IL. CHAMBRE DES SEIGNEURS
Dans le projet d’Adresse de la commission se trouvait le passage suivant: ,Les mesures opportunes et énergiques ordonnées par Votre »Majesté pour empêcher le mouvement insurrectionnel du royaume de »Pologne de s'étendre à nos provinces limitrophes ont été couronnées d'un plein succès“. — Lors de la discussion du projet, le comte Bninski parla contre ce passage, en contestant que l'insurrection eût menacé de gagner le territoire prussien, et désapprouva en principe la politique suivie par le gouvernement dans cette affaire, Le ministre-président de Bismarek lui répondit:
Le précédent orateur a essayé de prouver, ou du moins il à affirmé que l'insurrection polonaise est dirigée, non pas contre les provinces autrichiennes et prussiennes, qui faisaient partie autrefois du royaume de Pologne, non pas contre la domination prussienne dans celles de ces pro-. vinces qui nous appartiennent, mais exclusivement contre la Russie. Je ne puis douter que l’orateur lui-même ne
ense sérieusement ce qu'il dit Mais notre propre opinion q
ne peut se former que d’après les faits qui sont devant nos yeux. Est-il vraisemblable que le recrutement des milliers d'hommes qui se sont laissés embaucher chez nous, des milliers de jeunes gens qui sont allés se faire tuer pour une entreprise manquée, que ce recrutement ait été organisé et opéré avec tous les moyens de séduction, avec de si grands sacrifices, seulement par complaisance de voisinage et pour assurer aux Polonais de Russie les institutions qui seraient le but final du soulèvement? Ne peuton pas admettre avec certitude que de pareils sacrifices n'ont été faits que dans un intérêt personnel et direct? Et les bienfaits de ces institutions, que la Pologne se flatte d'obtenir par un gouvernement révolutionnaire, n’auraientils pas été étendus aussi à nos provinces, dès qu'on en aurait eu le pouvoir?
Je pense que le fait mème de ce recrutement contredit suffisamment l’opinion de l’orateur. D’autres preuves, dailleurs, qui sont dans les mains de la justice et qui ont motivé une instruction à laquelle plusieurs membres du Landtag prussien se sont soustraits en passant à l'étranger, — ne peuvent encore, au point où en est l’enquête judiciaire, ètre mises sous vos yeux; nous verrons plus tard si ces preuves viennent à l'appui des affirmations du préopinant ou de celles du gouvernement. Que le mouvement n'ait pas ouvertement résisté, plus qu'il n’a fait, aux troupes royales, peut-être faut-il l’attribuer plutôt à la force de ces troupes qu'au bon vouloir de leurs adversaires ou qu’au défaut complet des tendances coupables qui se sont manifestées dans le royaume de Pologne.
Mais le préopinant eût-il raison de dire que jusqu'ici nos provinces n'ont pas été en danger d’être entrainées dans le mouvement, avec ou sans le concours de complications extérieures, — nous avons en fait un intérèt politique, je puis dire aussi un intérêt politique et moral à ce que l'insurrection en Russie et dans le royaume de Pologne ne parvienne pas à triompher.
Un gouvernement régulier en Pologne, jaloux d’éten-
dre sa domination jusqu'aux anciennes frontières polonaises, serait déjà, comme voisin de la Prusse, un danger sérieux pour la monarchie prussienne, un danger qui absorberait une partie considérable de nos forces militaires et rendrait impossible de les employer d’un autre côté. Mais qu'un mouvement dont les chefs ont admis dans leur code comme moyens politiques légitimes les crimes les plus inouïs, qui ont rompu avec toute loi morale jusqu’à faire l’apothéose de l’assassinat, qu'un tel mouvement, qu'un tel parti puissent parvenir à dominer dans un pays voisin, C’est ce que le gouvernement prussien a le plus grand intérèt d’empêcher.
Après cette réponse, un membre de la Chambre, M. de Waldau- Steinhôüvel répliqua également au discours du comte Bninski. Le ministre-président reprit ensuite la parole:
Je désire compléter sur un point seulement les rectifications que la Chambre vient d'entendre. Le gouvernement du Roi, en recevant les remerciments que la Chambre des Seigneurs se propose de lui exprimer, — croit devoir les accepter non seulement au nom des 700,000 Allemands qui habitent le grand-duché de Posen (1), mais au nom également des nombreux Prussiens de langue polonaise qui sont attachés à leur Roi comme fidèles sujets, qui fournissent à son armée de braves soldats, qui savent très bien apprécier les bienfaits de l’ordre apporté dans leur pays par l’administration prussienne, et qui, s'ils sont peutêtre en minorité dans les hautes classes, ne forment pas moins la grande majorité de la population, notamment dans la classe des paysans domiciliés, — vis-à-vis d’une minorité troublée et excitée par les influences abusives de certains possesseurs de terres. Le gouvernement du Roï croit avoir mérité aussi la reconnaissance de ces Prussiens polonais
1 La population totale du duché de Posen se divise presque également en 800,000 Polonais et 700,000 Allemands, 6 *
par la sûreté des mesures qu'il à prises pour empêcher le désordre de pénétrer dans cette province.
À la fin de la discussion, un membre de la Chambre, M. de Bernuth, s'étant prononcé contre l'Adresse, parcequ’elle était un vote de confiance pour le ministère, — le ministre-président s’exprima ainsi:
Je n'ai voulu prendre la parole que pour remercier au nom du gouvernement la commission de la Chambre des Seigneurs d'avoir, dans une forme si digne, proposé à la Chambre de donner au gouvernement l’assurance de son appui. J'’adresse aussi ces remerciments à Messieurs les membres de la minorité pour la forme et la mesure dans lesquelles leur opposition s’est exprimée, comme il convient à la dignité d’un grand corps parlementaire.
J'ai été surpris de voir l’un de Messieurs les oppo- sants refuser son concours à une Adresse qui à pour but de soutenir le gouvernement actuel; il était un des membres du Cabinet qui nous à précédés. Si quelqu'un a l’obligation de nous aider à dénouer ce que ces Messieurs ont noué avec plus de facilité que d’habileté, je crois que ce sont les membres du Cabinet précédent.
Affaire du Sehleswig-Holstein. Dans la crainte que la Chambre des Députés (1) ne refusât au gouvernement les ressources nécessaires pour les opérations militaires contre le Danemark (devenues imminentes après la mort du roi Frédéric VII de Danemark), le comte d’Arnim-Boytzenbourg avait proposé à la Chambre des Seigneurs une Adresse au Roï, dans laquelle cette Chambre, non seulement se montrait disposée, pour elle, à voter toutes les dépenses occasionnées par une guerre contre le Danemark, mais assurait que si les subsides nécessaires étaient refusés par la Chambre des Députés, le dévouement
1 Voir plus loin la séance de la Chambre des Députés, 1er décembre 1863.
du peuple prussien les fournirait, — Dans la discussion qui s’ouvrit à ce sujet, un membre de la Chambre, Dr Tellkampf, se prononça contre l'Adresse, parce qu'elle tendait, disait-il, à soutenir la politique du ministère qui maintenait le traité de Londres. L'’orateur exposa ensuite combien la situation de tous les grands Etats, en ce moment, était favorable, selon lui, pour résilier ce traité.
Le ministre-président de Bismarck répondit:
Les idées du préopinant en matière de politique européenne me font penser à celles d’un habitant des plaines voyageant pour la première fois dans un pays de montagnes. Quand 1il aperçoit une cime, rien ne lui paraît plus facile que de l’escalader; il ne croit pas même avoir besoin d’un guide; car la montagne est tout droit devant lui et le chemin qui mène au sommet est, en apparence, sans difficulté. Mais s'est-il engagé dans ce chemin, il ne tarde pas à rencontrer des précipices et des escarpements que les plus belles paroles du monde ne l’aideront pas à franchir.
Sur le terrain politique le préopinant nous fait passer par-dessus de semblables obstacles avec des mots rassurants comme ceux-ci: — «On sait que la Russie ne peut rien faire en ce moment»; — «il n’est pas évident que l’Autriche doive intervenir»; — «l'Angleterre sait bien que son intérêt lui commande la paix»; — «la France, enfin, n’agira pas contre son propre principe, c’est-à-dire celui des nationalités. »
Supposez que nous ajoutions foi à ces assertions, que nous attachions à ces vues de l’orateur sur la politique européenne plus de valeur qu'à notre propre jugement de ministres d'État, et que, confiants en de telles assurances, nous en arrivions à mettre la Prusse dans une situation isolée et finalement peut-être désespérée, pourrions-nous alors nous disculper en disant: Oui, nous avions bien prévu le danger, mais nous avons agi de confiance selon les vues de l’orateur, dans la conviction qu'il savait mieux que nous ce qui en était?
Ceci étant impossible, peut-on nous demander que nous donnions aux assertions du préopinant le poids que
Qéne. et SESSION DE 1863-64.
lui-même il désire voir y donner? Nous exigeons, en Prusse, pour toute fonction publique, par exemple pour la Justice, voire pour le service de sous-officier et pour tout autre emploi, des examens, des études préparatoires spéciales, des épreuves difficiles, mais quant à la haute politique, — chacun peut sy livrer, chacun se sent apte à en faire, et, dans ce champ ouvert à toute conjecture, rien n’est plus facile, en y mettant une certaine assurance, que d'affirmer, non sans apparence, la possibilité de toutes choses. Pour réfuter avec succès une seule idée fausse, on sait qu'il faut écrire tout un livre, et encore l’on ne convainc pas l’auteur de l’idée.
C’est une erreur dangereuse, mais fort répandue aujourd'hui, de croire qu'en politique ce que l'intelligence des hommes d'expérience ne voit pas, peut être révélé aux dilettantes politiques par la simple intuition.
Après une réplique du Dr Tellkampf, le ministre-président reprit la parole:
Je ne conteste en aucune façon que M. le préopinant ne soit familier avec les théories politiques. Mais il s’est transporté du domaine de la théorie dans celui de la pratique. Il à plus d’une fois expliqué à cette assemblée et à moi, avec une parfaite assurance, ce que chacun des Cabinets européens doit vraisemblablement faire dans la question concrète qui nous occupe; ce sont là des choses que je crois savoir mieux que lui; je n'ai fait qu'exprimer cette conviction. L’orateur allègue en sa faveur que depuis lonœucs années 1l est, comme professeur, théoriquement versé dans la politique. Fil avait travaillé seulement une année à la politique pratique, en qualité, par exemple, de consciller rapporteur au ministère des affaires étrangères, :1l n'eût pas dit à la tribune certaines choses comme celles qu'il à dites aujourd’hui pour appuyer son opinion, et, au bout de cette seule année de pratique, son avis aurait cer-
tainement pour moi plus de valeur qu'il n’en pourrait avoir, même si M. Tellkampf avait fait de la politique encore plus longtemps qu'il ne le dit dans sa chaire de professeur.
