EXPULSION DE POLONAIS ÉTRANGERS
par la dimÎDUtion de la population polonaise. Pour atteindre ce dernier but nous n'avons pas à notre disposition un moyen légal qui aille an -delà de l'expulsion des Polonais qui ne sont pas du pays et n'ont aucun droit à être tolérés dans le pays. Notre conviction est que nous avons assez de nos propres Polonais, et que nous devons diminuer le chiffre des agitateurs polonais de tout ce nombre d'étrangers qui sont à demeure chez nous.
Il ne pouvait d'ailleurs nous échapper que parmi ces éléments étrangers il y a une grande quantité d'ouvriers utiles et sans parti-pris de nationalité; mais il y en a beaucoup aussi qui peuvent, sous la protection des lois prussiennes, avec la large tolérance des autorités prussiennes, faire bien mieux sur territoire prussien les affaires de l'agitation pour la cause polonaise qu'ils ne le pourraient de leur pays natal en Russie.
£n Autriche, ils le peuvent aussi; voilà pourquoi c'est précisément de la Pologne russe que nous arrive un nombre considérable de très actifs agitateurs et d'éléments qui profitent, dans les réunions publiques et dans la presse, de la libre hospitalité que l'Etat prussien leur accorde, pour exciter leurs compatriotes en -deçà et au-delà de la frontière contre ce même Etat. Le gouvernement russe souffre également de cette agitation qui vient de localités prussiennes (limitrophes), mais qui a sur le territoire russe son véritable but, son but le plus direct.
Parmi les moyens que nous voulons employer pour renforcer la situation des Allemands dans la province de Posen, celui qui se présentait tout d'abord et que, sans autre recours à la législation, nous pouvions directement employer par ordonnance du gouvernement, c'était l'expulsion. Les données statistiques montrent que, grâce à la complaisance extraordinaire des autorités prussiennes, les charges scolaires de nos communes indigènes se sont accrues parce que les enfants de ces immigrants onéreux étaient admis aux écoles. Mais nous n'avions pas besoin de ceci comme prétexte; je
caractérise nettement l'expulsion en rappelant une mesure politique: nous voulons nous débarrasser des Polonais étrangers, parce que nous avons assez des nôtres mêmes.
(Applaudissements à droite,)
En conséquence nous maintiendrons cette mesure avec une énergie qui ne s6 relâchera pas, et nous sommes làdessus complètement d'accord avec notre voisin de frontière. Vingt résolutions du Reichstag^ usurpant de cette façon sur le droit prussien, peuvent encore être prises, elles ne noua feront pas dévier d'une ligne de nos propres décisions.
(Vi/s applaudissements à droite.)
La somme des dangers que nous avons à craindre, dans la province de Posen principalement, n'est pas aussi grande que l'indique le chiifre de deux millions (de Polonais prussiens) ; je l'ai déjà dit: la moitié de ces deux millions habite la Silésie, où encore aujourd'hui nous sommes à la hauteur de la tâche sans avoir besoin de mesures tranchantes. Mais dans la province de Posen et dans les parties polonaises de la Prusse occidentale, la résistance à l'assimilation, à la communauté avec les Allemands, l'eflfort pour rendre plus profond l'abîme qui sépare les deux nationalités, reposent presque exclusivement sur la noblesse polonaise. Car — comme le dit déjà le Mémoire-Grolmann — la noblesse, avec sa suite, avec sa nombreuse domesticité, avec ses dworniksQ) et ses employés, fournit les principaux éléments pour entretenir l'agitation.
La noblesse polonaise possède encore actuellement 650 000 hectares environ. L'hectare des domaines royaux, dans la régence de Posen, rapporte 20 marcs de fermage; c'est en moyenne tout champ et prairie. Ces 650000 hectares dont je parle, si Ton y compte les landes, les bois et les terrains incultivables, ne donneront en tout, je crois, qu'un rapport de 15 marcs par hectare, soit ainsi do 5 thalers, une rente de 5 thalers. Cinq fois 600 000 feraient 3 millions, — ce qui, à 3%, représente un capital de 100 millions de thalers.
(') fonctionnaires subalternes.
