‹ Les discours de M. le comte de Bismarck: avec sommaires et notesChapitre 73 sur 175 · LES PROTINGES POLONAISES PRUSSIENNES · texte numérisé non relu

LES PROTINGES POLONAISES PRUSSIENNES

ment nécessaire dans les principes d'après lesquels, depuis 1840, les provinces dont la population parle polonais sont régies et administrées.

Nous avons reçu de l'histoire ce legs ... — vous me pardonnerez, Messieurs, si, quand il s'agit d'une question qui a ses racines dans le passé , je jette aussi sur le passé un coup d'œil rétrospectif — nous avons, dis-je, reçu ce legs de deux millions de sujets parlant polonais, avec lesquels il nous faut vivre, aussi bien que nous le pouvons, sur les mêmes territoires qu'enserrent les frontières de TEtat prussien. Ce n'est pas nous qui avons fait cette situation; notre politique peut dire d'elle-même ce qui est inscrit dans la devise de je ne sais plus quelle académie forestière: «Nous récoltons ce que nous n'avons point semé, nous semons ce que nous ne récolterons pas».

Telle est également notre situation (^) par rapport au passé antérieur à 1815. — L'année 1815 a créé pour l'Etat prussien une frontière en -deçà de laquelle il ne peut dans aucune circonstance reculer; il a besoin de cette frontière pour relier ses provinces entre elles, pour relier Breslau à Eœnigsberg; il en a besoin pour ses communications, pour

(0 id est: la sitaation (par rapport aax possessions polonaises) de celai qai récolte ce qa^il n'a point semé.

En 1772, lors dn premier partage de la Pologne, la Prasse avait en ponr sa part: le pays de la Vistale inférieure, la Prusse-occidentale et le district de Netze (645 Milles carrés). — En 1793 (second partage), outre Danzig et Thorn, la Prusse eut les territoires qui composent actuellement le grand- duché de Posen, plus une partie des Yoiyodies de Oracorie, Raya et Plock (environ 1000 Milles carrés). — Ces nouvelles possessions, connues sous le nom de Pnuse- méridionale^ furent immédiatement incorporées à la monarchie. — Enfin, au dernier partage (1795) la Prusse céda à PÂutriche le district de Cracovie, mais elle reçut le reste de la Massovie et les territoires de Varsovie et de Bialjstok (900 Milles carrés).

En 1807, la Prusse perdit la moitié de son territoire, et notamment toutes ses possessiom polonaises. — En 1815, elle ne recouvra que Danzig, Thorn et le grand -duché de Posen. ^- Dans cette nouvelle et dernière distribution des territoires polonais, la plus grande partie de la Prusseméridionale (avec Varsovie) fut annexée à la Pologne russe.

80Q existence industrielle et commerciale, aussi bien que pour sa défense et sa sûreté. Qu'en 1848 il se soit trouvé des politiques allemands qui crussent pouvoir reporter cette frontière en arrière de je ne sais quelle étroite bande de territoire (^), qui n'eût même servi de rien à la nation polonaise, — je ne peux voir là qu'une aberration politique.

En 1815, on ne s'est pas représenté d'abord les difficultés de la situation où l'on se mettait; la raison en fut principalement sans doute qu'à cette époque on donnait moins de poids à l'opinion des populations qu'à celle des hommes d'État.

Les hommes d'Etat qui chez nous, en 1815, tenaient le gouvernail, le prince de Hardenberg en première ligne, et, je crois, le président-supérieur, en ce temps-là, de la régence de Posen, M. de Zerboni, lequel avait des possessions considérables dans la Prusse méridionale (^) de l'autre côté de la frontière actuelle, — étaient plus encore sous l'impression des négociations ayant eu lieu un peu auparavant, où la Prusse était parvenue à obtenir une plus grande portion de territoire polonais (3). M. de Zerboni possédait de grands biens dans cette partie de la Prusse méridionale qui n'avait pas fait retour à l'Etat prussien. Le désir, qui prédominait alors, d'arriver peut-être par un arrangement ultérieur à rapprocher encore de la Vistule notre frontière de l'Est, le désir, dans ce but, de faire de la propagande en faveur de

(1) Ces politiques allemands étaient les libéraaz et démocrates da Parlement de Francfort Ils voulaient détacher de la Prasse la partie da daché de Posen en dehors des districts allemands, c'est-à-dire le territoire de Gnesen qui fût devenu Etat polonais indépendant (sons le protectorat allemand). Déjà même la délimitation de ce «duché de Gnesen» avait été tracée par un commissaire spécial du Parlement.

