‹ Les discours de m. le comte de BismarckChapitre 106 sur 138 · FINANCES FÉDÉRALES · texte numérisé non relu

FINANCES FÉDÉRALES

tie par les votes de ceux sur l'appui desquels nous comptions.

La suite de ce refus est que dans tout l'organisme financier de la Confédération de l'Allemagne du Nord, aussi bien pour ce qui est des finances de l'État fédéral que de celles des divers pays. il s’est produit des embarras et des souffrances auxquels il faut mettre fin d’une manière quelconque. Sinon, ces difficultés conduisent forcément à des réductions sur les dépenses, d’abord sur les dépenses utiles, puis sur les dépenses nécessaires elles-mêmes. Nous ne pouvons, en effet, ni ne voulons dépenser plus d'argent que vous ne nous en accordez. et, le voudrions-nous, nous ne le pourrions pas. Suivre un système qui vit continuellement sur le capital, cela s'appelle pour moi tuer la poule aux œufs d’or, et à un tel système je ne peux en aucun cas prêter plus longtemps mon nom.

Ce n’est pas le besoin d’amasser dans les caisses de l'État, comme peut-être l'ont eu les administrations financières des siècles passés, mais la nécessité de continuer des dépenses utiles et nécessaires, qui amène nos demandes d'argent. Si les dépenses faites jusqu'à présent doivent ètre encore regardées comme utiles, vous le déciderez en accordant les fonds demandés; mais ce que vous n’exigerez pas de nous, c’est que nous fassions ces dépenses si vous nous mettez, en nous refusant les moyens, dans l’impossibilité de les faire.

L’élévation de l'impôt sur les boissons alcooliques nous fournira-t-elle des ressources justement dans la mesure que nous l’avions cru, et avant tout consentirez-vous à cette élévation? — je l'ignore; mais c’est pour nous une affaire de conscience, lorsque nous nous trouvons vis-à-vis du prochain budget avec un déficit, de pouvoir nous dire: nous avons frappé à toutes les portes où nous pouvions espérer de laide, mais ces portes ne nous ont pas été ouvertes; — et ce n’est pas une réponse que de nous dire: «Vous auriez eu sans doute de l'argent, si vous aviez fait porter votre demande sur telle ou telle matière imposable, mais

le tabac, le pétrole, c’est tout autre chose, là dessus nous ne pouvions rien accorder, cela nous était impossible.» — Ce qui explique la variété des projets d'impôts que nous vous apportons, c’est précisément l'envie que nous avons de ne faire tort à aucune classe, à aucune branche d’industrie, en la surchargeant. Ki tous les projets d'impôts que nous présenterons étaient approuvés dans la mesure désirée par nous, peut-être aurions-nous plus d'argent que nous n’en avons besoin en ce moment, mais pas plus que nous n’en pourrions toujours employer utilement dans l’intérèt général. Je ne suis pas d'avis pourtant qu'on exagère en ce sens là; suivant moi, au contraire, et en principe, pour tout ce qui n’a pas absolument besoin d’être soutenu par les forces générales de l’État, mieux vaut toujours que l'argent reste dans la poche du contribuable; il y trouve, — quand le gouvernement a la possibilité de l'y laisser, — son emploi le plus fécond. Mais il y a maintes et maintes branches de la prospérité publique dont l’entretien, dans une certaine mesure au moins, reste au dessus des forces particulières et ne peut être assuré que viribus unitis. C’est pour cela que les impôts sont nécessaires, et personne assurément plus que moi ne regrette que la diminution des recettes, que l’augmentation des besoins de l'État, par suite de la situation générale de l'Europe, nous mettent dans l'obligation de faire appel à la bourse des contribuables. Il est généralement peu agréable de demander de l'argent, mais cette demande ne me répugne en aucune façon quand je la fais pour ’le bien du pays. Vous indiquer d'avance de quelle manière, par quels moyens cet argent doit être obtenu, quelles sources vous devez précisément nous ouvrir, je n'ai point cette prétention, et je ne préjuge rien à cet égard. Si vous connaissez des sources auxquelles on puisse recourir en portant moins atteinte à la prospérité du pays, en chargeant moins telle ou telle classe de citoyens, en étant moins injuste dans la répartition, vous nous trouverez on ne peut mieux disposés à écouter tout conseil qui aura quelque chance d'être ap-

prouvé par la majorité d’entre vous. Ce que je souhaite seulement, c’est que dans nos discussions nous nous abstenions du ton un peu tranchant qu'a pris M. le préopinant.

