‹ Les discours de M. le comte de Bismarck: avec sommaires et notesChapitre 78 sur 175 · SOUVENIRS PERSONNELS · texte numérisé non relu

SOUVENIRS PERSONNELS

diplomatique à Francfort s. M. (^), me dispenseront de prouver autrement le fait qu'en cette situation (de ministre) j'apportais l'intention de servir l'Allemagne dans les voies nationales, et de ne m'en laisser détourner par aucune hostilité. — Je fus accueilli avec la colère qu'on éprouvait de voir confier la plus importante position en Allemagne à cet homme ^ — c'est la qualification qu'il me fallut alors subir (*).

Je ne doute pas que parmi mes adversaires il n'y en eût un très grand nombre qui poursuivaient le même but que moi; mais je ne sais si à la manière dont ils se figuraient pouvoir atteindre ce but, ne se rattachait pas toujours l'arrière-pensée que, personnellement ou par le parti auquel ils appartenaient, ils joueraient un rôle éminent dans le passage à un nouvel ordre de choses. Peut-être l'idée leur était- elle insupportable qu'un étranger (^) anticipât sur leur propre tâche, et que celui-là fut justement un homme avec lequel plusieurs d'entre eux, naguère encore, avaient soutenu, dans cette même enceinte, de très vives luttes parlementaires. (*)

0) pièces tirées des archives prussiennes et publiées par M. de Poschinger, — Le prince de Bismarck avait en déjà l^occasion de mentionner cette publication: — Vol. XII des Discoure^ p. 421.

C) «Je me souviens, lorsque je fus nommé Envoyé plénipotentiaire à la Diète de Francfort (1852), d'avoir trouvé dans les feuilles progressistes de ce temps -là cette observation sur ma personne: 'Cet homme ^ si on lui confiait le commandement d'une frégate, ou si on lai demandait une opération chirurgicale, dirait: «bien! je ne Tai pas encore essayé, mais je veux maintenant en faire Tessai!» . . . Les mêmes feuilles parlaient de moi en ces termes: «Comment peut-on confier la première place en Allemagne à cet individu!» — suivait une peinture caractéristique do ma personne. (Vol. VIII des Discours, p. 110.)

(') c. à d. devenu étranger aux cercles parlementaires par une absence de dix années passées dans le service diplomatique. — L'ancien député au Landtag -réuni et à la Chambre des députés prussienne (1S47-1852), quand il reparut au premier plan sur la scène politique, n'était pas un inconnu, mais presque un oublié.

('*) Le prince de Bismarck rappelle ici les luttes qu'il soutint comme député dans les premières assemblées législatives prussiennes contre les libéraux de ce temps-là. Son début oratoire avait soulevé un véritable

Je me souviens qu'en ce temps-là quelqu'un — je l'avais complètement initié à mes intentions, — qu'il m'eût été impossible alors de déclarer sans nous aliéner toutes les grandes puissances et soulever aussitôt contre nous les doyens de Taréopage européen, — je me souviens que ce personnage, — il ne vit plus, autrement je ne parlerais pas de ceci — qui par sa position officielle se trouvait alors obligé de me seconder, d'autant que je l'avais initié, dit à d'autres personnes en mon absence: «Maintenant, cet homme fait ma propre politique, et il la fait à contre-sens».

(Vive hilarité.) Ce sentiment était celui d'un très grand nombre de ces messieurs qui avaient pris alors vis-à-vis de moi, dans cette Chambre, une attitude hostile. Ce n'est point pourtant que je n'aie pas été compris en ce temps-là; je m'étais notamment exprimé dans un discours bien connu, et même connu non pas tout-à-fait exactement, — discours qui est resté caractérisé par les mots: *lefer et le aangt Q) — je m'étais,

orage, et il lui arriva d^entendre, à la seconde Chambre prossicnae, le cLef du parti constitutiouiiel, baron de Vinckc, traiter ses opinions à^antédiluviennes. (v. le Volume intitulé M, de liwnank député^ pp. 34, 1 10 eipasêim.)

(<) ce discours fut prononcé par M. de Bismarck (30 septembre 18C2), quelques jours après son entrée au ministère, devant la commission du budget de la Chambre des députés. — Le passage connu auquel le prince de Bismarck fait allusion ici, est le suivant:

«Nous avons le sang trop chaud; nous avons le goût de porter une armure trop grande pour Texiguité do notre taille; seulement, nous devrions Tutiliser. Ce n^est pas sur le libéralisme prussien, mais bien sur la force et la puissance de la Prusse que P Allemagne a les yeux fixés. La Bavière, le Wurtemberg et Bade peuvent se livrer an libéralisme; personne pour cela ne leur assignera le rôle de la Prusse. La Fruste doit recueillir ses forces pour le moment propice^ — que déjà pins d^une fois on a laissé échapper. Les frontières données à la Prusse par le Congrès de Vienne ne sont pas bonnes pour le corps d^un État sain et valide. Ce n^cst point par des discours et des votes de majorité que les grandes questions de notre temps seront résolues, — ce fut là Terreur et la faute de 1848 et 1849, — mais par le fer et le sang, ...» (l«r Vol. des Discours, Sème édition, p. 33 34.)

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