‹ Les discours de M. le comte de Bismarck: avec sommaires et notesChapitre 84 sur 175 · UN ANCIEN DISCOURS PROGRESSISTE · texte numérisé non relu

UN ANCIEN DISCOURS PROGRESSISTE

— Ceci était dit avec un certain air de triomphe pour taxer injastenient de mensonge le ministre de son propre pays. —

«Ce n^est pas nn sujet de grande satisfaction pour cette Chambre d'avoir appris par le discours du ministre français qne Tattitude que cette Chambre a prise dans la question, est d'une importance décisive »

— ainsi cet outrage — je ne puis dire autrement — nous était fait qu'un ministre français reconnût alors publiquement que les discussions de la Chambre des députés prussienne avaient pour lui, hostiles comme étaient ses propres intentions envers la Prusse^ une utilité et une valeur toutes

particulières.

(Ecoutez! à droite.)

L'orateur ajoutait:

«Nous n'avons pas besoin de ces témoignages de l'étranger, mais il me semble néanmoins que si même des ministres étrangers reconnaissent que, dans une question qui menace à un si haut point la tranquillité publique, l'attitude de cette Chambre est tout-à-fait conforme aux principes d'une saine politique, aux principes d'une politique qui sauvegarde en somme aussi bien les intérêts de son propre pays que ceux de la paix européenne, — il me semble, dîs-je, qu'alors cette Chambre pourrait bien élever la prétention de recevoir du gouvernement royal d'autres sortes de communications que celles qu'on lui a faites jusqu'ici.»

— Il continuait sur ce ton: —

«Aujourd'hui le ministre des affaires étrangères de France déclare la même chose, quand il dit précisément dans une dépêche adressée à l'ambassade française à Berlin : «Cependant les résolutions prises par la Prusse ont à nos yeux le grave inconvénient de ressusciter en quelque sorte la question polonaise. ...»

Ainsi, c'est seulement par le brait qu'on menait ici, dans la Chambre prussienne, sur notre convention avec la Russie ... — je ne sais par quelle indiscrétion elle avait été divulguée, peut-être par une indiscrétion russe, — car elle était extrêmement désagréable au prince Gortscbakoff; il la déplorait, mais l'Empereur Alexandre l'avait ordonnée; — c'est seulement, dis -je, par le bruit qu'on menait ici, dans la Chambre, que l'Europe fut avertie qu'il pouvait se trouver là un prétexte, et c'est seulement depuis lors que nous éprouvâmes les mauvaises dispositions françaises.

M. Virchow terminait en ces termes son discours cité plus haut:

«... en sorte que nous devons concevoir la crainte qu'avant qu'il soit longtemps un deuxième Olmûtz ne suive un second Varsovie (*) »

Vous savez. Messieurs, que ces prophéties ne se sont

pas vérifiées.

^ (Hilarité.)

(^) Au moment où la Prusse d'une part, la Diëte de Francfort, id est r Autriche d'autre part étaient intervenues dans la Hesse- Electorale (septembre 1850), et que déjà les deux armées se trouvant en présence, la guerre semblait imminente, TEmpereur Nicolas de Russie avait non pas offert mais imposé sa médiation.

Le prince de Bismarck a rappelé, un jour (Reichstag^ février 1878), cette médiation forcée: «L'Empereur de Russie vint et dit: 9ur le premier gui tire ict, je tire ...»

Les deux Empereurs d'Autriche et de Russie tinrent alors une conférence à Varsovie, où dut se rendre le premier ministre de Prusse, comte de Brandebourg. Il était venu pour défendre le bon droit de la Prusse, mais l'Empereur Nicolas le prévint en lui signifiant sa décision comme arbitre souverain. — Les conditions ainsi dictées, à Varsovie, furent celles qui servirent de base à la convention d'Olmûtz (29 novembre 1850). D'après cette convention la Prusse dut abandonner l'Union - restreinte allemande et consentir à ce que les deux questions de Hesse et de Schleswig-Holstein fussent réglées dans une conférence de tous les gouvernements allemands.

(Sur ce sujet, et sur la part prééminente et quasi -officielle que M. de Bismarck, député, prit aux débats dont la convention d'OlroiîtK fut Tobjet à la seconde Chambre prussienne, v. le volume intitulé: M, de Bismarck député^ pp. 283-809.)

Page 1