On peut voir sur la carte de quelle médiocre étendue était cette portion de territoire siso entre Gnesen et la frontière orientale du duché de Posen.

('} comprise aujourd'hui, avec Varsovie, dans la Pologne russe.

(') La Prusse avait ensuite cédé une partie de ces territoires sous promesse d'être indemnisée en Saxe, — promesse que le congrès de Vienne, comme on sait, ne se tint pas pour obligé de remplir.

PROCLAMATIONS DE FREDERIC • GUILLAUBifi III. 198

la Prusse parmi la population polonaise des portions de territoire rattachées au royaume de Pologne (russe), dicta jusqu'à un certain point le langage qu'alors le prince de Hardenberg conseilla au Roi^ son Maître, de tenir vis-à-vis de ses sujets polonais nouvellement acquis.

C'était là une politique qu'aujourd'hui nous pouvons certainement désapprouver; elle était malhabile. D'ailleurs elle n'amena dans le temps aucun arrangement par traité, de n'importe quelle sorte.

Les proclamations faites par le roi Frédéric-Guillaume III en prenant possession des parties de la Prusse méridionale qui lui étaient de nouveau échues en partage, contenaient la déclaration des vues du Roi, la manifestation des principes d'après lesquels il entendait gouverner. Une obligation de ne jamais modifier ces principes, quelle que pût être toujours la conduite de ses sujets polonais, le Roi ne l'a nullement prise,

(Exclamations du côté des Polonais.) et les promesses qui, sincèrement données par le Roi, n'ont peut-être pas eu tout-à-fait la même signification dans la pensée de ses serviteurs, — sont devenues depuis lors, par la conduite des habitants de ces provinces, complètement caduques, nulles et non avenues.

(Vive protestation des Polonais, — Très vrai! à droite,)

Quant à moi, je ne donne pas un fétu de toute invocation des proclamations de cette époque.

(Grand bruit du côté des Polonais et au Centre,)

La croyance de pouvoir s'assimiler les Polonais, et la répugnance qu'on avait à chercher les difficultés de cette assimilation s'appuyaient aussi sur le fait qu'en Silésie on vivait sans difficulté aucune avec un million de sujets de langue polonaise, se fondaient également sur le souvenir de l'époque antérieure à 1806, alors que les passions n'étaient pas internationalement excitées à ce point et qu'une situation sociale supportable existait entre Allemands et Pois

lonais ; — ceux-ci avaient, à Berlin, de nombrenses relations à la Cour et dans la société.

Cette sorte de bienheureuse confiance fut troublée toutà-coup par l'insurrection de Varsovie en 1830 et par Tapparition d'une question polonaise dans le sens européen, question qui surgit avec la participation et le concours d'autres nations, et qui depuis lors n'a pas complètement disparu de la surface.

L'impression qu'à cette époque les autorités prussiennes en ressentirent, nous est révélée par un rapport que le général, commandant alors à Posen, M. de Grolmann, — un nom qui ne rappelle nullement des tendances réactionnaires

— présenta sur la situation en Pologne, à la date du 25 mars 1832. Je n'ai point l'intention de vous fatiguer par la lecture de tout ce rapport; je vous en lirai seulement la première page pour caractériser la situation en ce temps-là:

(Lisant) Lorsque la moindre partie . . .

— mais je prie messieurs les sténographes de suivre ma lecture; je ne puis laisser sortir de mes mains ce document officiel —

Lorsque la moindre partie des anciennes possessions prussiennes en Pologne fut de nouveau réunie, en 1815, à l'Etat prussien sous le nom de grandduché de Posen, ce pays comptait environ 800000 habitants , dont 350 000 allemands et 450 000 polonais et juifs. Par sa situation au cœur de l'Etat prussien et par la liaison qu'il formait entre les provinces de Silésîe, de Prusse et de Poméranie, ce pays, distant seulement de 18 Milles (^) de Berlin, fait si étroitement partie de l'Etat prussien que toute idée de l'en séparer doit être considérée comme une véritable haute-trahison, et quiconque aime sa patrie, doit employer jusqu'à ses dernières forces non seule-

(>) io Mille allemand = environ 7 Kilomètres.

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