Or, on se deiDande si la Prusse, dans son intérêt et dans celai de l'Empire allemand, ne pourrait pas, au besoin, être en état de débourser 100 millions de thalers pour acquérir les biens de la noblesse polonaise, - en un mot pour exproprier cette noblesse.
(^Excla^iiations.)
Ceci semble monstrueux, mais, quand nous exproprions pour un chemin de fer et que nous renversons un foyer domestique, que nous démolissons des maisons, que nous détruisons des cimetières, simplement pour la commodité d'une compagnie de chemin de fer, quand nous exproprions pour bâtir une forteresse, pour percer une rue dans la ville, quand nous exproprions tout un quartier, comme à Hambourg, pour construire un port et que nous jetons à bas des maisons qui existent depuis des siècles, — pourquoi donc un État ne devrait-il pas, au besoin, pour acheter sa sûreté dans Tavenir et se délivrer d'inquiétudes — la sûreté publique n'est-elle pas un but plus élevé que la circulation? la sûreté de l'État tout entier n'est- elle pas un but plus élevé que la fortification de telle ou telle place? — pourquoi, dis-je, un État ne devrait-il donc pas, au besoin, employer cette mesure de l'expropriation?
Assurément on ne demandera aucune injustice, les biens seront payés à leur entière valeur, et ces messieurs (expropriés) seraient peut-être fort aises de pouvoir, avec l'argent qu'ils recevront pour leurs propriétés, s'établir en Galicie, ou de l'autre côté de la frontière russe; là ils sont beaucoup plus entre eux, — et beaucoup même parmi eux préféreraient s'en aller, avec cette fortune, dans l'Ouest, à Paris ou à Monaco. ,__., . ,^
Messieurs, ce n'est donc pas tout-à-fait aussi monstrueux que cela semble à première vue. I^a dépense n'est pas non plus si grande; je suis persuadé que le fisc domanial n'y perdra pas beaucoup, et supposé qu'il y perde dix pour cent, on pourrait bien, je crois, en songeant que nous gagnons d'être définitivement en repos sur notre frontière de l'Est,
que nous sommes sûrs d'avoir là des gens qui ne sont pas Prussiens seulement jusqu'à ce quMIs nous donnent congé, Prussiens seulement jusqu'à qu'une occasion favorable se présente de faire défection, — je dis qu'on pourrait bien supporter cette perte de rente. Mais le gouvernement n'a nullement l'intention d'aller pour le moment aussi loin; je parle simplement de cette possibilité pour que le public y réfléchisse, qu'il se demande si ce ne serait pas chose utile, et aussi pour que messieurs les Polonais, qui vivent de si mauvais gré sous le gouvernement prussien, y réfléchissent de leur côté et se demandent s'ils ne nous feront pas euxmêmes, un jour, cette proposition: c Indemnisez nous!»
(Hilarité.)
Notre dessein ne pas va si loin, je le repète; nous proposerons aux Chambres des mesures et leur demanderons dans ce but des allocations dont le chiffre sera débattu avec M. le ministre des finances (*), — afin de revenir au système- Fottwell, que j'ai précédemment défini, et de se servir des biens qui viennent à se vendre volontairement, ainsi que des propriétés domaniales qui peuvent être appropriées dans le même but, — s'en servir pour établir des colons Allemands, les y établir à telles conditions qui nous donnent la certitude ou du moins la probabilité que ceux-là resteront Allemands, — c'est-à-dire des Allemands avec femmes allemandes, et non pas mariés à des polonaises.
Nous voulons avoir l'affaire dans nos mains et sous notre contrôle autant qu'il sera nécessaire pour que nous soyons sûrs d'atteindre notre but. Il nous faudrait à cette fin — comme cela se fit déjà sous Frédéric-le- Grand pour ses colonisations — d'abord instituer une commission tmmédiateQ)^ qui ressortirait au ministère des finances, mais
(^) Ce chiffre, comme on le voit par la loi proposée aux Chambres (dont le texte est donné plus loin), fut fixé à 100 millions de marcs seulement, au lieu des 100 millions de thalers calculés plus haut
(^) c. à d. nommée directement par le souverain, — par ordonnance royale, tandis que les commissions ordinaires sont instituées par le chef de tel ou tel département administratif.