Après avoir lu le message du Roi qui prononçait la clôture de la session, le ministre-président de Bismarck adressa les paroles suivantes à la Chambre des Seigneurs:
Au moment où s'achève votre session, permettez-moi, au nom du gouvernement, de vous remercier du réel appui que, dans votre attachement à Sa Majesté, dans votre amour pour la patrie prussienne, vous avez donné au gouvernement. Forts d’un tel appui, qui nous est donné en parfait accord avec les sentiments de fidélité dont le peuple prussien est animé à l'égard de son souverain, nous avons la ferme résolution de marcher en avant dans la voie où nous sommes entrés, et nous espérons atteindre le but où tendent nos communs efforts.
IL CHAMBRE DES DÉPUTÉS
SESSION DU ler DÉCEMBRE.
Affaire du Schleswig-Holstein. — A la mort du roi Frédéric VII de Danemark, les députés de Stavenhagen et Dr Virchow avaient proposé à la Chambre de reconnaître le prince-héritier d’Augustenbourg (1)
1 Les ducs d'Augustenbourg, branche de la famille de Holstein, prétendaient à la souveraineté des Duchés. Par un accord qu'ils firent avec le Danemark en 1852 ils renoncèrent formellement à leurs droits sur le Schleswig-Holstein, — renonciation qui n'a pas empêché plus tard le prince-héritier d'Augustenbourg de se poser en prétendant.
comme souverain des duchés de Schleswig et d’Holstein, La commission chargée d'examiner cette proposition disait dans son rapport: — ,L'honneur et l'intérêt de l'Allemagne exigent de tous les Etats allemands qu'ils soutiennent les droits des Duchés, qu'ils reconnaissent le prince-héritier d'Augustenbourg comme duc de Schleswig-Holstein, et lui prêtent un appui sérieux pour faire valoir ses droits.“ — Dans la séance du 1er décembre, le député Twesten, en qualité de rapporteur, défendit la proposition.
Après lui, le ministre-président de Bismarek prit la parole et dit:
Vous trouverez naturel, Messieurs, que dans cette question qui vous occupe aujourd'hui le gouvernement attache de l'importance à ce qu'aucun doute ne s'élève sur les termes des déclarations faites par lui. Vous me permettrez donc de lire, comme elles sont mises par écrit, les principales déclarations que j'ai à vous faire au nom du gouvernement du Roi. Mais auparavant je ferai quelques observations sur ce qui vient d'être dit.
Monsieur le rapporteur à cité quelques faits, notoires pour la plupart; je confirmerai expressément l’un d'eux, parce que celui-là est peut-être moins connu. Il est exact que le traité de Londres n’a pas été conclu entre les grandes puissances, mais par chacune d’elles avec le Danemark. C’est ce que prouve le contenu, aussi bien que la forme, du traité. Cet acte est signé par le Danemark sur une des pages, par tous les autres contractants sur la page opposée, et les ratifications sont échangées par chaque puissance avec le Danemark, non pas par les puissances entre elles.
Plus loin, M. le rapporteur a touché la question de liuncorporation du Schleswig résultant du nouveau projet de Constitution danoïse. Cette incorporation est résolue mais non pas encore accomplie. S'il arrive qu’elle se fasse, notre situation en ce cas est réglée par la protestation que nous avons proposée à Francfort, conformément à notre vote dans la Diète ainsi qu'aux déclarations que je vais vous lire.
Enfin le rapporteur a posé cette question: le gouververnement du Roi possède-t-il assez la confiance du pays et la vôtre pour qu'on le suive dans la voie où il s'engage?
Messieurs! la méfiance qui peut exister à l'égard du gouvernement n’est point réciproque en cette circonstance; nous sommes persuadés que dans une si grande et si sérieuse question, qui peut être, comme l’orateur l’a dit justement, le point de départ de complications encore plus graves, l’amour et le dévouement pour la patrie commune seront partout plus forts que l'esprit du parti.
Voici maintenant la déclaration que je vous ai tout à l'heure annoncée :
(Lisant.) «Notre position dans la question danoise est commandée par un passé dont nous ne pouvons nous détacher à notre gré, et qui nous crée des devoirs envers les Duchés, envers l'Allemagne, envers les puissances européennes. La tâche de notre politique est de remplir ces obligations, comme cest le plus haut devoir politique que nous impose le soin de l'honneur et de la sécurité de notre propre pays.
Pour la position que la Prusse doit prendre dans cette affaire le traité de Londres de 1852 est notre première règle. On peut regretter la signature de ce traité, mais, en somme, il a été conclu, et l'honneur aussi bien qu’une sage politique nous commandent de ne laisser prise à aucun doute sur notre fidélité aux traités.
« Mais en reconnaissant ce devoir pour nous-mêmes, nous prétendons aussi que le traité ne soit pas moins obligatoire pour le Danemark.
«Le traité de Londres forme la conclusion d’une série de négociations qui, en 1851 et 1852, ont été poursuivies entre l'Allemagne et le Danemark. Les promesses faites par celui-ci, comme elles ressortent des négociations, et le traité que la Prusse et l'Autriche ont signé à Londres sur la base de ces promesses, sont liés ensemble de telle sorte que l’un subsiste ou tombe avec les autres. Le maintien de ces stipulations, provisoirement, est d’une importance essentielle pour le Schleswig en particulier. (C’est notre droit d'exiger que le Danemark tienne ses promesses dans
ce duché conformément au traité. Mais si les conventions verbales de 1851-52 tombent avec le traité de Londres, nous n'avons plus sur le Schleswig de droits par traité, tels que les grandes puissances européennes les avaient reconnus et établis. La résiliation des traités de 1852 enleverait done à la situation du Schleswig et aux prétentions que l'Allemagne élève par rapport à ce duché la base de droit public qui leur avait été donnée en 1852 et ferait dépendre leur reconnaissance générale soit de nouvelles nég'ociations, soit de l'issue d’une guerre européenne.
«Mais pour que les traités conservent cette valeur pour nous et leur force, il est nécessaire que le Danemark de son côté les exécute scrupuleusement. Qu'il n’en ait point été ainsi jusqu'à présent, je puis considérer le fait comme a’étant douteux pour personne et me dispenser ici d'entrer dans des détails à ce sujet.
«Quant à la question de décider si et quand la nonexécution des engagements danois nous met dans le cas de rompre le traité de Londres, le gouvernement du Roi doit se réserver cette décision; il ne peut ni la laisser à la Diète germanique, ni en faire ici le sujet d’une déclaration. Nous avons eu avec le gouvernement autrichien des pourparlers qui assurent préalablement une conformité d’attitude des deux puissance en ce qui concerne le traité de Londres et ses conséquences. Il à été admis en principe dans ces pourparlers que le droit de succession pour le duché de Lauenbourg appartient au roi Christian (de Danemark), en dehors même du traité de Londres, attendu que l'héritier le plus proche, le prince Frédéric de Hesse, a fait une renonciation en faveur du roi. Pour le Holstein, au contraire, le titre de succession repose, à nos yeux, sur le traité de Londres, et sa validité dépend de l'exécution des conventions préliminaires qui se lient solidairement au traité de Londres. Cette solidarité a eté confirmée par la déclaration que le témoin le plus compétent de tous, M. Bluhme, ministre des affaires étrangères du Danemark en 1851 et 1852, a faite dans le Parlement danois. (C’est de
cette manière d'envisager la question que procède notre vote donné dans la séance de la Diète, le 28 du mois dernier, et déjà connu par les journaux.
« Aussi longtemps que nous tenons pour valable le traité de Londres, nous voyons dans le roi Christian l’héritier du droit et du non-droit de ses prédécesseurs. Par conséquent subsistent les motifs qui ont amené la résolution fédérale du 1‘ octobre (1) de cette année, et les circonstances paraissent nous commander de l’exécuter au plus tôt.
«Dans ce but, nous avons, d'accord avec l’Autriche, présenté à Francfort les motions nécessaires pour que lPexécution ait lieu immédiatement.
«Quelles que puissent être les décisions de la Diète, la Prusse, dans toute circonstance, en sa qualité de puissance européenne et comme membre de la Confédération, agira avec une fermeté mesurée, de manière à sauvegarder le droit allemand dans les Duchés et à maintenir sa propre autorité dans le conseil des grandes puissances.
«Le gouvernement du Roi, pour remplir cette tâche, compte sur le concours dévoué du pays et de ses représentants. Il aura à faire les préparatifs militaires que nécessite notre coopération aux mesures exécutives décidées par la Diète, et présentera un projet de loi au Landtag pour obtenir, par la voie constitutionnelle, les subsides nécessaires.
Berlin, 1*% décembre 1863.»
La discussion sur l'affaire des Duchés continua dans cette séance. Uue assertion du député de Bunsen fut rectifiée ainsi par le ministreprésident:
1 Résolution dite d'exécution, c'est à dire d'intervention fédérale dans les duchés de l'Elbe, — prise par la Diète de Francfort.
Des assertions personnelles de M. de Bunsen m'obligent à y répondre en quelques mots. Je crois devoir rectifier un fait, une erreur selon moi, avancé par lui.
Monsieur le député a dit qu'en 1853 ou 1854 on aurait offert au gouvernement du Roi, s'il voulait prendre part à la guerre d'Orient, de faire résoudre la question du Schleswig-Holstein dans le sens national. T’orateur n’a pas dit par qui et à qui cette offre aurait été faite. Je n'étais pas ministre alors, mais je crois avoir été assez au courant des négociations qui avaient lieu à cette époque pour qualifier d’erronée l’assertion de M. le député.
M. de Bunsen maintenant ce qu'il avait avancé, le ministre-président répliqua:
Je dois maintenir, à mon tour, ce que j'ai dit: l’assertion est erronée, en ce sens du moins que le gouvernement du Roi n’a reçu aucune communication officielle, authentique, contenant une offre semblable. Je ne puis prouver une négation. J'attends de qui avance le fait la preuve de son affirmation.
La guerre avec le Danemark devenant imminente, le ministre des finances avait présenté à la Chambre, le 9 décembre, un projet de loi concernant les subsides extraordinaires dont l’administration de la. guerre et de la marine avaient besoin La commission nommée par la Chambre pour examiner ce projet de loi, proposa une Adresse au Roi. Dans la séance du 18 décembre fut discuté le projet d’Adresse de la commission, qui blâmait la politique du ministère et priait le roi de revenir sur les traités de Londres, de reconnaître le prince-héritier d’Augustenbourg comme duc de Schleswig-Holstein et de faire en sorte que la Confédération germanique prêtàât une sérieuse assistance à ce prince pour la prise de possession des duchés.