Croyez que pour nous et pour moi en particulier, — qui, en face d’un adversaire n'ai pourtant pas cette espèce de timidité, — que pour moi il m'est tout à fait pénible de m’entendre dire : «si vous avez besoin de quelque chose, adressezvous à vos amis, parce que vous trouverez chez eux moins de résistance, parce qu'ils se laisseront arracher des plumes

en criant moins haut que les autres». — Cette considération est celle précisément, — et pour des motifs que je n'ai pas besoin de développer davantage, — qui à rendu ma

tâche fort peu agréable, lorsque j'ai dû donner mon approbation à cet impôt. Que le préopinant en soit bien persuadé: si, en fin de compte, après un examen attentif des faits, et après m'être aidé des conseils de financiers, non seulement de la Prusse, mais encore des États confédérés, j'ai donné mon consentement au projet de loi, je lai fait dans la pleine conscience de ma responsabilité, de ma responsabilité personnelle en cette affaire, — mème vis-à-vis de

mes amis, — et que je suis décidé à assumer réellement cette

responsabilité et à ne pas la laisser derrière les coulisses.

Débats sur l'arrestation du deputé Mende, — Ce député démocrate-socialiste, chef d’une des sectes lassalliennes, avait été arrêté à Gladbach, le 25 avril 1869, Ses coreligionnaires socialistes au Æeichstag (:) firent une motion, dans la séance du 28 avril, pour obtenir la mise en liberté du détenu. Le docteur de Schweitzer (chef de l'Union ouvrière allemande) soutint et motiva cette motion. — Le Chancelier fédéral prit ensuite la parole.

Je suis convaincu avec M. le préopinant que les. intérêts de l'intégrité de cette assemblée, que les intérêts de la

1 Au nombre de quatre.

législation fédérale sont d'une nature plus élevée et d’un poids plus grand que les intérèts locaux de l'Administration et de la Justice, du moins par rapport à l'affaire présente et à son importance, — seulement, j'aurais bien désiré que M. le député Mende se füt mieux pénétré lui-même du principe que M. le préopinant représente dans cette assemblée, et qu'il eùüt préféré défendre les intérèts des ouvriers, ici, sur le terrain législatif, plutôt qu'à Gladbach sur le terrain de l'agitation; j'aurais vivement désiré qu'il eùt mieux aimé débattre avec nous les difficiles questions du règlement industriel, qui ces jours-ci précisément concernaient surtout les ouvriers, que de se faire à Gladbach le pacificateur d’aœents de police turbulents (1).

Il semble d’après les communications qui viennent -de nous être faites par M. le préopinant, que la mission de M. le député Mende serait plutôt en effet de prendre part à nos discussions que d'aller porter témoignage devant le tribunal de Gladbach. Cependant je dois pour cette appréciation m'en remettre au sens politique de la haute assemblée, à son sentiment de la justice. Il n’est pas douteux que la motion n'ait pu êtrce:faite constitutionnellement, de inème que l'assemblée à constitutionnellement le droit de prendre une décision à cet écurd. Comme représentant des gouvernements je ne puis que souhaiter naturellement que cette assemblée, la première de toutes dans l’Allemagne du Nord, témoigne elle-mème qu’on ne sert point la cause des ouvriers par des agitations tumultueuses, tandis qu’on lui est infiniment plus utile en prenant part ici aux travaux parlementaires. |

Je considérerai le verdict de la haute assemblée comme un témoignage rendu sur cette question, mais non pas, en aucun Cas, comme un jugement exprimé sur le degré d'énergie que les gouvernements et surtout la Présidence, — car éest à elle que le devoir incombe de veiller au maintien des lois, — doit mettre à les faire exécuter. Les gouvernements ne

1 Suivant la version de M. de Schweitzer.

failliront pas dans l’accomplissement de ce devoir, dût même votre décision, dans la question présente, le Icur rendre plus difficile. -

