‹ Les discours de M. le comte de Bismarck: avec sommaires et notesChapitre 81 sur 175 · SITUATION DE LA PRUSSE EN · texte numérisé non relu

SITUATION DE LA PRUSSE EN

Et qu'après ces discussions dans cette salle prussienne allemande, nous n'ayons pas été plus tard serrés par la vis d'une pression diplomatique, où s'unissaient l'Angleterre, la France et l'Autriche, et qui ne pouvait prendre fin que par une honteuse retraite de notre part, ou que si nous acceptions de faire comme alliés de la Russie une guerre à laquelle cette puissance, en 1863, était toute disposée, — nous l'avons uniquement dû aux mouvements d'amitié pour l'Allemagne qu'à la fin ressentit encore l'ancien lord Russel en Angleterre. — L'Angleterre refusa de se rallier aux vues de la France.

Nous nous trouvions en danger, isolés, et la Prusse, à cette époque, n'était pas forte comme elle l'est aujourd'hui; nous n'avions pas la confédération allemande derrière nous. Je siégeais précisément à cette place où je suis actuellement^ et j'étais, dans cette même enceinte, inondé — par l'assemblée presque unanime — d'un flot de raillerie et de haine, au point de me dire: calions! l'ambassadeur anglais et celui de France sont encore moins haineux, moins hostiles à mon égard que mes compatriotes au Landtag prussien!»

(Ecoutez! à droite. — Bruit et rires à gauche,)

Oui, Messieurs, vous trouvez cela risible maintenant; vous n'avez pas été à ma place, vous n'avez pas porté partout, nuit et jour, ce poids du sentiment de responsabilité, — la responsabilité des destinées du pays, — sentiment qui, à cette époque ne m'a pas quitté une minute, soyez en certains.

Comme preuve de ce que je viens d'exposer (*), je désirerais vous citer deux télégrammes, — tirés des énormes dossiers officiels qu'afin de ne pas commettre d'erreurs, j'û compulsés ces jours- ci.

L'un de ces télégrammes, daté du 6 mars (1863), est de l'ambassadeur de Prusse à Londres, le comte Bemstorff.

{}) id est ce qui vient d^être dit da retour amical, finalement, de la politique anglaise à Tegard de la Prusse.

(Lisafit.) cLe baron Bruno w, qui a vu aujourd'hui lord Russe!, vient de me confirmer encore que le Cabinet anglais pénètre bien les intentions sus* pectes de la France et ne veut point se laisser entraîner, mais que, dans la question polonaise, il sépare l'affaire de la Prusse de celle de la Russie, et que maintenant il considère la première comme écartée si une intervention n'a pas lieu d'autre part»

Secondement, un télégramme de Londres, un peu antérieur, daté de février; il porte:

«Reçu deux dépêches télégraphiques d'hier et une d'aujourd'hui. Lord Russel reconnaît que la déclaration de Votre Excellence à la Chambre des députés affaiblit l'importance des accords avec la Russie, mais il croit cependant ne pas pouvoir renoncer tout-à-faît à la dépêche (*), tant que le gouvernement royal ne déclare pas qu'il ne veut point exécuter la convention.»

Exiger ainsi de nous une rétractation, c'était là une demande humiliante pour tout gouvernement indépendant,

(') dépêche de lord Rassol à lord Buchanan (2 mars 1863). — Les oratoars de Topposition progressiste connaissaioDt l'existonco de la dépêche, sioon sa teneur; mais M. le Dr. Virchow affirmait à la tribone que, par cotte dépêche, le ministre du Foroign Office avait ordonné à Tambassadeur anglais de «prendre position vis-à-vis du Cabinet de Berlin*, — en d'autres termes de protester contre Tintervention ftossible de la Prusse dans les affaires de Pologne et en faveur de la Russie.

Cette dépêche, publiée plus tard, disait:

«La convention prusso- russe a causé un grand mécontentement en Angleterre; la Prusse prend ainsi, sans aucune raison, parti dans la guerre contre la Pologne, car il n^est pas à notre connaissance qu^ancnn trouble règne dans les provinces polonaises prussiennes. Il n^cst que trop vraisemblable que cette convention excitera les sujets polonais prussiens et par là propagera davantage le soulèvement — Tout considéré, le gouvernement anglais reste convaincu qu^il s^agit d^une intervention non -justifiée. L^ambassadeur doit demander copie de la dite convention. . . .>

C^cst à cotte dépêche que répondait la Note de lord Buchanan (du 5 mars), rapportée plus haut, p. 207.

Page 1