Après que la Chambre eut entendu le rapporteur de la commission, Dr Virchow, qui motiva longuement ce projet d’Adresse, le ministre-président de Bismarck prononça le discours suivant:
Je me suis déjà permis, dans la commission, de faire observer que je considère une Adresse comme étant essentiellement une affaire intérieure de la Chambre, et qui exclut la participation effective du gouvernement agissant comme tell Aussi je ne veux pas suivre dans tous les détails M. le préopinant sur le terrain historico-politique. Je me bornerai à lui poser cette question: ne croitil pas possible que dans le domaine de la science spéciale qu'il professe lui-même, quelqu'un qui cultive l’anatomie, mais sans en faire son étude principale, s'adressant à un auditoire très bien disposé pour lui politiquement et par sympathie personnelle, mais non pas profondément versé dans cette science comme l’est M. le rapporteur, — que s'adressant, dis-je à cet auditoire, un tel orateur puisse exposer d’une manière convaincante, — n'eût-il pas même l’éloquence dont le préopinant a fait preuve, — exposer spécieusement ainsi des principes anatomiques que M. le rapporteur, expert comme il est en cette science, tiendrait pour parfaitement erronés, mais dont la réfutation ne lui serait possible que devant un auditoire familier, autant que lui-même, avec tous les détails du sujet ?
Je ne veux donc que répondre en quelques mots à certaines remarques de M. le rapporteur qui me concernent plus particulièrement.
On m'a tour à tour accusé, tantôt de me rapprocher de la France, tantôt de pencher du côté de la Russie. Lorsque je suis entré dans les fonctions que j'occupe, un certain spectre d'alliance franco-russe, auquel, j'obéissais humblement, disait-on, était évoqué devant moi. Ensuite on m'a reproché de faire exclusivement de la politique russe, puis, dans ces derniers temps, de la politique purement autrichienne; enfin aujourd'hui les attaques dirigées d’une façon très directe contre le ministère lui imputent positivement une politique qui le rapproche trop de l'Angleterre. À présent, on me reproche d'avoir exercé une trop forte pression sur la Diète, tandis que naguère j'étais accusé de nous laisser à la remorque de la Diète et de l'Autriche.
Oui, maintenant, on me blâme d’avoir un point de vue européen. Messieurs, tant que nous habitons l’Europe et non quelque île déserte en compagnie du Danemark, il faut bien nous placer au point de vue européen, et j'accepte aussi volontiers ce dernier reproche que celui de faire de la politique trop prussienne. De telles accusations, dans leur diversité, se détruisent l’une l’autre et par suite ne pèsent rien pour moi.
M. le rapporteur a dit lui-même qu'il n'était pas présent à la séance de la commission. Il a donc renouvelé ici un blâäme déjà formulé dans la commission, savoir que l'exécution résolue à Francfort ou dépasse la compétence de la Diète, ou implique la reconnaissance de l’état de choses actuel dans le Holstein. Je me permettrai sur ce point de renvoyer simplement M. le rapporteur à l’article 32 de l'acte final de Vienne, d'où il ressort qu'une «Æxécution» ne doit pas être nécessairement dirigée contre le gouvernement du pays fédéral qui est l’objet de cette exécution.
M. le rapporteur a exposé des vues qui lui sont particulières sur ce que les puissances européennes devraient faire dans la question danoise, par la raison qu’elles ont fait une chose analogue en Grèce. Je crois que les puissances européennes ne s'inquiètent pas des subtilités et déductions juridiques, mais qu'elles prennent pour guides leurs engagements et leurs intérêts.
Dans une autre partie de son discours, M. le rapporteur a rappelé la part que j'ai prise aux négociations à la suite desquelles le duc d'Augustenbourg fit, en 1852, son accord avec le Danemark (1). J'ai exécuté à cette époque les ordres de mon gouvernement, et les ai exécutés de telle sorte que Son Altesse le Duc, de mème que le prince-héritier m'ont à plusieurs reprises et jusque dans ces derniers temps ex-
1 À cette époque (1852), M. de Bismarck représentait la Prusse à la Diète de Francfort. C’est en cette qualité qu'il négocia l’arrangement entre le roi de Danemark et le duc d’Augustenbourg. Celui-ci résidait alors dans le pays rhénan.
primé leurs remerciments pour la manière dont je m'étais acquitté de cette tâche.
Mais je me replace sur le terrain pratique, car, si je ne me mêle pas aux débats mêmes de l'Adresse, je considère néanmoins cette Adresse comme un épisode dans la discussion à laquelle vous voulez bien soumettre notre projet d'emprunt. Je me suis déjà expliqué dans la commission sur le but de cet emprunt, et le commissaire du gouvernement, dans la dernière séance, à résumé ici mes vues substantiellement. Les explications ainsi données sont celles que dans la situation présente des choses nous pouvions fournir; je pense, Messieurs, que vous-mêmes ne vous méprenez pas sur ce sujet au point de croire qu'aucun gouvernement, et même, — si je ne me trompe, des paroles caractétiques à cet égard ont été dites dans vos cercles intimes, — et même le gouvernement le plus libéral ne peut dans le moment actuel en dire davantage. Vous trouvez ces explications insuffisantes, et &est pour cela que vous vous adressez, par-dessus la tête des ministres, à $. M. le Roi, pour lui demander des renseignements plus explicites.
Je crois, Messieurs, que cette fiction qui consiste à supposer que le Roi n’a pas connaissance de la situation politique, qu'il en est mal instruit et doit l’ètre mieux par vous, — je crois, dis-je, que vous savez au fond, tout aussi bien que moi, ce que vaut cette fiction, et qu'ainsi nous devons voir dans l’Adresse la préparation du refus de l’emprunt et le moyen de motiver ce vote vis-à-vis des électeurs et du peuple. Pour arriver à rejeter le projet de lot, vous nous prètez une politique qui n’est pas la nôtre. J'ai déjà fait observer dans la commission que si nous avions suivi une telle politique, c’eût été notre rôle de nous tenir fermement, dès l’origine, au point de vue du traité de Londres et de dire: «Un traité est un traité; nous ne sortons pas de là»; ainsi nous ne nous serions laissé aucune voie pour nous dégager de ce traité. Si donc cette politique qu'on nous prête était la nôtre, vous ne pourriez que nous être agréables en refusant l'emprunt, et nous en conelurions
que, faute des subsides nécessaires, les soldats appelés au drapeau doivent ètre renvoyés dans leurs foyers, qu'ainsi il est impossible de rien faire et qu'il nous faut annoncer à la Diète que la Prusse n’est pas en état de remplir ses obligations fédérales. Telles seraient effectivement, dans le sens de la politique que vous nous prêtez, les conséquences d'un vote de la Chambre rejetant le projet d'emprunt.
Notre politique est autre; elle repose sur les paroles de Sa Majesté, paroles citées par vous dans le projet d'Adresse: Pas un pied de la terre allemande ne sera cédé, pas un titre du droit allemand ne sera sacrifié. La route que nous suivons, dans cette vue, ne vous paraît pas la bonne. Mais c’est au pouvoir exécutif à bien choisir le chemin, et surtout à le choisir. Autant qu'une juste prévision de l'avenir est possible dans des choses humaines, le gouvernement seul peut avoir cette prévision, parce qu'il doit connaître ces choses mieux que vous d’après la situation des affaires.
Une assemblée composée de 350 membres ne peut aujourd'hui vouloir diriger en dernier ressort la politique d’une grande puissance, en prescrivant au gouvernement un programme qui devra être suivi dans toutes les phases du développement ultérieur d’une affaire, — non, cela n’est pas possible! Mais si vous accordez l'emprunt que nous demandons, c’est-à-dire si vous suivez le gouvernement dans le chemin qu'il vous trace et vous ouvre, dans la voie de l’'Exécution fédérale et des préparatifs de défense en vue des complications qui pourraient survenir, — si vous suivez vous-mêmes le gouvernement dans cette voie, vous n’excluez nullement ainsi le passage du système actuel aw programme que vous présentez, dans les vœux de votre Adresse, comme étant bien et proprement le vôtre. Réussissez donc, Messieurs, à convaincre le ministère ou à le renverser, et le passage dont je parle devient à tout moment possible. Les choses en sont maintenant à ce point que, chaque jour, nous pouvons avoir la guerre, si nous la voulons, si nous pensons que nous devons la vouloir. La guerre, vous le
savez, rompt tous les traités, et vous pouvez alors, si vous avez un gouvernement dont vous soyez tout à fait maitres, prescrire le programme de la paix future, aussi bien que régler les traités de succession, la Constitution, et toutes choses enfin que vous aurez pu emporter à l’aide des baïonnettes. De telles chances ne seraient en aucune facon perdues, parce que vous auriez accordé, en attendant, l'emprunt qui vous est demandé. Ni les dernières nouvelles, dont, 11 est vrai, je n'ai pas encore la confirmation officielle, sont exactes, nous serons bientôt dans une situation qui nous obligera de vous demander de plus grands crédits, et nous en arriverons aussi, plus tot que nous ne l’avions cru, à proposer à la Diète une mobilisation plus étendue des forces fédérales. |
La question présente à ses deux côtés, l’un fédéral, l’autre international. Le crédit qu'aujourd'hui nous vous demandons s'applique au côté fédéral de la question, régulièrement fédéral, mais le côté international touche l’autre de bien près.
M. le rapporteur nous reproche de n'avoir pas nommé le Schleswig. Au point de vue fédéral, le Schleswig est hors de cause. fi la question concernant le Schleswig se pose au premier plan, le moment alors sera peut-être venu où nous aurons à vous demander de 50 à 100 millions, comme je l'ai déjà fait entendre dans la commission. Le crédit restreint demandé aujourd'hui s'applique uniquement, je le répète, au côté fédéral de la question.
Je vous ai dit que nous ne pouvions prévoir le moment où les complications amèneront la guerre; j'ai ajouté que nous pouvions être très prochainement dans la nécessité de faire la guerre, qu'à chaque minute 1l se peut que nous en soyons là; il nous suffit pour cela de tendre un peu plus la corde. Déjà tous les points en Htige relativement ‘aux frontières du Holstein, cest-à-dire celles de la Confédération, fournissent ample matière pour arriver, chaque jour, à la guerre. |
Ne craignez donc pas que cette chance vous échappe,
parce que vous aurez accordé l'emprunt. Maïs si vous voulez empêcher la Prusse, en lui refusant les ressources nécessaires, de remplir les devoirs que la Constitution fédérale lui impose, si vous voulez nous mettre dans limpossibilité de prendre les mesures les plus indispensables pour notre défense, les plus indispensables pour la protection de notre navigation, si vous voulez faire en sorte qu'au moment où la guerre éclatera, nous paraissions avoir, en face du petit Danemark, le role du plus faible, faire en sorte de procurer à l’armée de terre danoise une supériorité numérique en nous Ôôtant les moyens de renforcer notre armée, — vous vous chargez alors d’une lourde responsabilité aussi bien devant le pays que devant vos propres électeurs.
