LES POLONAIS PRUSSIENS
n'est pas ici présent, je ne sais pourquoi. C'est M. le député de Niegolewski. — Le 22 avril 1861, il nous a dit:
«Mais ne croyez pas que nous renoncions à nos espérances d'une restauration de la Pologne. Une telle espérance chez nous se conçoit d'ellemême, elle est notre évangile.»
— elle fait donc partie des espérances que nourrit, lui aussi, M. le député Windthorst. — Ainsi, du camp même des Polonais, une vois, celle d'un homme moins possédé de la haine qu'on envenimait alors, a donné cet avertissement!
Mais, comme je l'ai déjà dit. Messieurs, vingt-trois années se sont écoulées depuis l'époque où je siégais à cette place et où ici même furent prononcées les paroles dont je vous ai cité quelques-unes ; maintenant les passions sont refroidies. Mon impression est que notre éducation publique allemande en matière de politique européenne a commencé trop tard pour qu'en 1863 déjà elle ait pu être achevée. Si nous considérons combien nous nous jugeons les uns les autres avec plus de douceur et de calme que ce n'était le cas — on le voit d'après les spécimens que j'ai cités — à cette époque d'irritation, nous ne devons pas renoncer à l'espoir que nous fassions encore par la suite des progrès en fait de conciliation et sous le rapport de la justice que l'on doit mutuellement se rendre. Seulement, je vous prie, ne rattachez pas à cette espérance l'idée que. jamais je reconnaisse le droit invoqué ici par nos collègues polonais, le droit à la restau-
ration d'un Etat polonais quelconque dans l'intérieur des frontières prussiennes; ce droit, jamais et à aucune condition, je ne le reconnaitrai.
(^Applaudissements à droite.)
Nous donnerons à nos compatriotes polonais la protection qu'ils sont en droit d'attendre de l'autorité de l'État; mais sitôt qu'ils soulèvent une question polonaise au dedans des frontières prussiennes, je dis, à mon tour, avec
mon ancien et peut-être futur collègue, le ministre Gladstone: lianda offy bas les mains! pas de concessions, même de l'épaisseur d'une ligne!
(Applaudissements à droite.)
Depuis 1866 nous n'avons plus vu l'étranger prêter un appui aux tendances polonaises chez nous, peut-être parce que la France, qui avait le principal intérêt au rétablissement de la Pologne, — attendu qu'une armée polonaise serait toujours un corps français sur la Vistule, — peutêtre, dis-je, parce que la France a provisoirement dans sa politique d'autres idées que la question polonaise: l'objectif de ses pensées est beaucoup plus rapproché; elle pense davantage à l'Allemagne, elle pense directement à nous, tandis qu'auparavant elle y pensait indirectement. On n'a donc plus aperçu à l'étranger de tendances françaises en faveur de la Pologne, comme sous l'Empereur Napoléon, comme sous Louis-Philippe elles se manifestaient, — asses inoffensives d'ailleurs. Puis, la politique européenne s'est trouvée suffisamment occupée par les événements de 1866 et de 1870 pour ne plus songer à la Pologne. — Hais malgré cela le combat pour l'existence entre les deux nationalités auxquelles le même champ est assigné, se poursuit non moins vif, on peut le dire, avec des forces nouvelles.
Du côté polonais le temps de repos n'a pas été une période de réconciliation ni d'assimilation, et ce qu'il y a de singulier, c'est que dans cette lutte ce n'est pas, comme peut-être on le croit à l'étranger et comme nos optimistes le pensent, la population allemande qui a la victoire, ce n'est pas le germanisme qui a progressé; au contraire, la population polonaise fait d'incontestables progrès, et l'on se demande comment c'est possible avec l'appui, censément si fort, que l'élément allemand reçoit du gouvernement. Oui, Messieurs, ceci peut-être nous apprend encore que l'appui donné aux Polonais par l'opposition est plus fort que tout ce qu'avec la Constitution actuelle le gouvernement peut faire. Quoi qu'il en soit, le fait que les Polonais peuvent