LA PRUSSE ET LE CONSEIL FÉDÉRAL
de la Prusse. Mais exercer une simple pression, qui püt seulement toucher au sentiment intime de dignité des gouvernements nos confédérés, — je ne considère pas la question qui nous occupe, dans son état inoffensif actuel, comme assez importante pour motiver un pareil mode d’action de notre part.
Un discours du député de Hennig rendit nécessaires des explications sur la situation et le rôle de la Prusse dans le Conseil fédéral. — Le comte de Bismarek reprit la parole:
Il me semble que M. le préopinant — avec lequel je désire être constamment d'accord — n’a pas bien compris mes observations au sujet des égards que j'ai dit avoir pour le Conseil fédéral. C’est ce qui m'engage à reprendre la parole. Le Conseil peut certainement approuver le projet, et je n'ai pas nié que, si la Prusse l’approuvait également, il ne füt possible pour nous de le faire accepter. Ce dermer résultat est même vraisemblable. Je me suis borné à prétendre qu'il n'était pas opportun de faire usage en ce moment des voix dont nous disposons; j'ai ajouté que mes idées sur la politique fédérale — et je n’agis que d’après ces seules idées — s’opposaient à ce qu’on essayât de former une majorité pour décider la question. Ma tâche, Messieurs, serait très simplifiée et beaucoup plus agréable si la politique fédérale se réduisait à voter dans le Conseil, à compter les voix, à dire à la partie qui en aurait eu 22: «vous avez raison» et à celle qui n'en aurait réuni que 21: «vous avez tort», à essayer enfin de rallier aux dix-sept voix de la Prusse les cinq nécessaires pour avoir la majorité. Mais les choses se passent autrement. La résistance de chaque gouvernement est limitée sans doute par cette possibilité du vote sur la mesure en discussion; mais entre gouvernements souverains confédérés on ne procède pas comme entre députés; l’on ne se sert qu'avec ménagement de cette arme qui s'appelle majorité, et je crois que la politique fédérale y trouve avantage. Avant tout, nous cherchons à convaincre nos confédérés et à nous mettre d'ac-
cord avec eux; si les opposants sont de poids, nous négo- “ions, nous concédons autant que possible, et ce n’est qu’après avoir atteint la limite extrème des concessions que nous allons aux voix. Il arrive souvent alors que dans certaines matières la minorité est très nombreuse et que la Prusse doit faire usage de ses dix-sept voix sans plus tenir compte des avis d'adversaires qu’elle n'a pu convaincre. Mais je ne crois pas que cette façon doive toujours et indistinctement être employée; la Confédération n’y gagnérait rien en solidité; bien plus son agrandissement se trouverait par là même déclaré impossible.
Je suis convaincu que l’orateur auquel je réponds agirait en cela comme moi sl était à ma place. Sa responsabilité et sa connaissance des questions ne lui permettraient pas de s’en tenir au règlement et de demander la clôture et la mise aux voix. Mème quand il s’agit de choses si importantes que je ne me fais aucun scrupule de les faire accepter par la majorité, parce que, selon moi, elles intéressent la sûreté et le développement de l'Allemagne auxquels il est du devoir des autorités fédérales de veiller, — alors même, de longs débats dans les Commissions peuvent avoir lieu avant que nous nous décidions à recourir au vote. Mais employer ce moyen pour la question présente, ce ne serait pas, à mon sens, de la bonne politique fédérale. Quant à savoir si cette question rentre dans la tâche fédérale, comme on à eu primitivement en vue de la fixer, là dessus les avis peuvent différer. Pour moi, je le répète, je suis fermement décidé à suivre en cela mes propres idées, et à n'agir ni d'après celles des autres ni d’après celles de la majorité elle-même. Vous me trouverez toujours poli, mais inébranlable dans mes convictions, quand je croirai que la solidité de la Confédération et l’heureux développement qu'elle à pris jusqu'à présent pourraient avoir le moins du monde à souffrir. J’insiste sur ce point: dès que la question aura subi l'examen du Conseil fédéral, dès que les g'ouvernements dont je tiens à respecter l'autonomie, auront renoncé formellement à toute opposition, dès, enfin, que le