Après une réplique du député Dr Virchow, le ministre-président reprit la parole:
Je veux seulement faire une courte observation personnelle en réponse à certaines choses qui ont été dites par le préopinant. D'abord je vois qu'il m'a fort mal compris, quand il me fait dire que la diversité de ses reproches en détruit la valeur. Il m'a accusé, il est vrai, de sympathies qui ne se concilient guère les unes avec les autres, de sympathies françaises et autrichiennes, je crois; mais ce cerculus vitiosus était encore plus étendu. D’autres orateurs, en effet, m'ont reproché d’autres sympathies. Le préopinant signale le défaut d'unité de mon attitude politique et les variations qu'elle éprouve. Un autre orateur a rendu la mème pensée sous une forme de moins bon goût; il à parlé des faux-pas et des bronchades continuels du ministère, en exprimant le regret moral qu'une chute complète ne s'en fût pas encore suivie.
De telles appréciations s'expliquent par le fait qu'aux yeux d’un «politique qui n’est pas du métier», chaque mouvement de pièces sur l’échiquier parait finir la partie; et l’on se figure ainsi que le but est changé. La politique n’est point une science exacte; avec la position que l’on a devant soi, change aussi la manière de profiter des positions. M.
le préopinant désire, a-t-il dit, que je puisse, un jour, dans ma spécialité, jouir de l'autorité reconnue qu'il a acquise’ dans la sienne. Je souscris à ce vœu en toute sincérité. Je reconnais complétement la haute valeur du préopinant dans sa spécialité, et j'ajoute qu'il a sous ce rapport un avantage sur moi. Mais quand il s'éloigne de son propre terrain pour se transporter sur le mien, je dois lui dire que son jugement en politique est pour moi d’un poids assez léger. En vérité, Messieurs, et sans présomption, je crois entendre un peu mieux ces choses là.
M. le préopinant a dit qu'il me manque l'intelligence de la politique nationale; je puis lui renvoyer le reproche, seulement en supprimant l'adjectif; je trouve qu'à M. le préopinant manque l'intelligence de la politique, en général. Cette intelligence, sans doute, n’est pas plus répandue dans d’autres pays que dans le nôtre, mais pourtant il est rare de trouver en d’autres parlements ce degré d'assurance dans la forme et dans l’expression des opinions, joint à une dose égale d'ignorance des choses.
L'Adresse ayant été votée par la Chambre, la Couronne refusa de la recevoir et répondit par un message qui invitait la Chambre, vu la marche rapide des événements extérieurs, à donner sans retard son approbation au projet de loi de l'emprunt. La réponse royale fut communiquée à la commission de l'emprunt, qui, alors, proposa le rejet du projet de loi.
Dans la séance du 21 janvier, le député Assmann, rapporteur, motiva la résolution proposée par la commission et recommanda en même temps d'approuver une motion des députés Schulze et de Carlowitz, d'après laquelle la Chambre devait protester solennellement contre la décision que le gouvernement du Roi avait prise dans l'affaire des Duchés (d'occuper le Schleswig en commun avec l'Autriche, les deux occupants agissant comme grandes puissances européennes), et de déclarer qu’elle s’y opposerait par tous les moyens qu’elle avait à sa disposition.
Immédiatement après le rapporteur, le ministre-président de Bjismarck prit la parole:
pa
Messieurs, je dois admettre sans doute que vos convictions à l'égard de la loi de l’emprunt, aussi bien que par rapport à la résolution qu'on vous propose, sont assez fermement établies pour que les paroles qui vous sont adressées de la place que j'occupe, ne puissent les ébranler; comme, d’ailleurs, je ne sens pas le besoin d'échanger avec vous des phrases plus ou moins mordantes sur les idées de droit et d'honneur et sur le thème que depuis un an on a varié dans tous les tons: — «A la porte ce ministère!» — et comme les choses n’en deviendraient, je le sais, ni meilleures ni pires qu’elles ne sont, je me bornerai à compléter et à rectifier sur quelques points le morceau que vous venez d'entendre.
Votre commission à publié ici une partie des paroles que j'ai dites dans son sein; par ce procédé la circonspection, qui m'est reprochée dans un passage du Rapport, et grace à laquelle je me suis fait scrupule de divulguer les plus secrètes pensées du Cabinet devant une assemblée si nombreuse, se trouve complétement justifiée. J'aurais souhaité, d’ailleurs, que les citations qui ont été faites fussent un peu mieux liées et formassent un ensemble; elles. eussent été ainsi plus compréhensibles. Pourtant, ce qui à été donné déjà me dispense sur plus d’un point de m’expliquer ici.
Je ferai seulement deux rectifications au procès-verbal (de la séance de la commission), que je n'avais point lu au moment où 11 à été rédigé; — elles portent sur des passages que je ne puis reconnaitre pour exacts. L'un de ces passages est ainsi COnÇu :
«Du moment où le traité de Londres serait retiré, le «Danemark pourrait, sans autre formalité, s’éncorporer le «Schleswig.» | |
Je crois avoir dit: «le Danemark s’ivcorporera»; mais qu'il soit en droit de le faire, je ne pense pas l'avoir dit. Si je me rappelle exactement, mes paroles ont été cellesci: «Ce sera le premier pas en avant que fait le Danemark.»
Quant à ces mots que la Diète peut se livrer d’abord
à l’examen qu'elle veut faire .... ete. (examen des droits de succession dans les Duchés), Messieurs les membres de la commission qui étaient présents se rappelleront, je le pense, que ces mots m'ont été fournis par un sow/fleur complaisant; sur quoi j'ai répondu que je n'avais rien à y objecter, mais que ce n'étaient pas là mes propres paroles; que javais seulement souhaité que l'examen füt fait mürement, — mürement et rapidement, à la fois, ce serait d’autant mieux.
Enfin, les dernières paroles que j'ai prononcées dans le sein de la commission, n'ont pas été rendues tout à fait exactement; on me fait dire ceci:
«Dans une telle question la méfiance entre le gouver- «nement et la Chambre des Députés ne peut être récipro- «que. Ce que désire le gouvernement ce serait de pouvoir «agir avec les ressources constitutionnellement accordées par da Chambre. Mais si celle-ci lui refuse ces ressources né- «cessaires, 1l devra les prendre où'1l les trouvera.»
Je n'ai point exprimé l'idée avec cette rudesse; j'ai dit : «Nous attendons de vous avec confiance, avant comme après, que les ressources dont nous avons besoin, tellement besoin qu'il nous faudrait les prendre où nous les trouverions, soient accordées constitutionnellement par vous dans toute leur étendue. »
La pensée est la même; seulement, elle est exprimée avec plus de mesure et n’a pas dans la forme la rudesse crue qu'on lui prète 1c1.
Le rapporteur à parlé auparavant des tristes conséquences qu'ont produites les difficultés croissantes de la situation; afin de vous montrer combien je puis disposé à donner tous les éclaircissements qui sont possibles dans l’état présent des négociations, je lirai à la Chambre, — non pas comme si je déposais ici une pièce officielle, mais sous forme d’une communication verbale, — le contenu d'une dépèche adressée avant-hier par nous aux gouvernements allemands :
(Lisant) «Je dois admettre que la résistance des gouverne- «ments allemands à adopter la marche proposée par la Prusse cet l'Autriche, repose en partie sur un malentendu. On nous «suppose, — je ne sais vraiment par quoi cette supposition «peut être autorisée, — l'intention de rétablir simplement «dans les Duchés et d'y maintenir l’ordre de choses qui jus- «qu'à l'an dernier y existait; et, cet ordre de choses étant «regardé, non pas à tort, comme inacceptable, on semble «croire qu'il n’y à qu'une alternative: ou la continuation «de cet ancien régime, ou la création mmmédiate d'un nou- «vel État indépendant sous une dynastie augustenbourgeoise. «Sans ètre opposés en principe à la seconde solution, nous «devons, pour fixer notre situation à cet égard, prendre en «considération les traités conclus et nos rapports avec les «puissances européennes. La Diète elle-même ne s'est pas «encore prononcée sur l'ordre de succession, et nous expo- «serons nos propres vues à cé sujet, lorsque la Diète, pro- «chainement, examinera la question. Nous avons tenu seu- «lement à ce que cet examen fût fait avec le sérieux et le «poids qui conviennent à la dignité de la Diète et qui seuls «peuvent assurer aux résolutions de celle-ci l'autorité néces- «saire. Nous craignons que toute la question ne se résolve «en une situation fâcheuse pour les intérèts des duchés et «de leurs populations, si la succession holsteinoise est trai-. «tée sans qu'on ait égard au Schleswig et au sort des Alleemands qui l’habitent. Pour discuter la question de succes- «sion en ce qui concerne le Schleswig, la Diète n’a aucune «base reconnue en droit international, et aucun autre moyen «d'exécuter ses décisions que la guerre et la conquête. Par «ces motifs la question de succession veut être discutée, «dans notre sentiment, avec la circonspection que nous y «avons mise Jusqu'ici.
«Que les promesses faites en 1852 par le roi de Dane- «mark aux Duchés, n'aient point assuré à ceux-ci les garan- «ties qu'ils avaient espérées, l'expérience l’a démontré. Un «tel état de choses est devenu impossible, et l'opinion gé- «nérale s'accorde à vouloir qu'il soit remplacé par un ordre
«nouveau donnant une sûreté complète pour les droits et «les intérêts des Duchés et de leur population allemande. «Entre le retour à l’état de choses dont nous parlons et la «réunion immédiate des deux duchés sous une dynastie par- «ticulière, — s1l arrive que l'affaire tout entière entre dans «la phase d’une négociation européenne, — plusieurs autres «combinaisons peuvent se présenter qui assurent aux Duchés «de semblables garanties. La réunion du Schleswig et du «Holstein en un seul État indépendant, uni au Danemark «par un lien d'Union-personnelle, sous le sceptre du mème «monarque, est une des combinaisons de ce genre qui s’ofcfrirait d'abord, dans le cas où la création d’une nouvelle «dynastie pour les Duchés ne se réaliserait pas. L'exemple de «la Suède et de la Norwége montre la possibilité d’une pa- «reille union sans détriment pour l’une ou l’autre partie; — «abstraction faite d’ailleurs de ce que les Duchés auraient «derrière eux la Confédération germanique comme un point «d'appui quon pourrait assurer encore mieux à l’aide de «garanties. Il m'est impossible d'admettre que les gouver- «nements allemands veuillent refuser leur examen à une «telle combinaison, dès qu'ils auraient pu se convaincre que «la question dynastique ne saurait être résolue conformément «à leurs vœux qu’en sacrifiant la connexion des deux du- «chés et l'indépendance des Allemands dans le Schleswig.
«Il est incontestable, en tout cas, que la question re- «dlative à l’ordre de succession dans le duché de Schleswig;, «comme celle de la situation internationale de ce duché, ne «peuvent pas être résolues par la Diète seule, mais qu’elles «ont caractère de questions générales, et certainement «al est de l’intérèt même des habitants allemands de ce «duché que leur situation soit assurée par une sanction in- «ternationale.
