L'ELEMENT POLONAIS EN SILESIE
écrit avec une orthographe étrangère ses noms, qui lui semblent pins distingués, en quelque sorte plus nobles, quand ils ont pour eux le nimbe de Tétranger. — Assurément je gage que c'est là un côté faible qui offre mainte prise à nos adversaires.
Parlons d'abord de la Haute -Silésie: — combien l'élément polonais s'y est-il propagé! Au temps de ma jeunesse Où ne connaissait point de tendances polonaises dans la Haute-Silésie. La première chose que je vis en ce genre, Tenait du côté ecclésiastique. C'était dans le temps, à la Chambre des députés; j'y siégais là,
(indiquant la droite.) et ici
(indiquant la gauche.)
siégeait un ecclésiastique nommé Schaffranek, — ou plutôt
il se tenait ordinairement debout de ce côté- là; en effet il
avait promis à ses supérieurs de ne plus siéger à gauche;
mais voter à gauche et se tenir de ce côté, il ne l'avait pas
promis ;
(Hilarité. — Exclamations.)
et, quand la séance durait six heures, il se tenait debout comme une statue avec une force des muscles extenseurs de la station que j'ai souvent admirée.
(Hilarité.) Ce fut ici la première note polonaise venant de la Haute- Sîlésie. S'il y avait dans cette Chambre quelqu'un qui eût été avec moi au Landtag dès cette époque, je lui rappellerais que ce Schaffranek parlait polonais tout au long, et que notamment il cita, de cette place où il se tenait, un proverbe polonais disant à peu près: «si ceci et cela est impossible», — c'était une image empruntée au règne animal (*) — «aussi impossible est-il que l'Allemand et le Polonais deviennent amis.» — Telle fut donc la première note que j'entendis ici.
Chez les ultramontains ce n'était pas encore l'usage de voter contre le gouvernement; — par exemple, les frères
(1) le ménage eotro chien et cbat.
Reîchensperger (*) ont toujours voté avec le gouvernemeit, même quand celui-ci se trouva en minorité d'une vingtaine de voix (^); — mais déjà Schaffranek montrait du dogt l'avenir.
Quelle tournure ont prise les choses actuellement, entre cent autres documents que je pourrais produire, il ei est un qui me Tindiquc; je le cite parce qu'il m'est parveni ce matin même, daté du 27 janvier; il contient un rappor. sur un ecclésiastique nommé Jean Marchwicki. Celui-ci a refusé, il y a quelques jours, d'admettre au catéchisme Antoine Stankowski et Jean Strozynski, tant qu'ils resteront en service chez des Allemands. Ainsi se pratique là-bas — je ne conclus pas sur un seul indice, mais nous en avons cent et mille de cette espèce — ainsi, dis-je, se pratique la stricte séparation entre les nationalités, une sorte de proscription de ceux qui ont quelque relation avec des Allemands — Je ne parlerai point d'un comte Czamecki, c'est ainsi, je crois, qu'il se nommait, lequel avait fait écrire sur sa girouette: mort aux Allemands!
De pareilles provocations sont assez caractéristiques; mais la séparation (des nationalités) est poussée si loin et forcée à ce point que dans certaines sociétés chaque fois qu'on se sert d'un mot allemand, on est à l'amende.
L'ecclésiastique en question a donc refusé d'admettre m catéchisme ces enfants, tant qu'ils resteront en service chez des Allemands. Cette déclaration, il l'a faite en présence de tous ses catéchumènes.
De plus, ce Marchwicki, dans un sermon prononcé il y a deux mois, a dit que ce serait un péché pour des
(') Le créateur et chef de cette première fraction nltramontaioe était Âaguste Reichensperger, depuis plusieurs années retiré de la vie politique; — son frère, Pierre, est encore aujourd'hui Tun des membres les plus importants du Centre.
(') En mars 1862, le ministère dit de PÈre nouvello se trouva en minorité do 28 voix, sur la question du budget militaire. — GVst de là que date lo conflit parlementaire qui dura jusqu^en 1866.