon: cLa Prusse est en détresse, mais la Prusse ne doit rien avoir, parce que la Saxe n'a besoin de rien ; si donc les Saxons, pour leur part, sont satisfaits, les Prussiens ne doivent pas s'adresser à nous; c'est à chacun de voir comment il se procurera ce dont il a besoin» (*). — Alors, Messieurs, les États particuliers, la Prusse surtout, n'auraient pas dû céder les principales sources d'impôt, les plus liquides et les plus productives, à cet Empire, à cette majorité, qui est en grande partie dépendante de M. le député Richter. Quand ce député veut attaquer le gouvernement, il a certainement un grand avantage. Les propositions contre le gouvernement trouvent toujours bien plus facilement une majorité, au Reichstag, que celles qui sont faites pour le gouvernement, parce que celui-ci est dans la nécessité de rendre 60 ou 80 voix (*). Que les députés qui cultivent les intérêts polonais, français, que les démocrates -socialistes, que les guelfes votent en toute circonstance contre le gouvernement, c'est chose entendue.
Ainsi, quiconque a pour sa part la moindre querelle avec le gouvernement, — trouve un piédestal tout prêt, sur lequel il peut se poser et qui lui donne un sensible avantage. H. le député Richter n'a besoin que de paraître sur ce piédestal, et, comme le roi Saûl(^), il surpasse d'une
(^) M. Richter avait dit: «M. le chancelier établit quMl existe an grand besoin financier. ... Il y a tels Etats, comme la Saxe, qui n^ont absolument aacnn besoin de plus fortes recettes. Nous différons d^ayis avec M. le chancelier en ce sens que, d'après nous, chaque commune doit pourvoir à ce dont elle a besoin par ses propres impôts. ...» etc.
C) comme on dit au jeu d'échecs rendre un pion.
(}) «Il (Saûl) était plus grand qu'aucun du peuple, depuis les épaules en haut (Samuel^ 7, JX^ /.)
longueur de tête tout le Conseil fédéral. Il n'y a pas de lutte possible dans cette salle, si Ton met en ligne de compte l'espèce d'avance (pour l'autre partie), l'appoint fourni par tous les adversaires-nés du gouvernement, aussi par tous les les adversaires-nés de l'Empire, qui ne veulent pas du tout de cet Empire ou ne le veulent pas tel qu'il existe, qui en somme rejettent l'Empire allemand, — et si l'on considère — ce que précisément j'ai indiqué comme un regrettable signe caractéristique de la majorité actuelle du Rekhstag^ — si l'on considère que tous ces intransigeants trouvent leur compte auprès de cette majorité, se développent encore sous son toit et s'y sentent à l'aise.
En somme ces reproches de répétitions que m'adresse M. le député, reviennent simplement à me reprocher les efforts trop fréquents que je fais pour venir en aide à l'Empire par l'amélioration de ses finances et pour soulager la pénurie financière de la Prusse. M. Richter objecte que j'ai dit exactement la même chose quand il s'est agi du tabac. Effectivement nous étions dans une situation tout-à-fait semblable, et nous avons eu aussi (du Reichstag) la même réponse. Toujours nous nous heurtons à la même négation absolue, se refusant à tout, ~ à la même intransigeance qui en toute circonstance est d'une autre opinion que le gouvernement.
Pourtant on ne peut me faire un reproche de ce que je revienne toujours — je pourrais dire — avec la même mendicité au nom du Roi de Prusse. Ce souverain n'a pas autrement l'habitude de mendier. Il y a d'autres situations où, du c^îté progressiste, on m'a reproché de mener le Roi de Prusse à Cano8sa(0. Eh bien! Messieurs, il n'y a pas pour mon seigneur et maître le Roi de Prusse de Canossa plus humiliant que celui auquel ici, à cette place, il est exposé dans la question d'impôts au Reichstag; depuis seize
Q) allusion au mot historique du prince de Bismarck: «nous nUrons pas à Canossa». (Vol. VI des Discours, p. 142.)
ans, son premier ministre doit se tenir aux portes, demandant l'anmône; — des pierres w. lien de pain, voilà ce qn^on joi donne, et il est reponssé avec des phrases de dédaigneuse dérision.
(Exclamations et rires à gauche. Applaudissements à droite.) — Messieurs, ceci vous fait rire; je répète: rira bien qui rira le dernier! Vous nous menez à une situation ... où vous ne serez plus ici, — et alors vous rirez, s'il vous plaît, quelque autre part. Mais ici, à la longue, vous ne pourrez pas rire du Boi de Prusse; je vous le dis tout de suite.
La seule chose se rapportant à la question, — que M. le député Eichter ait critiquée en mon discours, c'était l'insuffisante exactitude de quelques chiffres donnés par moi. Or, s'il ne peut rien trouver à objecter contre le projet si ce n'est que les rapports des autorités de Kœnîgsberg, de Posen, de Stettin sur les prix de l'eau-de-vie ont été inexacts, alors il devrait reconnaître combien il est difficile pour l'autorité centrale de se procurer exactement les informations nécessaires, — - le reconnaître plutôt que de reprocher au projet d'avoir été élaboré légèrement.