«Mis de quelque sorte que soient les négociations inter- «nationales, au moyen desquelles un résultat définitif peut «ètre obtenu, — qu'elles doivent être suivies avec le Danemark «seul. ou dans une conférence générale, le gouvernement du «Roi tient pour également incontestable que l'Allemagne
«aura, pour prendre part à ces négociations, une base beau- «coup plus avantageuse, si préalablement, par le retrait for- «mel de la Constitution (danoise) du 18 novembre 1863, «d'ordre de choses introduit contre le droit en Schleswig se «trouve du moins aboli, — ou si, en occupant ce pays par des troupes des deux grandes puissances allemandes, on «crée un sfatu quo qui pourra Ôtre pris comme point de dé- «part, sans désavantage pour l'Allemagne. »
Quant à ce qui concerne la question soulevée dans le rapport de la commission et dans la dépêche que je viens de lire, savoir quel titre de droit la Diète peut avoir pour s’inmiscer en Schleswigs, c’est-à-dire pour y régler l’ordre de succession, j'ai produit l’acte authentique, en vertu duquel le rapport de la commission établit que les deux duchés ont en droit public une situation commune. C’est une Note adressée à la Diète de Francfort par le baron de Pechlin, celui-ci étant alors (1848) représentant des états de Holstein près la Confédération, — par laquelle Note léchange de communications écrites qu'avait provoqué le baron de Pechlin se termina en ce sens qu'on ajourna la “solution particulière de la question. Voici le texte de la phrase entière, où se trouvent les mots qui ont été cités, — elle forme, autant que j'ai pu voir jusqu'à présent, l'unique fondement sur lequel le rapport de la commission peut s'appuyer, dès qu’on rejette les bases internationales reconnues jusqu'à ce jour par l’Europe :
« D'un autre côté, Sa Majesté (cest-à-dire le roi de «Danemark) à tout aussi peu songé à introduire quelque «changement dans les rapports qui unissent le duché de «Holstein au duché de Schleswig. Au contraire, le main- «tien de cette union se trouve affirmé dans une Lettre-patente... |
— pièce que nous ne citons pas volontiers, non pas si volontiers du moins qu’on le fait de votre côté —
«. affirmé en des termes qui sont-ceux mêmes dont on «s'est servi à cet égard dans la loi générale du 28 mai 1831:
— Ainsi, ces termes de la loi étaient tout à fait compatibles avec la théorie contenue dans la Lettre-patente —
«Cette umion des Duchés, — à part la qualité particu- «lière que le Holstein possède comme État fédéral et la «réunion séparée des Diètes, — et en tant que des parti- «cularités constitutionnelles propres à chacun des deux «duchés n’y apportent pas d’exceptions (comme Particle 4 «de la loi générale les a prévues), — cette union consiste «essentiellement, outre le lien social des noblesses schles- «wigeoise ct holsteinoise, tel qu'il résulte d’une législation et «d'une administration communes ou semblables, — en ce «que les deux duchés ont une communauté complète sous «le rapport du droit public.»
C’est donc de là uniquement, mais encore avec quelque difficulté, qu'on peut inférer pour la Diète un droit fé6déral d'immixtion à l'égard du Schleswig, en se fondant sur cette connexion avec le Holstein. Il serait encore plus difficile de faire reconnaître ce droit d’immixtion par les puissances européennes. Mais que l’on puisse établir sur le même titre de connexion des Duchés, comme on l’essaie aujourd'hui, le droit de succession des agnats dans le Schleswig-Holstein, — à moins qu'il ne ressorte spécialement de lois particulières au Schleswig, question que je laisse à résoudre, — cest là un argument, à mon sens, très discutable. Il s'appuie sur ce que les deux duchés ne sauraient être séparés l’un de l’autre, en sorte que l'héritier du Holstein doit avoir en même temps le Schleswig. Vous ne contesterez pas que cet argument ne puisse se retourner en faveur de lhéritier du Schleswig, dès que celui-ci ne sera pas la même personne que l'héritier du Holstein.
Dans le cours de la discussion le ministre-président prit encore une fois la parole, après le député Dr Virchow:
M. le préopinant ne m'accusera pas, je pense, de lui faire un reproche immérité, si je remarque qu'il lui arrive parfois, lorsque les paroles de l’orateur qui a parlé avant
lui ne peuvent pas, dans leur forme littérale, s’accommoder aux besoins de la cause, — d'y substituer des termes arrangés sur lesquels il exerce sa critique avec beaucoup d'esprit et d'agrément.
Je me bornerai, comme je l'ai dit précédemment, à des rectifications de faits, en relevant aussi\certaines assertions. Le préopinant m'a compris ou voulu comprendre comme si, par mes paroles prononcées ici, ou peut-être, je ne le sais pas au juste, par la pièce que j'ai lue, j'avais donné à entendre que je tiens l’arrangement de 1852 pour impossible, et que — si je me rappelle bien encore les mots du préopinant, depuis le temps qu'il les à dits — et que je me suis laissé convaincre de cette impossibilité par les orateurs de la Chambre. Ce qui est exact, c’est, en premier lieu, que j'ai considéré l’ordre de choses, tel qu'il a existé en Danemark depuis 1852 jusqu’à l’année dernière, comme impossible et son retour comme inadmissible. Si les stipulations, inexécutées pendant toute cette période de temps, ont été trouvées inexécutables, c'était au Danemark tout d’abord de faire valoir ces difficultés, de proposer ce qu'on pourrait substituer à un tel ordre de choses, et d'obtenir l'approbation à cet égard des autres contractants.
M. le préopinant a dit ensuite qu'il ne sait pas comment les conventions de 1852 pourraient servir à prévenir l'incorporation du Schleswig, attendu que cette incorporation est déjà un fait accompli. C’est parfaitement juste; mais ces conventions de 1852 peuvent servir, comme base reconnue par l’Europe, à intervenir contre cette incorporation, et l'opinion du gouvernement diffère si peu de celle du préopinant que c’est, au contraire, parce que nous considérons l’incorporation comme fait accompli, que nous voulons intervenir pour en empêcher les effets.
Quant à ce que j'ai dit en finissant, dans la commission, sur les voies constitutionnelles et inconstitutionnelles, le préopinant m'a rendu ce témoignage que j'ai l’ouïe excellente; je crois posséder aussi une très bonne mémoire et me rappeler très exactement les mots dont je me suis servi.
J'ajoute, ces mots ne peuvent avoir d'autre sens que celui que je leur ai donné en les prononçant. Il est loin de ma pensée de vouloir changer ce que j'ai dit alors. Je me rappelle seulement que j'ai exprimé un vœu au sujet de vos résolutions, en y joignant l'expression de la confiance que je déclarais avoir en vous, — confiance qui nous faisait espérer seulement que vous nous rendriez possibles les moyens constitutionnels et que vous nous les accorderiez. Cette rectification n’est pas très essentielle en réalité, mais je tiens pourtant à ce quon ne me donne pas comme ayant exprimé, par erreur ou par calcul, quelque chose qui ne s'accorde pas avec les faits.
M. le préopinant, si je peux le suivre dans cet ordre changeant et divers qu'il observe lui-même, a touché un autre point, en prétendant que depuis mon entrée au ministère ma position politique se serait modifiée essentiellement, et que, pour employer une expression familière, J'aurais fait demi-tour à droite. S'il en était ainsi réellement, et si j'ai bien saisi quelle était l’idée de l’orateur . quand il à parlé du «mal» dont je serais atteint, je crois pouvoir exprimer ce que je pense de son observation en disant que jai agi suivant le vers connu :
Flectere si nequeo superos, Acheronta movebo.
Lorsque je suis arrivé au poste que j'occupe, j'ai conçu l'espérance, il est vrai, que je pourrais trouver chez d’autres, comme en moi, une disposition à sacrifier dans toute circonstance le point de vue du parti aux intérêts généraux du pays. Pour ne blesser personne, je ne préciserai pas autrement jusqu'à quel point et à l'égard de qui je me suis en cela trompé; mais je me suis trompé, et cette erreur naturellement a influé sur ma position politique et sur mes relations.
Plus tard le préopinant à abordé la question d’un cougrès et a paru supposer à ce sujet que nous, qui ne voulons pas nous laisser faire la loi par une majorité dans la Diète, nous serions prêts à subir celle d’une majorité
dans un congrès. Je réponds, en me référant aux usages diplomatiques, que dans les congrès on ne procède point par coups de majorité, et que ces assemblées, si elles n'ont pas pour résultat l’unanimité de leurs membres, n’aboutissent à rien. Comment le préopinant peut-il eonsidérer comme une énormité qu'après une guerre dont la possibilité n'est pourtant pas contestable, un congrès vint à se réunir, cela reste pour moi incompréhensible. C’est presque la règle que les ouerres soient suivies de congrès où lon se met d'accord sur les conditions de la paix. Ces conditions dépendent essentiellement du vainqueur. Si l’on ne veut perpétuer la guerre, 1l faut bien cependant arriver à un accord. ; M. le préopinant a parlé encore des prétentions de la Russie, — je n'ai pas très bien compris si c’est sur la monarchie danoise ou seulement sur quelques parties des Duchés. Quant à ce qui est de la monarchie danoise, je crois que la Russie ne saurait élever de prétentions, pas plus qu’elle n’en élève, en vertu du droit de succession danois; mais qu’elle soit prétendante à l'égard des Duchés, je n’ai point qualité pour prononcer si ces prétentions sont acceptables, ni pour préjuger à leur sujet d'aucune facon. Néanmoins lorsque l’orateur les regarde simplement comme une invention mensongère, je dois lui répondre que ce mensonge à été cru. jusqu'à ce jour par un assez grand nombre de gens. Enfin le préopinant nous à fait un reproche de ce que nous n'ayons pas songé à une Union scandinave, de ce que nous n'ayons pas cherché de ce côté un allié pour lAllemagne; puis 1l à traité la question de possession des Duchés, en se plaçant au point de vue de la nécessité de ces Duchés pour le Danemark (c'est-à-dire pour qu'il continue à exister comme État). Nous n’en sommes, quant à nous, jamais venus à examiner cette question de nécessité, car je puis assurer à l’orateur que, si la pensée d’une Union scandinave est peut-être très vivante en Suède chez un certain nombre de professeurs et d’autres lettrés, le gouvernement suédois jusqu'ici n’a point eu une telle propension, et si on
allait lui proposer de s’annexer le Danemark, personne, je crois, ne trouverait en lui un allié qui fût prèt à faire dans ce but de grands sacrifices d'hommes cet d'argent.
Ces dispositions de la Suède ont peut-être leur raison dans l'intérêt de quelques partis, mais elles peuvent s'expliquer aussi parce qu'uné politique suédoise n’a point envie de perdre la situation presque insulaire de l'État véritablement et purement scandinave qui existe aujourd’hui, — de la perdre en acquérant des possessions continentales, pour donner prise par là aux attaques d’autres puissances. Bref, je me contente d'établir qu'en réalité cette chance, qu'on nous reproche d'avoir négligée, est plus lointaine que M. le préopinant n’a paru le croire.