qui compterait dans son sein des représentants élus des doux Chambres du Landtag^ pour qne les deux Chambres exerçassent une action et eussent un contrôle sur tout ce qui se ferait. Cette commission aurait de son côté à diriger remploi des biens achetés, de façon à ce que le but qu'on se propose, c'est-à-dire rétablissement d'Allemands sur ces biens, soit comme fermiers héréditaires, soit comme fermiers temporaires, fut sûrement atteint. Et pour cela nous n'aurions pas même besoin de rétablir le bail héréditaire (^); — un bail temporaire, calculé de manière à ce que le bien, au bout de Tingt-cinq on de cinquante ans, devînt la propriété du fermier, suffirait complètement au nécessaire, car compter encore au-delà de cinquante ans, ce calcul dépasse la possibilité humaine.
Ainsi donc il nous faut, et c'est l'essentiel, vous demander un crédit pour acheter des biens, — et malheureusement même, par suite de Pétat de souifrance actuel de Pagriculture, des biens qui sont dans des mains allemandes et ne peuvent plus se soutenir; mais nous devons, pour remplir notre but^ prendre ce que nous trouvons. En outre, nous avons en vue différentes autres mesures, qui pourront, les unes avec, les autres sans novation de la législation, s'exécuter — en ce sens principalement que nous donnions aux Polonais, comme fonctionnaires et comme soldats, le plus d'occasions possible de connaître des provinces allemandes,
(ÏV^ bien!) et d'apprendre quels sont les bienfaits de la civilisation alle-
(') Erbpacht^ bail héréditaire ou emphytéotique. — Le princo do Bismarck a regretté plus d'une fois que la réforme agraire do 1850 ait aboli le bail: — «Ce qui a été très préjudiciable au développement de notre situation agricole, c'est Tabolition, par la loi, du bail héréditaire, qui était un moyen de procurer à chacun de la terre, de le mettre en possession d'un bien insaisissable, ... et qui n'exigeait aucune mise de fonds pour l'acquisition du fonds. ...» (Vol. VIII des Discoun, p. 142.) — «La crainte de la réaction et la crainte de l'aristocratie, qui abuserait, disait-on, du bail emphytéotique, amenèrent la résolution, réellement insensée, d'abolir ces baux et de racheter ceux qui existaient . (Vol. XII, p. 325.)
mande, — et qae d'antre part nons donnions roccasion anx corps de troupes allemands et aux fonctionnaires allemands — en dehors d'abord de la province de Posen et toujours à la condition de ne pas épouser de polonaises,
(HUarité.)
— Foccasion, dis -je, d'apprendre assez de polonais pour qu'ils puissent exercer utilement leur action à l'intérieur des provinces de Posen et de la Prusse occidentale.
Vous ne me demanderez pas, Messieurs — j'ai déjà trop longtemps fatigué votre patience — que je vous donne sur ce sujet de plus amples explications; mais telles sont les principales lignes du projet que nous avons l'intention de vous présenter, — afin d'amener d'une manière légale et pacifique, par l'achat de biens, par l'école, par le service militaire, un changement dans la pénible situation actuelle, où règne entre les deux nationalités, l'une vis-à-vis de l'autre, une tension continuelle.
C'est là une des améliorations de notre état présent, que nous pouvons réaliser certainement sans approbation de la part du Reichstag^ et pour laquelle les sources financières ne sont pas encore sous la clef de la majorité actuelle du Reichstag, Nons pouvons encore sur ce terrain nous tirer d'affaire en Prusse même, par le moyen d'un emprunt Tant que dure, au Reichstag^ l'obstruction de nos sources
financières, nous avons en somme à examiner comment l'Etat prussien pourra désormais se venir Ini-même en aide sans la majorité du Reichstag.
Je vous ai exposé la situation, avec un long retour sur le passé. Si maintenant je jette en avant un regard dans l'avenir, je dois le dire, ce n'est pas tout-à-fait sans crainte
— non de dangers extérieurs, — aucune perturbation de la paix extérieure ne me paraît vraisemblable, — mais par rapport au développement de notre situation intérieure. D'après la manière dont une majorité du Reichstag empêche de marcher en avant, nous ne pouvons compter ni sur l'appui