Pour terminer, il me faut encore relever l'observation personnelle de M. le député Richter sur un reproche que le lui ai fait, c'est-à-dire relatif à des imputations envers moi pour lesquelles, s'il se les fut permises autre part qu'ici, il eût été passible d'une peine (^). Il a donné lecture très exactement du passage de son discours (^) ; seulement il a compté que dans la construction embrouillée de la phrase lue par lui, l'auditeur ne saisirait pas si clairement le sens. Mais en réalité il a fort nettement confirmé ce que j'ai dit: savoir, qu'il m'accuse d'avoir usé de mon influence officielle pour favoriser sous le rapport de l'impôt l'industrie de distillateur exercée par moi-même.
(}) sur rimmunité parlementaire, considérée an point de vue des offenses personnelles, v. Vol. I«r des Discours^ p. 196, 364; Vol. II, p. 44 ; YoL Vm, p. 48, 122.
(') le passage de son discours du 5 mars; v. 9tq>rà, p. 110.
Toutefois il m'a déclaré non-coupable du fait de pousser les gens à boire; c*est assurément beaucoup de bouté de sa part; je crois qu'il peut aussi acquitter le goui^emement sur ce chef. Les véritables recruteurs de Tivrognerie, ce sont les 190 000 débitans de boissons qui doivent en vivre, et qui se sont déjà tellement partagé la totalité des buveurs que chacun d'eux est dans la nécessité, ce qui lui est facile d'ailleurs, de persuader à ses clients de boire un peu plus. — De ce qu'il ne m'ait pas accusé d'une pareille excitation je le remercie.
Mais en 1883, lorsque fut discutée la clause relative i l'alcool (*), — la € politique de schnaps», — M. le député Richter a parlé en ce sens que notre politique économique, que notre politique financière «serait éminemment dominée, par des ménagements pour la distillerie, qui ne sont point en rapport avec les proportions naturelles de la politique fiscale. * (') Ceci était dit en y attachant mon nom et l'accusation i mon adresse de faire moi-même de la c politique de schnaps». Que je fasse une telle politique, M. le député l'explique par le fait que notre politique financière — les projets de loi émanent de moi, ils sont signés de mon nom, et j'en porte la responsabilité — est donc éminemment dominée par des ménagements pour la distillerie dans la politique fiscale, — éminemment, le mot est souligné.
Or ceci, présenté de cette façon, est une fausseté, inventée à plaisir, et à l'appui de laquelle ne peut pas même être cité le fait d'une discussion sur la matière. Si M. le député Richter vent faire avec moi un compromis, c'est-àdire renoncer à son immunité parlementaire, à son droit de m'injurier ici impunément, je lui proposerai de nous soumettre aux tribunaux, qui décideraient si dans ce qu'il a dit il n'y
(}) danse relative aux alcools — dans le traité de commerce avec PEspagne, définitivement concln en 1884.
C) V, pins hant, p. 110; — ce passage du disconrs de M. Kichter j est rapporté tes^tnellement,
a pas une injare grossière et nn soupçon élevé contre mou honnêteté. Je m'en rapporte an jugement de tout homme impartial qui lira le texte de ce passage. M. le député Richter Ta lu expéditivement, et il a compté que dans la rapidité de la lecture on ne suivrait pas ce passage embrouillé.
Je répète que je lui serais reconnaissant s'il voulait bien une fois renoncer, pour ce cas, à son immunité; il conteste sans doute qu'il courût le danger d'être condamné, — je lui serais donc très reconnaissant de vouloir bien faire la déclaration que je lui demande, et de me permettre, en ce cas, de déposer une plainte. Tant que cela ne m'est pas permis, je soutiendrai toujours qu'il m'a de la façon la plus injuste, sans que je l'aie mérité, grossièrement injurié.
(Applaudissements à droite. Bruit à gauche.)
L'Assemblée décida qae la saitc de la discussion serait renvoyée an lendemain.
Mais avant qae la séance fût levée, M. Richter eut encore la parole — ponr des observations et rectifications personnelles: — à Tentendre, le chancelier Taarait souvent mal compris ou lui aurait prêté plusieurs fois le contraire de ce qu^il avait dit. — Quant à son immunùé parlementaire^ M. Richter ne pouvait y renoncer, attendu que c^était un privilège non pas individuel mais collectif, dont nul de ceux qui le possèdent n^a le droit de se départir. Du reste, il avait dit cent fois les mêmes choses qu'au Reicfistag dans des réunions publiques, où il n'était pas couvert par son immunité parlementaire, et jamais, pour ces autres discours, il n^avait été l'objet d'une poursuite judiciaire.