La discussion fut continuée dans cette séance. Répondant au député Schulze, le ministre-président de Bismarck prononça le discours suivant:
M. le préopinant à donné une nouvelle interprétation du traité de Londres, en ce qui concerne l’article 3 de ce traité. Il à voulu, si l’on tire toutes les conséquences de ce qu'il a dit, faire dériver de cet article mème un droit décisif pour la maison d'Augustenbourg à la succession en Schleswig. I'orateur s'appuie sur ce que le traité de Londres à maintenu intacts les droits de la Confédération, e’està-dire les relations mutuelles entre le Holstein-Lauenbourg et la Confédération, en tant qu’elles reposent sur des lois fédérales. Il ne peut avoir pensé cependant que l’article 3 du traité de Londres abroge l’article 2 du même traité, par lequel se trouve établi le droit de succession de Christian IX (de Danemark) sur tous les pays réunis alors sous le sceptre dänois; et assurément il n’y aurait aucune matière à congrès ni à protocole, si l’on prétendait annuler le paragraphe principal du traité par le suivant.
L'article 3 a néanmoins pour nous cette valeur que nous en tirons la connexité, — en partie mise en doute par les autres grandes puissances, — du traité de Londres et d’une stipulation particulière qui, ayant été adoptée par la Diète, est devenue ainsi loi fédérale, je veux parler de la convention de 1851 et 1852 conclue entre le Danemark et les grandes puissances allemandes.
M. le préopinant nous à fait un reproche, en 1dentifiant pour les besoins de sa cause le gouvernement avec ce qui a été dit par d'autres orateurs, un reproche de ce que nous ne voulions avoir rien de commun avec l’Allemagne. Îl faut quil y ait un charme tout particulier dans ce mot: «Allemand». On voit que chacun cherche à s’approprier ce mot là; chacun nomme «Allemand» ce qui lui est utile, ce qui procure un avantage à son intérêt de parti, et l’on change, suivant les besoins, la signification du mot. Delà vient qu'à certaines époques ce qui s'appelle callemand» c'est de faire de l’opposition à la Diète, tandis qu’en d’autres temps on dit qu'il est «allemand» de prendre parti pour la Diète devenue progressiste. Aïnsi peut-il aisément arriver qu'on nous accuse de ne vouloir rien avoir de commun avec l'Allemagne, pour suivre nos propres intérêts. Je puis bien justement vous renvoyer ce reproche. Vous ne voulez avoir rien de commun avec la Prusse, parce qu'à votre point de vue de parti et dans votre intérêt de parti il ne vous convient pas quil y ait une Prusse, et parce qu'il vous convient ou que la Prusse n’existe pas ou qu’elle ne soit qu'un domaine du MNationalrerein (1).
1 Union nationale, fondée à Francfort s. M., le 16 septembre 1859. Cette association avait pour but, comme son nom l'indique, l'union plutôt que l'unité proprement dite de l'Allemagne. Elle voulait une Constitution commune, un Parlement fédéral, le maintien des petits Etats, l'exclusion de l'Autriche, — et attribuait à la Prusse, plus ou moins sincèrement, comme le fait entendre M. de Bismarck dans le discours ci-dessus, la haute direction des affaires allemandes. Le Nationalverein avait déjà pris un grand développement, lorsque la Prusse, en 1866, réalisa, sans lui, les parties essentielles de son programme. Dès lors, cette association nationale n'avait plus de raison d’être; elle cessa d'exister et se fondit dans le nouveau parti des Nationaux-libéraux.
è — bd pas
Dans la suite de son discours l’orateur à soutenu une thèse tout à fait neuve pour moi et pour quiconque à lu avec attention l’histoire des quinze dernières années; il a dit que les petits États, — voire un nouvel État-moyen, encore à créer (!), — s'appuient sur la Prusse pour soutemir leur indépendance. L'histoire des quinze dernières années nous apprend au contraire que les petits États, à partir de la coalition de Bregenz (*), se sont appuyés sur l’Autriche et que, peut-être par des raisons géographiques, peutètre aussi par des motifs tirés de la politique prussienne, — vu qu’en l’année 1849 ces États se croyaient menacés plutôt par la Prusse que par l'Autriche, — ils ont cherché l'appui de celle-ci pour sauvegarder leur indépendance. Contre une telle situation que créaient ces inquiétudes naturelles des petits États pour leur souveraineté, nous avons durant douze années combattu au sein de la Diète; moi-même jai pris part assez longtemps à ce combat pour pouvoir apprécier dans toute leur étendue les fâcheux effets qui en sont résultés pour Prusse. Lorsque M. le préopinant compare une politique qui nous mène à dissoudre l’ancienne coalition et qui, dans ce but, tend à établir, non pas l'Unité, mais l’Union allemande sur la seule base possible, c'est-àdire sur lJunion des deux grandes puissances de lAllemagne, — lorsqu'il compare cette politique à l’histoire des «Fourches caudines», c’est là simplement une fleur de rhétorique, et je ne puis m’arrèter davantage à discuter cette littérature.
1 Ce nouvel État-moyen dont s'occupait alors l'opinion publique, devait être formé des deux duchés de Schleswig et de Holstein (un million d'âmes environ) et aurait eu beaucoup d'importance à cause de sa situation maritime. Le duc d'Augustenbourg était, comme on sait, le prétendant de ce nouvel Etat.
? À Bregenz (ville du Tyrol-Autrichien) avait eu lieu, le 18 octobre 1850, une entrevue de l’empereur d'Autriche et des deux rois de Bavière et de Wurtemberg. L'alliance de ces souverains &vait pour but le rétablissement de la Confédération germanique telle qu’elle existait avant les événements de 1848-49, tandis que la Prusse se prononçait pour uve réforme de cette Constitution, dans le sens des idées et des besoins modernes,
Messieurs, ce sont les gouvernements mêmes que nous avons eu l’occasion de soutenir, qui se sont montrés ensuite nos plus violents ennemis, et, si vous songez à un nouvel État de Schleswig-Holstein, celui-là ne pourrait que bien peu nous aider, tandis qu'il compterait beaucoup sur notre appui; il aura près de lui un Danemark mutilé, irrité, peut-être isolé, mais peut-être aussi appuyé sur la Suède, lequel se trouvera vis-à-vis de l'Allemagne et de ce nouvel État souverain à peu près dans une situation analogue à celle où serait vis-à-vis de la Prusse une Pologne restaurée; ce Danemark sera dans la nécessité d’attaquer en toute occasion son voisin, — et ainsi l'Allemagne, — pour rentrer dans ce qu'il considère comme son bien. Une tâche qui, selon moi, s'impose à nous, c’est de vivre dans des relations de paix et d'amitié avec les États seandinaves; cette tâche, comment la remplirons-nous, devra-telle mème être remplie ou non, faudra-t-1l que nous nous contentions à cet égard de la bonne volonté, — c'est ce que l'avenir décidera.
Le discours de l’auteur de la motion et les déductions que celui-ci à tirées de la situation présente m’obligent à reprendre la discussion de plus loin que je n’en avais l’intention, au risque même de rouvrir ainsi vos débats. . Après le discours dont je parle, nous pouvons supposer avec certitude, car nous sommes habitués à considérer l’auteur de ce discours comme un représentant de la majorité, — supposer que vous refusez l'emprunt, que vous adoptez la «Résolution» qui vous est proposée, et que je me suis complétement trompé dans la confiance que j'avais placée en vous et plusieurs fois exprimée.
Votre principal motif pour refuser l'emprunt, cest le manque de confiance à l'égard du ministère actuel; tel est, pour ainsi dire, le centre et le foyer de toute votre argumentation. Aussi me suis-je demandé ce que nous devrions faire, ce que le ministère prussien devrait faire pour conquérir votre confiance. Il devrait rompre avec la Constitution prussienne, rompre entièrement avec les traditions
de la Prusse, avec l’histoire de la Prusse, avec le sentiment du peuple prussien, en se prètant, par le refus de contre signer les actes de la Couronne, à mettre celle-ci dans l'impossibilité de soutenir plus longtemps la lutte contre la suprématie que prétend cette Chambre.
Messieurs, vous vous êtes exprimés sur ce sujet, dans le rapport de votre commission, avec une telle clarté que si je vous fais entendre aujourd’hui les mots dontje me suis servi, 1l y à un an, à cette place, lorsque j'ai dit qu'il s'agissait ici d’une lutte, pour la souveraineté de Prusse, «entre la mai- «son des Hohenzollern et la Chambre des Députés» (1), — mots qui furent accueillis alors avec un cri d’étonnement et de réprobation, — que si je vous fais entendre aujourd'hui ces mots, vous ne pouvez plus, je pense, élever de telles protestations, et vous avouez franchement vos œuvres.
On m'interrompt en me criant: «cest par trop ridicule!» .... Messieurs, avec des mots de ce genre une discussion Calme, je puis dire convenable, est impossible. Je ne veux pas renvoyer de semblables mots à qui les à dits; vous jugerez vous-mêmes que des expressions qui peut-être peuvent paraître permises à un député isolément, seraient de ma part, à la place où je suis, très inconvenantes.
Pour appuyer mes affirmations précédentes, j'examinerai quelques passages du Rapport, car je dois bien admettre queen adoptant la motion qui vous est faite, vous vous appropriez aussi le rapport de votre commission. D’après la Constitution, à $. M. le Roi appartient le droit de faire la guerre et la paix, à $. M. le Roi appartient le droit de choisir ses ministres; de même lui appartient le pouvoir exécutif tout entier. Comment comprenez-vous done ces dispositions? Vous dites, page 5 du Rapport, que vous craignex que la tendance du gouvernement ne soit en sens contraire des intentions de la Chambre des Députés, exprimées dans la Résolution du 2 décembre. Le fait, dans
1 ,Zwischen dem Hause der Hohenzollern und dem Hause der Abgeordneten“; — ce double sens du mot Haus rend la phrase intraduisible en français.
votre opinion, est donc illicite, et la Couronne ne peut donc pas avoir, en ce qui concerne la politique étrangère, ses propres intentions qui soient l'opposé des vôtres.
