‹ Les discours de M. le comte de Bismarck: avec sommaires et notesChapitre 82 sur 175 · LA SITUATION DE LA PRUSSE EN · texte numérisé non relu

LA SITUATION DE LA PRUSSE EN

ponr celui d'une grande -puissance; nous ne pouvions en aucun cas y souscrire. — Entre cette dépêche et la première (qui lui est postérieure) vous trouvez un progrès dans le développement de Tamitié pour la Prusse, du côté de TAngle» terre. Celle-ci ayant vu que la France voulait donner aux choses une tournure sérieuse, refusait pourtant de s'avancer ainsi au bras de la France contre Tancien allié de Waterloo.

Notre situation n'était pas tout-à-fait aussi désespérée qu'elle en avait Tair à ne considérer que les trois puissances impériales — y compris l'Angleterre-Inde comme Empire — qui prenaient sous leur protection le mouvement polonais. La politique russe était toute disposée à tirer l'épée et ne s'en est abstenue, dans le courant de l'été 1863, que parce que Sa Majesté l'Empereur et Roi, aujourd'hui régnant, l'en dissuada. Vraisemblablement aussi cette intention belliqueuse n'aurait été exécutée que si la Russie avait pu compter sur l'alliance de la Prusse^ compter que la Prusse commençât l'attaque en même temps qu'elle.

On croit peut-être que par une telle guerre, avec tous les griefs que nous avions alors contre nos confédérés allemands (^), une meilleure solution des affaires allemandes, ou tout au moins un rapprochement de ce but aurait pu avoir

0) La Prusse, depuis bien des années déjà, trouvait en face d'elle et contre elle, à la Diète de Francfort, une majorité compacte. — An moment où M. de Bismarck prenait la présidence du conseil des ministres, de nouveaux nuages venaient de s'élever dans les régions fédérales. L'Autriche proposait de réunir à Francfort une assemblée de délégués fédéraux <t choisis par les différentes Chambres législatives allemandes, lesquels, de concert avec la Diète, délibéreraient sur la création d'un tribunal fédéral, sur sa composition et sa compétence. Ce projet autrichien, imaginé pour éluder la réforme essentielle et générale proposée par la Prusse, divisa profondément la Diète, et finalement la crainte d'une rupture du lien fédéral le fit rejeter.

L'année suivante (1863), l'Autriche prit une nouvelle initiative sur le terrain fédéral. L'Empereur François-Joseph réunit à Francfort un Congrès des princes, où l'Autriche présenta un plan de réforme fédérale. Le roi Guillaume ayant refusé de se rendre à ce Congrès, l'antagonisme des deux puissances allemandes se dessinait de plus en plus. ... (v. sur ce sujet l'introduction du lor Volume (2imc édition) des Discours^ p. 20.)

lieu bien plustôt qu'on n'y est arrivé par la suite. Hais Sa Majesté le Roi s'est toujours refusé à résoudre la ques* tion allemande autrement que par ses propres forces, et même à vider ses différends avec TÂutriche autrement qu'entre quatre yeiuc^ — je prends le terme dans sa plus large acception — en un mot sans aide étrangère. Cette considération, le besoin de donner à l'évolution allemande une caractère purement autonome et de ne devoir à aucune puissance étrangère un progrès quel qu'il fût en ce sens-là, nous a détournés d'entrer dans une pareille voie.

(Applaudissements.) Le télégramme, mentionné plus haut, continue ainsi:

«Une sommation par Notes identiques n'est pas projetée. Le Cabinet anglais ne veut en somme ni menacer la Prusse, ni la blesser autrement; mais il sait que l'opinion publique ne lui permettrait pas de se ranger du côté de la Prusse, si la France l'attaquait; aussi désire-t-il vivement que le gouvernement royal, par l'observation d'une neutralité absolue, enlève tout prétexte au gouvernement français. »

Or, l'opinion publique en Angleterre était, non pas pour la moindre part, excitée par les débats qui avaient lieu ici, par les discours ici prononcés, et par la manière dont cette opinion était d'ici invoquée, — de même aussi que les discussions du parlement anglais et celles du gouvernement parlementaire français jouaient réellement ici le principal rôle dans les débats (0-

Ceci ne s'est pas reproduit tout-à-fait au même d^ré dans les plus récentes discussions du Reichstag Q)^ et il

(^) Les orateurs de ToppositioD ne cessaient, en effet, de s^appayer soit sar les articles de la presse étrangère, soit sur les discoars prononcés dans les Chambres françaises et anglaises au sujet do la question polonaise. (Vol. !•' des Discours, p. 53, 55 et suiv.)

(^) Interpellation - Jazdzewski, relativement aux expulsions de Polonais russes et autrichiens (!«' décembre 1885; ci -dessus p. 79).

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