ALLIANCES DBS POLONAIS AU REICHSTAG
Ainsi donc, la seconde explication c*est précisément Tample possibilité d'agitation que donnent les lois de TEmpire, et dont les députés allemands dans l'Empire avaient besoin pour être munis des armes nécessaires contre leur propre gouvernement. Or, dans ce penchant même à l'opposition, dans ce besoin peut-être traditionnel pour toutes les générations allemandes de combattre et de critiquer leur propre gouvernement, les Polonais trouvent de nouveau un très puissant appui. Ils s'approprient tout ce qui sera reproché, n'importe de quel côté, au gouvernement prussien, parce que Taffaiblissement de celui-ci est la première chose qu'en somme ils aient à faire ici, en dedans des frontières prussiennes, pour réaliser le rétablissement de la République de Pologne.
Puis, la Constitution de l'Empire leur a donné le moyen de s'appuyer fortement sur différents partis, qui pour leur part sont prêts également et en toutes circonstances à combattre le gouvernement. Sur ce terrain de la négation (*) se réunit un très grand nombre de membres du Rekhstaffy parfois même la majorité, — une majorité qui est tout-à-fait incapable de former un gouvernement positif, une majorité dont les principes qui la dirigent étaient fixés, dans les derniers cas qui se sont présentés C'^) , par les fractions polonaise et démocrate- socialiste et, au besoin, encore par toutes les autres fractions — je peux bien dire fénianes, nihilistes, — sans vouloir par là me servir d'une désignation offensante; j'entends seulement telle fraction qui en toutes circonstances nie non seulement le gouvernement actuel, mais aussi les institutions actuelles de l'Empire et ne veut ni
(}) Les partis aa Reichstag no peaTont former une majorité que sar le terrain de la négation (Vol. X des Discours^ pp. 45, 322); — comment se compose et se décompose cette majorité (Vol. XII, p. 46).
C^) Interpellation (Reichstag, 28 novembre 1885) au sujet des Missions dans les colonies allemandes; — interpellation (l«r décembre 1885) relative aux expulsions de Polonais russes et autrichiens; v. mprà, p. 79. ~ Dans ces deux cas le gouvernement trouva en face de lui la majorité composite dont parle ici le chancelier de TEmpire.
de Tan ni des autres, — telle fraction à laquelle j'appliquerais un dicton que je me rappelle du temps où j'étais dyckgrave(*): tqui ne veut pas travailler aux digues, doit sortir du pays» (^); — qui ne veut pas, pour sa propre protection, travailler avec TÉtat, ne fait pas partie de l'État, n'a aucun «droit à rÉtat»; il doit sortir de TÉtat.
Nous ne sommes pas assez barbares pour expulser les gens, mais en vérité la légitime réponse à tous ceux qui nient l'Etat et ses institutions, ce serait qu'en revanche la protection de l'Etat, de cet Etat nié par eux, leur fut sous tous les rapports retirée. Cela s'appelait dans l'ancien Empire d'Allemagne: «mettre au ban»; — dur procédé, pour l'emploi duquel nous avons aujourd'hui le cœur trop sensible. Mais il n'y a nulle raison d'accorder des «droits à l'Etat» aux gens qui de leur côté nient tous devoirs envers l'État.
Cette façon de s'appuyer sur d'autres partis est précisément ce qui constitue le côté relativement dangereux que j'attribue à l'opposition polonaise. Si les deux millions de Polonais étaient tout-à-fait seuls, je ne les craindmis pas, — d'autant que parmi le million de ceux qui habitent la haute-Silésie, l'hostilité contre l'Etat prussien n'est pas du moins aussi développée que les chefs de l'agitation le désirent; — mais en s'appuyant sur d'autres Etats, sur d'autres partis qui nient aussi l'Etat et qui le combattent aussi, ils forment ainsi une puissance assez considérable, une majorité, de laquelle je ne peux pas attendre grand bien, à l'avenir, pour le développement ultérieur de l'Empire allemand.
Une autre cause qui a utilement servi les Polonais, — je l'ai déjà indiquée tout-à-l'heure, — c'est le faible développement du sentiment national en Allemagne et une cer-
(') Avant d^entrer daDS la vie politique, M. de Bismarck avait été nommé par les Etats de sa province Dyckgrave (DeichJtauptniann)^ intendant des dignes pour la contrée riveraine de TElbe dans PÂncienne- Marcbo.
(^) en bas-allemand: wat nich will dieken, dat mut meken.