À la page 6, vous demandez — tout ce que je cite est tiré textuellement du Rapport — vous demandez, page 6, que le gouvernement du Roi n'ait pas seulement la volonté de sauvegarder le droit et l'honneur du pays, mais aussi que dans le choix des mesures qui, le cas échéant, sont nécessaires pour remplir cette tâche, il se laisse guider par l'examen que la Chambre des Députés en aura fait. Aïnsi, dans le domaine de l'exécutif, votre empiétement ne se borne pas à la direction générale que vous prétendez, 1l va jusqu'au règlement des détails de chaque mesure à prendre. Vous vous constituez, Messieurs, en un conseil diplomatique, conseil aulique en même temps et conseil de guerre, de l'approbation duquel dépend l’action de la Couronne, et dont. le consentement, en toute circonstance et pour chaque mesure en particulier, est nécessaire au gouvernement, quand celui-ci veut agir. |
Page 7, en quelques mots sèchement dits, vous subordonnez à votre vote le droit qui appartient à la Couronne de faire la guerre et la paix; par quelle argumentation vous arrivez là, c’est ce que chacun peut lire dans le Rapport même. |
Page 8, vous exprimez votre résolution de décider le
sœouvernement à agir, — ceci déjà excède vos prérogatives constitutionnelles, — mais vous ajoutez expressément: à
agir, non pas d'après les vucs du gouvernement, mais d’après les vôtres, à agir selon ce que vous aurez déterminé et dans le but qui aura été nettement prescrit par vous. Or, si jamais la prétention d’arracher à la Couronne ses droits constitutionnels sur le pouvoir exécutif à été clairement exprimée, cest, à coup sûr, par de telles paroles. Vous demandez que le gouvernement agisse dans lintérêt bien compris de la Prusse, de l'Allemagne et des Duchés — entre parenthèses, j'intercale une remarque: nous en sommes arrivés à Ce point que personne n’ose plus honnè-
tement dire qu'il agit dans l’intérèt de la Prusse, qu'il agit comme Prussien; cest à peine si l’on à la hardiesse, de ce côté (la Gauche), de prononcer le mot «prussien», sans qu'on y ajoute tout de suite cette explication : — «naturelle- «ment, dans le sens de l'intérêt allemand, des droits de «d'Allemagne, des droits des Duchés » — Ces droits là ne manquent jamais d’être invoqués; quant à la profession publique de l'intérêt prussien, de la nationalité prussienne, (se tournant vers la Gauche) on n'a pas à lattendre de votre côté.
Je disais donc: «dans l’intérèt bien compris ....» [/intérèt hien compris, c'est naturellement comme vous le comprenez vous-mêmes. Donc vous décidez encore, ici, de la direction que la Couronne, sur le terrain qui lui réservé constitutionnellement, et dans ces limites du droit qui lui appartient, doit adopter.
Vous exigez, à la page 15, que le Roi fasse, sur votre ordre, une guerre de conquête, afin d'acquérir le Schleswig pour le duc d'Augustenbourg. En un mot, Messieurs, si l’on veut gagner votre confiance, 1l faut se mettre à votre merci comme il est impossible que les ministres du roi de Prusse puissent le faire. De cette manière, nous ne serions plus ministres du Roi, nous serions ministres du Parlement, nous serions vos ministres, Messieurs, et j'espère, orâce à Dieu! que nous n’en arriverons pas là.
Que les ministres aient la confiance du Roï, ceci vous est complétement indifférent. Le Roi serait, en conséquence, une personnalité ayant moins d'influence sur les affaires de Prusse, — je ne dirai pas que chacun des députés, mais bien que chaque chef d’une fraction de cette Chambre, avec lequel il faut que je capitule, si je veux le gagner. Quant à ce qui est des droits de la Couronne, là-dessus on peut toujours simplement passer à l’ordre du jour. Et pourtant, à côté de tout ce qu'on prétend ainsi, les dispositions constitutionnelles sont parfaitement claires, en vertu desquelles le Roi à le droit de faire la guerre et la paix, le droit de choisir les ministres.
M. le préopinant essaie de trouver un terme moyen entre mon point de vue et le sien, quand il parle d’une nécessité indirecte, d’une nécessité constitutionnelle. D’après les développements qu'il donne à l'avis de la commission, d’après le résumé qu'il en à fait, il a considéré tout le système comme une nécessité indirecte; mais on arrive ainsi à la conclusion absolument logique, il me semble, de considérer aussi ce qui est exprimé par ces paroles mises dans ma bouche: «que l’on prendrait l'argent où on le trouverait», — comme une semblable nécessité constitutionnelle, comme une Conséquence constitutionnelle. Cette théorie, en effet, serait tout aussi constitutionnelle que la conduite adoptée par vous, et ainsi nous n’aurions rien à nous reprocher mutuellement.
J'ai dit que vous étiez en opposition par la conduite que vous avez adoptée, non seulement avec la Constitution, mais encore avec les traditions, avec l’histoire, avec le sentiment public de la Prusse. Le sentiment public de la Prusse est profondément monarchique, Dieu soit loué! et, malgré vos lumières, que j'appelle confusion d'idées, il demeurera tel Vous êtes en opposition avec les glorieuses traditions de notre passé en désavouant la situation de la Prusse, sa situation de grande puissance, chèrement acquise par les sacrifices que notre peuple à faits de son bien et de son sang, — en reniant ainsi le glorieux passé du pays, — en prenant parti, dans une question de puissance où sont engagés d’un côté la démocratie et les petits États, de l’autre le trône de Prusse, — parti pour ceux-là. Quand vous vous efforcez de cette manière de médiatiser la Prusse sous la loi d’une majorité de la Diète, vous faites vousmêmes ce que vous nous reprochez toto die. Vous placez le point de vue de votre parti au-dessus des intérêts du pays: vous dites: «que la Prusse soit celle que nous voulons, ou «qu’elle cesse d'exister, qu’elle soit anéantie!» Vous ne sentez pas, — et votre «Résolution» le prouve mieux que toute autre chose, — vous ne sentez pas, vous ne pensez pas comme le peuple prussien. Autrement vous n’auriez
pas fait entendre certaines suppositions sur les sentiments dont l’armée prussienne, dans un cas ou dans un autre, serait animée. On reconnait là combien vous êtes étrangers au véritable peuple, combien vous vous isolez à vivre au milieu des coteries de gens qui pensent comme vous, combien vous vous laissez abuser sur la situation vraie des choses par une presse qui est dans votre dépendance. Vous ressemblez pour moi à Archimède occupé de son cercle et ne s’apercevant pas que la ville est prise.
Si le peuple prussien avait les mêmes sentiments que vous, il faudrait dire simplement que l'État prussien s’est survécu et que les temps sont arrivés où il doit faire place à d’autres créations historiques.
J'emprunterai à notre histoire un souvenir qui, au temps où l'impôt foncier était discuté dans cette mème enceinte, a été plus d’une fois rappelé. C’est une lettre du Roi Frédéric-Guillaume I (1) adressée à un membre des états de la Prusse orientale, lors de l'établissement de la contribution foncière; dans cette lettre, si je m'en rappelle exactement les termes, le Roi disait:
«Ce que je ruine, cest le nie pozwalam (?) des hobe- «reaux; jétablis la souveraineté comme un rocher de bronce» (sic).
Le rocher de bronce est encore debout; il forme la base de l’histoire prussienne, de la gloire prussienne, de la Prusse devenue grande-puissance et de la royauté constitutionnelle. Ce rocher de bronze, vous ne parviendrez à l'ébranler ni par votre Union-nationale, ni par votre motion d'aujourd'hui, ni par votre liberum Veto!
1 Second roi de Prusse et père du grand Frédéric.
2 C'était la formule du Aberum veto polonais. — Les mots soulignés sont en français dans la lettre du roi; l'orateur les répète de même en français,
| Dans la même séance le ministre-président répondit au député comte de Schwerin-Putzar (1) :
Les paroles que la Chambre vient d'entendre nécessitent de ma part un brève réponse et quelques rectifications.
M. le préopinant a affirmé plusieurs choses que je n'ai pas contestées, et en a contesté plusieurs autres que je n'ai pas affirmécs. |
Quand il commence par dire qu'il est bon Prussien et que personne ne refusera de lui rendre ce témoignage, je suis là-dessus tout à fait d'accord avec lui; je vais encore plus loin, je le considère comme étant même au fond du cœur un Prussien monarchique, mais on peut dire de ce qu'il est envers son roi, ce que Gœthe fait dire par le Docteur Faust au roi des rois: «En vérité 1l vous sert d’une façon particulière»; aussi je pense que le parti que M. le député représente, finira et déjà même a partiellement fini comme le drame du Docteur Faust; c’est-à-dire qu'il en restera à la première partie; — que plus tard il ait, aussi lui, une seconde partie qui fasse suite à la première, encore par analogie avec le Faust, c’est ce que l’avenir nous apprendra. Il est certain que le nombre de ces «bons Prussiens» diminue de jour en jour. Où est la majorité, dont l’orateur était le chef lui-même comme ministre? (1) Je l'ai déjà dit un jour: si ce parti était plus fort que malheureusement il ne l’est, .on pourrait traiter et s'entendre avec lui.
Au nombre des affirmations combattues par l’orateur, sans que je les aie émises, est celle que la Prusse devrait être séparée de l'Allemagne. Messieurs! Cette séparation, géographiquement déjà, est impossible; un coup d'œil jeté sur la carte suffit pour nous en convaincre. Il n’est question pour l'Allemagne que d’une chose: «Qui doit être le chef?» — ou, comme l’orateur s’est exprimé : «Quel
1 Le Cabinet dont le comte de Schwerin avait fait partie comme
ministre de l'intérieur, s'appuyait sur une majorité dite kbérale qui n'avait pas tardé à se décomposer.
est celui qui doit se fondre dans l’autre?» Mais si les deux grandes puissances (Prusse et Autriche) sont d'accord, comme dans le cas présent, je crois qu'aussi longtemps que l’organisation politique actuelle subsistera en Allemagne, la direction des affaires allemandes leur appartient sans conteste. Il s’agit seulement d'établir avec clarté où est «l'Allemagne», qui est ce qui est « Allemagne», et qu'est ce que l’on entend par «intérêts allemands». A cette question il peut ètre répondu d’une manière aussi complexe sous le rapport des intérêts politiques que le Lied de Moritz Arndt (1) y répond en ce qui concerne la situation géooraphique. | |
Je ne suis pas éloigné d’être sur un point tout à fait d'accord avec l’orateur, en croyant comme lui que nous ne nous trouvons pas au bord d’un précipice, si la Constitution est respectée, mais pourvu qu'elle soit respectée par tous, pourvu qu'elle le soit aussi des opposants, pourvu qu’on ne s'efforce point de lui donner une interprétation dans un sens què la clarté de ses termes ne permet pas d'admettre et qui ne peut se concilier avec le texte publié du Statut prussien, — j'ai commencé, d’ailleurs, par reconnaitre que de votre part, Messieurs (lorateur s'adresse ici au comte de Schwerin et à son parti), rien de tel n'avait eu lieu. .
Quant à la communication que je vous ai donnée hier d'une dépêche, je fais observer que je n’ai pas présenté sous cette forme un programme qui préjugeàt absolument la question de succession; j'ai dit que si la solution, où la majorité de la Diète s'efforce d'arriver, se montre comme n'étant pas possible, alors il serait nécessaire d’en chercher une autre, mais qu'en tout cas on ne peut laisser se rétablir l’ordre de choses qui existait depuis douze ans.
M. le préopinant à conclu d’un mot dit par moi dans la commission, que les États-moyens et les petits États se
Was ist des Deutschen Vaterland? ...
So weit die deutsche Zunge klingt ...
