UN TRAIT DU CARACTÈRE ALLEMAND
ment et légalement aux tendances polonaises la même liberté d'action que celle dont jouissaient les snjets allemands. Mais la liberté d'action que les Polonais ont acquise snr le terrain da droit de rénnion et d'association^ de la presse, de la vie constitutionnelle, n'a nullement contribué à augmenter leur bienveillance et leurs dispositions conciliantes envers TAllemagne; au contraire, les seuls fruits qu'elle ait portés, nous le voyons, c'est une aggravation des antagonismes nationaux, je veux dire une aggravation venant exclusivement du côté polonais.
Le développement de cet antagonisme a trouvé sous plusieurs rapports une résistance dans le caractère allemand et ce qui le distingue: d'abord la nature débonnaire allemande, puis l'admiration allemande pour tout ce qui est étranger, une sorte d'envie avec laquelle nos compatriotes considèrent ceux qui vivent à l'étranger et qui ont pris certaines allures étrangères, puis encore la tradition allemande de combattre son propre gouvernement, lutte pour laquelle on était sûr de trouver dans les Polonais des alliés toujours prêts,
(Ecoutez! à droite.) enfin la faculté particulière à l'Allemand, — et qui ne se retrouve chez aucune autre nation, — non seulement de sortir de sa propre peau^ mais d'entrer dans celle de l'étranger,
(HOarité.) et de devenir complètement Polonais, Français ou Américain, bref quelque chose de ce genre -là.
Je me rappelle qu'au temps de mon enfance les mélodies les plus populaires à Berlin que j'aie apprises, étaient des chansons polonaises sur le vieux général (^):
cT'en souviens-tu, mon brave Laçienka» ; Q)
(HUariié.)
(}) le vîenx on Pancieii général, — Bans doato lo héros polonaîs Kosciasko.
C) commencement de la chanBon intitalée «La plainte du lieutenant», — L*antcnr de cette chanson, ainsi que do •Vadieu de Bertrand» (à Napoléon), cité pins bas, est le baron de Gandj, officier prnssien, en-
tQne personne ne me demande de conter qnel fat
liion destin; cMa patrie. . .»
ce n'était point la patrie allemande que pleurait ainsi le jonenr d'orgue berlinois, mais bien la patrie polonaise.
Ceci eut son pendant, à la même époque, dans l'intérêt pour tout ce qui était français. Quel est celui de mes contemporains qui n'a pas entendu réciter avec enthousiasme par exemple V adieu de Bertrand ou les poésies du baron de Gaudy et d'autres en l'honneur de Napoléon !«'? - lequel avait battu les Allemands à plate couture, — ce dont ils lui ont témoigné une reconnaissance que je ne me permets de caractériser par une qualification zoologique. (')
(^Bruyante hilarité.)
Je rappelle l'admiration pour la gloire des armes étrangères cdans la parade de minuit» (*), — bref, toutes les faiblesses des Allemands.
Il me souvient de mon temps d'Université, en 1832, à Gœttingue, où se trouvait une espèce de dépôt pour les fugitifs polonais de Tinsurrection de 1831. Je fis alors la connaissance, comme jeune homme, do quelques-uns des membres éminents du Reichstag polonais de cette époque. C'étaient des gens intéressants, aimables, mais ce qui mMutéresse en ce moment, c'est le souvenir de l'enthousiasme avec lequel ces Polonais étaient accueillis dans toutes les villes du centre de l'Allemagne. J'ai vu depuis la réception
thousiaste de la légende sapoléoDionne; il a chanté Arcole, les Pyramides, Marengo, Borodino, le retour de Tîle d^Elbe, les adieax de Fontainebleau. G^est la partie la plus connue de son bagage littéraire, qui comprend aussi plusieurs poèmes et romans humoristiques; — mort à Berlin en ISiG.
Q) celle du chien léchant la main qui Ta frappé.
(•) die nâchiliche Heerschau — «c^est la grande revue qu'à Thcure de minuit passe César décédé ...» — poésie du baron de Zedlitz, popularisée au dehors par la célèbre gravure de RaffeL — de Zedlitz, officier autrichien, a laissé de nombreuses poésies, entre autres une traduction en vers de Child-Harold; » mort à Vienne en 1862.