‹ Les discours de M. le comte de Bismarck: avec sommaires et notesChapitre 75 sur 175 · POLITIQUE -FLOTTWELL EN POLOGNE · texte numérisé non relu

POLITIQUE -FLOTTWELL EN POLOGNE

Les idées en germe dans ce mémoire du général de Grolmanu eurent ponr résultat ce qu'on nomme aujourd'hui la politique-Flottweil(0. Le roi Frédéric-Guillaume III accueillit ces idées, et une somme, non pas très considérable (^), fut accordée par le Roi et par le ministre des finances pour être employée à augmenter la population allemande dans la province. Bien que ces opérations n'aient pas été conduites partout et dans tous les cas avec habileté, ni surtout en continuant de maintenir la disposition primitive, néanmoins, tant que ce système a prévalu dans Tadministration, elles ont produit un sensible accroissement de la population allemande.

Mais le système fut abandonné lorsque, en 1840, monta sur le trône le feu Roi Frédéric-Guillaume IV, — qui avait, quant à lui, cette opinion que les sentiments de bienveillance dont il était animé envers ses sujets de langue polo-

« compte de rÉtat les grandes propriétés qai Tiendront à être yendaes «aux onchèreB et qai sont propres à être aliénées do nouveau (par fer- « mages ou reventes), et de les faire passer ainsi entre les mains d'ac- «quércurs, d^origine allemande, aisés, intelligents, et animés de bons «sentiments.

«Les mesures nécessaires ayant été prises à cet effet, nous avons «jusquMci gagné dans la province environ trente propriétaires nouveaux «de biens -nobles, d'origine allemande, lesquels ont répondu à ce que «Ton attendait d^eux. ... Pour TÉtat il n'est résnlté^aucnne perte de «ces aliénations de biens; au contraire le fonds d'un million de tbalers «alloué dans ce but a donné un bénéfice très considérable, en sorte que «rien ne s'oppose à ce que l'opération soit continuée. Les paysans «propriétaires de ces biens se trouvent dans une position avantageuse; «ils payent régulièrement leurs rentes aux caisses de TEtat. ... En «créant ainsi une nouvelle classe d'habitants, on obtient un avantage «incalculable pour la sûreté de l'Etat, et en même temps pour la cnlture «du pays et la prospérité nationale. ...»

(*) V. la note précédente.

(') Comme on le voit dans le Mémoire ci-dessus, cette somme se réduisait à 1 million de tbalers.

La discussion du même projet de loi à la Chambre des Seigneurs (avril 1886; v. infrà) a fait connaître un détail intéressant. En 1845, le prince béréditaire de Prusse, aujourd'hui l'Empereur et Roi Guillaume Icr, vota, dans le conseil des ministres, contre la suppression de ce fonds de rachat, dit fonds -Flottwell.

naise, que la confiance qu'il plaçait en eux, seraient payés de retour, de Tautre côté, par des sentiments analogues; — et il fut fortifié en cette croyance par une tournée que, bientôt après son avènement, il fit dans la province, et où il vit la plus haute noblesse de la nation polonaise; il croyait — un vieux proverbe dît: «générosité de cœur engendre confiance» — qu'on avait ulcéré les Polonais innocents, qu'ils seraient des sujets fidèles de leur bienveillant souverain, et que les bienfaits du gouvernement prussien, en comparaison du régime sous lequel la population s'était antérieurement trouvée, — du régime aussi, je peux bien le dire sans blesser nos voisins, sous lequel se trouvaient les Polonais vivant de l'autre côté de notre frontière — que ces bienfaits gagneraient peu à peu les cœurs.

Ces sentiments de pleine confiance, chez le feu Roi, furent assez désagréablement altérés par les mouvements insurrectionnels qui eurent lieu de 1846 (') à 1848 dans les phases les plus diverses. Le Roi dut voir qu'en 1848, sur les barricades de Berlin, une alliance était conclue entre la démocratie prussienne et étrangère et les Polonais; — il s'en suivit qu'à peu de temps de là plusieurs milliers de sujets prussiens, soit de langue polonaise, soit de langue allemande, £|irent tués ou blessés en combattant les uns contre les autres, dans le grand-duché de Posen (^).

Cependant le résultat des événements de cette époque fut encore un régime légal qui procurait constitutionnelle-

(*) Le mouTemeDt polonais de 1846 avait pour centre la répabliqne de CracoTÎe placée en 1815 sous le triple protectorat de la Russie, de rAntriche et de la Prusse. CTest à la suite de cette insurrection que Cracovie et son territoire furent incorporés à TÂutriche.

C) Los Polonais de Posen, soutenus par la démocratie allemande, avaient protesté contre leur annexion au nouvel État allemand que TÂssemblée nationale de Francfort allait ossajer de créer, et s'étaient aussitôt organisés administrativement et militairement. Lorsque les troupes prussiennes vinrent rétablir Tordre dans le grand- duché, les séparatistes polonais, sous les ordres de Mieroslawski, résistèrent les armes à la main; battus dans plusieurs rencontres, ils durent capituler à Bardo (9 mai 1848).

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