LÀ CONVENTION AVEC LA RUSSIE EN
aucun résultat — militaire (^); mais cette convention avait rempli son but au moment où elle fut signée à Saint-Pétersboui^, c'est-à-dire qu'elle décida la politique impériale russe, jusque-là très douteuse, à prendre parti pour la Prusse contre les tendances polonaises.
Ma position, comme ministre des affaires étrangères, vis-à'vis du Cabinet russe était donc jusqu'à un certain point préparée, et de tous les Cabinets européens on ne pouvait en tout cas attendre que de celui-là, je ne dirai pas un soutien, mais du moins un tolerari posse de notre politique allemande. C'est pourquoi j'avais intérêt à cultiver particulièrement les relations avec Saint-Pétersbourg.
Ayant conscience, comme je l'avais, de poursuivre avec la majorité de ma compatriotes, dans cette Chambre des représentants du peuple, un seul et même but national, il était dur pour moi de ne pas avoir à attendre d'un seul d'entre eux un appui, une aide pour atteindre ce but; au contraire, la situation singulière ou j'étais mis par une convention secrète, à l'égard de laquelle on tâchait de m'arracher une violation du secret promis, — fournissait le moyen d'exciter contre nous les autres Cabinets européens, de leur donner en quelque sorte avis de nos faiblesses et des fautes qui de notre côté avaient été commises, de porter plainte — je ne peux nommer cela autrement — de porter plainte, à Paris et à Londres, contre nous à cause de la politique amie de la
(}) Déjà en mars 1863, les CabÎDets étrangers savaient pertinommont qae la convention conclue entre la Prusse et la Russie était, sinon sans objet, du moins sans effet; c*est ce qui ressort dVne dépêche do lord Buchanan, ambassadeur d^Angleterre à Berlin, adressée, le 5 mars 1863, an Cabinet de Saint- James:
«M. de Bismarck m^a dit . . . qu'au surplus certaines restrictions et définitions pour les autorités militaires étaient encore Tobjet de négociations, lorsqu^il a été décidé que ks troupes de Pune ou P autre des deux puissances n'<turaieni pas besoin de franchir la frontière, et que par suite il n^y avait pas dMnstructions à donner sur ce sujet . . . Qu'on pouvait donc considérer la convention comme lettre morte, vu que des instructions n^étaient pas données pour son exécution.» (Vol. I»' des Discours f 2ime édition, p. 127.)
Rassie que nous faisions, — et cette plainte n*était pas sans succès.
Par un hasard arrivé en 1870, un certain nombre de papiers secrets français étant tombé entre nos mains (*), j'ai eu sous les yeux la preuve, tirée d'indices certains, des liaisons qui avaient existé entre des membres de Topposition d'ici, en ce temps-là, et l'ambassade française à Berlin.
(Ecoutez! à droite,) Je continuerai de garder le secret là -dessus, parce qu'une divulgation ne me paraît ni bonne ni utile. Depuis lors vingt -trois ans se sont écoulés, mainte conception politique s'est changée, et nous avons tous appris quelque chose en politique; l'instruction politique est aujourd'hui différente.
Ainsi, c'était pour nous une situation très critique, absolument isolée, celle où nous nous voyions lors des débats polonais, à cette époque, dans cette Chambre même. Au commencement de l'insurrection polonaise, je trouvais à Paris un jugement assez bienveillant; on y était plus anti- russe qu'anti-prussien. Mais, après les discussions, ici, de la Chambre des députés, qui étaient en quelque sorte un appel de cette Chambre à l'étranger, dans le même sens qu'un proverbe anglais dit: Hit him^ he has no fiHend (frappe le, il n'a pas d'amis), — c'est de cette façon que nous étions dénoncés à Paris, — alors changèrent les idées de l'Empereur Napoléon, et il commença même à peser sur nous d'une manière peu amicale.
(*) «Pendant le cours de ma longue existence politique, j u appris à connaître quelques républicains qui étaient les appuis, en ce temps-là, de toute opposition contre le gouvernement prussien, ... et j^eus ensuite l'occasion, pendant la guerre avec la France, d^apprendre quels étaient les motifs qui les portaient à combattre et à affaiblir le gouTemement prussien. ... — Ces messieurs étaient de yéritables agents français; sous couleur d'appartenir à un parti de Popposition, ils étaient au service du gouvernement français, et cela avant 1870; peut-être y en a-t-il quelques-uns encore aujourd*bui, mais je ne Taffirme pas. Ce que j^ai dit formellement, c^est que, pendant la guerre de 1870, j^ai reconnu comme tels certains personnages qui passaient pour des Catons républicains, et qui me furent révélés alors comme agents de rimpéiialisme français. . . .» (Vol. VIII des Discours^ pp. 53, 78.)