» Quelle est la patrie de l'Allemand? .. Aussi loin que résonne la langue allemande ; . .“
“convaincraient qu'il n’y à point d'intérèts allemands, que par suite ils ne consulteraient plus que les leurs et que ces intérêts particuliers pourraient les amener à chercher l'appui de l'étranger. Messieurs, si ce dernier cas se présentait, peut-être alors reverrions-nous ce que nous avons déjà vu, éest-à-dire que chaque État suivit exclusivement ses intérôts. Reportez-vous à l'histoire, et vous trouverez que le mot dit par moi, si mal qu'il sonne à vos oreilles, est complétement juste; à tous les gouvernements peut s’appliquer ce qu’un des souverains me disait un jour: «Quand je risque tout, la chemise m'est plus près du corps que l’'habit.» Je crois sculement qu’en réalité les intérêts durables des petits États ne les obligent point à s'appuyer sur l’étranser, qu'au contraire les mèmes intérêts leur commandent de s'attacher aux deux grandes puissances allemandes. Ce que je souhaite est que ces États reconnaissent leurs intérèts durables plus clairement, plus nettement, qu'un membre princier du parti progressiste ne le témoignait naguère dans une lettre adressée par lui à Vienne.
Je dois combattre encore une affirmation de l’orateur, lorsqu'il me fait dire que le droit repose uniquement sur les baïonnettes. J’ai dit seulement que dans les conflits européens, pour lesquels il n’y à point de tribunal compétent, le droit ne peut se faire valoir que par les baïonnettes. (!) Si je me rappelle bien, les paroles que j'ai prononcées avaient trait au reproche que le rapporteur, absent pour le moment, avait adressé à M. Pernice (?), qui ne pouvait être là pour lui répondre, — en disant que les opinions de celui-ci étaient d’étroites idées,particularistes; je fis remarquer à ce sujet que faute d’une haute Cour de justice européenne, de semblables vues, quand elles réussissent à avoir
1 Jl est à remarquer que le comte de Schwerin, qui avait déjà prêté à M. de Bismarck la maxime: ,la force prime le droit“, dénaturait encore une fois, d'une manière analogue, d'autres paroles du ministreprésident. (Voir p. ?6.)
? Le Dr Pernice, mort il y a quelques années, était alors recteur de l'Université de Halle, membre de la Chambre des Seigneurs et syndic de la Couronne. Il comptait parmi les notabilités du parti conservateur,
pour elles la majorité des baïonnettes, finissent quelquefois par être victoricuses.
M. le préopinant, dans un autre passage de son discours, à supposé chez le gouvernement, comme motifs de sa manière d'agir, la crainte de la démocratie et la crainte de l'étranger. Je crois que l’orateur me connaît depuis assez longtemps pour savoir que la crainte de la démocratie west inconnue. Si javais une semblable crainte, je ne serais pas 161 à cette place et j'aurais donné la partie comme perdue; — je fais bon marché des mots; ne discutez pas sur des paroles, discutez sur les faits; — non, je ne crains pas un tel adversaire; je crois être sür de le vaincre; et cette conviction que je le vaincrai, je pense que vous aussi, Messieurs, vous n'êtes pas loin de la partager.
Pour ce qu est de craindre l'étranger, je conteste la justesse de l'expression. On peut donner à la prudence le nom de crainte, comme on peut nommer le courage une téméraire légèreté. Le courage a, selon moi, ce caractère, quand on demande à un gouvernement, qui est responsable des destinées d’un grand pays, quand on lui demande, — comme je l'ai entendu de la bouche du rapporteur de la eommis- Sion, — quil fasse prendre les armes à la Prusse mème contre une supériorité de forces paraissant dès l’abord écrasante. Messieurs, ce que ne peut faire un gouvernement, Pindividu le peut, s'il est résolu à risquer sa personne. Un gouvernement n’a pas le droit d'engager sans nécessité le pays dont le destin lui est confié, dans une lutte contre des forces dont la supériorité semble dès l’abord écrasante ; — et en parlant ainsi, je ne veux nullement dire que, dans le cas présent, nous ayons en face de nous des forces si supérieures. En somme, je maintiens aujourd’hui vis-à-vis de vous comme devant votre commission la politique qui réserve sa liberté d'action et le choix, en toute circonstance, de son point de vue.
Le ministre-président de Bismarck reprit une dernière fois la parole pour répondre au député Dr Lœwe (Bochum):
Il se peut qu'il soit utile à l’œuvre oratoire de créer des fictions où l’on prète à l’adversaire des opinions qu'il n’a pas, des paroles qu'il n’a point prononcées, où l’on cite des faits qui n'existent pas; mais il n’y à pas, je crois, de réel avantage à combattre de telles fictions avec laccent d’une conviction profonde et d'une indignation morale; cela ne servirait qu'à augmenter la valeur littéraire des élucubrations qui se produisent ici. M. le préopimant a terminé en parlant de la Confédération du Rhin comme de quelque chose d’existant, et que notre politique aurait créé. Je puis vous dire pour vous tranquilliser que nous sommes d'autant plus éloignés d'une telle création, en ce moment, — je ne puis prévoir l'avenir et ne parle que pour le présent, — d'autant plus éloignés que nos rapports avec nos confédérés allemands, à l'exception de quelques-uns des États les moins considérables, sont d’une nature satisfaisante, et qu'il en est de même de nos relations avec l’État au profit duquel la Confédération du Rhin pourrait ètre créée. Ainsi cette fiction de laquelle on se fait une arme contre le ministère comme pour lui porter un coup mortel, tombe d'elle-même.
Que dire ensuite, quand on nous met en parallèle avec d'autres personnalités qui n’ont aucune analogie avec nous, et qu'on nous prète un système politique qui n’est pas le nôtre? Deux fois le préopinant à prononcé avec une emphase particulière les noms de Wéællner et Bischofswerder (!), comme sil nommait des membres du ministère actuel et comme si combattre leurs tendances équivalait à combattre le Cabinet. Ce sont là des expédients oratoires qui, employés par un orateur aussi exercé, peuvent,
1Woœællner, ministre des cultes sous le règne de Frédéric-Guillaume IT; mort en 1800 — Bischofswerder, ambassadeur de Prusse à Paris, sous le même règne; mort en 1803.
Tous les deux eurent une grande influence dans les conseils de la
Cour de Prusse et combattirent énergiquement les principes de la révolution française,
il est vrai, aider à l'effet de son discours; mais je pourrais de même, avec tout autant ou tout aussi peu de raison, comparer cet orateur à Marat ou à Robespierre, pour l’attaquer, en me déchaînant contre tous les maux de la première révolution française. J’y serais autorisé tout aussi bien qu'il l’est à faire ses citations. L’orateur à prétendu que dans une dépèche adressée par moi l'an passé au Cabinet de Vienne, j'aurais relégué les Autrichiens à Bude-Pesth en Hongrie. Ceci est une preuve certaine de la légèreté avec laquelle on parle de pareils documents, sans qu'on se soit donné la peine de les lire. Il n’y a pas un mot de cela dans la pièce en question. Cette dépèche n’était qu'une tentative pour amener entre l'Autriche et nous l'entente où nous sommes maintenant arrivés. |
Ensuite, l’orateur à recommandé derechef l'adoption du système scandinave. C’est une ingénuité particulière à ceux dont la politique n'est pas le métier, d'alléguer à la tribune ce qui rend radicalement impossible la combinaison qu'eux-mêmes ils recommandent et ce qui détruirait la confiance que l'autre partie pourrait avoir en cette combinaison. Le préopinant fait justement la politique qui est exigée de moi, sil faut que je parle ouvertement ici des affaires les plus intimes des Cabinets, — quand il dit que nous pourrions, l’occasion se présentant, reprendre le Jutland à la Suède; nous l’aurions ainsi donné à celle-ci avec l'intention de le lui reprendre, mais nous l’avertissons préalablement que nous voulons lui faire pièce. De pareilles choses en effet ne sont pas sans exemple. Mais quand on veut faire de la politique de ce genre, on se garde du moins de la trompeter à la tribune.
D'autre part, — et je vous prie de donner du poids à ces paroles, — je n'ai pas recommandé l’alliance des grandes puissances allemandes comme base de l'unité politique de l'Allemagne, — chacun conçoit que n’est pas ainsi qu'on atteindra ce but, — mais comme la seule base possible de l'union allemande. Tant qu'il y aura plusieurs États en Allemagne, cette alliance des deux grandes puissances
est le seul moyen de maintenir l'accord entre tous ces États; et lorsque l’orateur déclare, avec le pathos qui lui est propre, qu'en ce qui concerne la Confédération, il ne faut pas verser l’eau sale avant d’avoir de l’eau propre, je lui fais observer que e’est précisément parce que nous ne voulons pas verser cette eau qui a été rendue trouble non pas par nous, mais par d'autres, que nous regardons l’umion des deux grandes puissances comine nécessaire; car comment obtenir le bon accord des États confédérés, si les deux plus puissants d’entre eux vivent dans la discorde? Aïnsi l’orateur, en citant ma dépèche qui prévoit de trop loin la destruction de l’ordre de choses existant, aurait dû en inférer le contraire de ce qu'il en à conclu.
Je reviendrai aussi sur une assertion précédente, que javais oublié jusqu'ici de relever. Nous sommes rendus responsables de quelque chose qui à paru dans la presse officieuse. Messieurs, il n’y à pas de presse officieuse. La première chose que j'ai faite lorsque je suis entré au ministère, Ga été d'abolir cette presse; j'ai trouvé vicieux ce système de publicité qui pouvait rendre le gouvernement responsable de chaque phrase de la Gazette de l'Étoile (1). Cette feuille n'était ainsi qu'un Moniteur délayé. Un pareil organe était inutile. Quand le gouvernement veut s'adresser au public, sous sa responsabilité, 1l a le Moniteur, ce . qui ne lui interdit aucunement d’ailleurs de se faire défendre par d'autres feuilles, si celles-ci ont l’obligeance de mettre dans ce but à sa disposition une certaine étendue de papier blanc, et sans que le gouvernement prenne pour cela la responsabilité des articles qui figurent à côté de ceux inspirés par lui.
M. le préopinant nous à reproché, tout aussi vertement que M. le député Waldeck, des tendances de hobereau, et M. Waldeck estime que la première tâche et la plus importante de la royauté prussienne, c’est de combattre l’élé-
1! Feuille officieuse, sous le ministère précédent; elle cessa de paraître très peu de temps après la chute de ce ministère,
ment-hobereau. Messieurs, qu'entendez-vous proprement’ par ce mot-là (Junkerthum)? Je ne veux pas en pousser trop loin la définition, mais je crois qu’on ne peut en séparer l’idée ou d'orgucilleuses prétentions à l'influence et à la domination, qui ne sont pas fondées légalement, ou d’un abus des privilèsges que l’on possède en vertu de la loi; dans ce sens nous avons aussi le hobereau parlementaire. Les castes sont périssables, elles disparaissent et il s’en crée de nouvelles, — et s’il s’est formé, comme je le prétends, un tel élément-hobereau parlementaire, je pense que le combattre doit être aussi un des devoirs les plus essentiels de la Couronne de Prusse.