M. le préopinant a donné certaines explications des faits. Si j'étais certain que la haute Chambre ne prit pas dès aujourd’'hui une résolution décisive sur la question, je réserverais encore par devers moi ce que je puis dès à présent opposer aux assertions de l’orateur, car j'en suis réduit jusqu'ici aux Communications des autorités administratives, et, du côté de la Justice, c’est ce matin seulement que j'ai reçu de M. le premier procureur du Roi Vierhaus, à Düsseldorf, un rapport provisoire qui contient tout à fait les mêmes détails, plus abrégés seulement, que ceux, me dit-on, qui vous ont été communiqués, Messieurs, au commencement äe la séance, par M. le Président. Mais je suis obligé de mettre en regard des communications qu'on nous à données ici, et qui

proviennent, — comme M. le préopinant l’a fait entendre, — d'une correspondance particulière digne de foi, -— de

mettre en regard, dis-je, de ces informations, d’autres renseignements fournis uniquement, 1l est vrai, par des autorités administratives, par des fonctionnaires de ce mème État, dont les institutions dans leur ensemble paraissent à M. l’orateur si suspectes, si douteuses ct si fausses, c’està-dire de l'État prussien, — mais je donne ce que j'ai. La première information nous à été fournie par un télégramme du landrath de Gladbach, — ainsi conçu :

« Hier soir, ici, grand tumulte à la suite de la « dissolution d’une assemblée où assistait le député «Mende. Des pierres et autres projectiles jetés à «la police; ensuite la police ecrnéc dans le local, «lequel démoli. Un gendarme grièvement blessé «d’un coup de couteau. Ce matin, 4 heures, Mende «arrêté, mené devant le premier-procureur. Assem- «blée annoncée pour aujourd'hui sur le territoire

« d'Odenkirchen. »

J'ai aussitôt, en considération de la qualité de M. Mende

comme membre du Reichstag, demandé télégraphiquement que l’on fit parvenir le plus tôt possible à la Chancellerie fédérale toutes les informations que l’on aurait ultérieurement recueillies. Mais, à mon sens, les communications décisives pour juger cette affaire ne peuvent être fournies que par la Justice. — Un autre télégramme, du 25, dit:

«La nuit dernière, troubles d'ouvriers à Glad- «bach par suite de la dissolution d’une assemblée «tenue par Mende. Un gendarme grièvement blessé. «Police cernée. Deux compagnies de Düsseldorf «consignées, pour intervenir. »

Mais on n’a point eu recours à ces troupes, les autorités étant parties de ce principe très juste qu'il ne faut faire intervenir les militaires qu'au moment où l'emploi 1mmédiat de la force armée est inévitable. — Après ces deux télégrammes vient la première communication écrite; c'est un rapport sommaire du président de la régence de Düsseldorf, qui s’en réfère aux informations déjà données par le télégraphe, et ajoute :

«Comme le principal meneur, Mende, député au «Reichstag, qui à été pris en quelque sorte in fla- «granti, ne sera point relâché par l'autorité judi- «claire d'iti, tant que le Reichstag ne le réclamera «pas, j'espère qu'aujourd'hui la soirée se passera «sans troubles et qu'il n’y aura pas besoin de s’in- «terposer de nouveau, militairement surtout. »

Cette prévision s’est justifiée. Les arrestations ont essentiellement contribué à ramener le calme; seulement, outre M. Mende, on a dù malheureusement arrêter aussi un certain nombre d'ouvriers, sans doute pères de famille, qui souffriront beaucoup plus de l’emprisonnement et de ses suites que M. Mende n'en pâtira lui-même, et il me semble que si j'étais à la place de M. Mende, j'éprouverais le besoin de partager le sort de ces ouvriers et de ne pas séparer ma cause de la leur.

Un autre rapport un peu plus détaillé, adressé au Président de Régence Kühlwetter à Düsseldorf par un fonctionnaire de Gladbach, relate ainsi les faits :

«.... On commença donc par annoncer une as- «semblée. Mende parla sur la question sociale et fit «observer qu'elle devait être résolue ou pacifique- «ment, ou, - si l’on échouait dans la voie pacifique, «— avec toutes les horreurs de la révolution. Il «déclara vouloir (lui et ses amis) la solutiou paci- «fique; mais pour cela, l’état de choses actuel doit «être changé; ceux qui fournissent le travail, a-t-il «dit, et les travailleurs eux-mêmes vivent dans l’in- «juste; seulement ce sont les patrons qui commet- «tent l'injustice, et les ouviers qui en souffrent. Il «ajouta qu'à Gladbach on cherche à porter atteinte «au droit de réunion; qu'il était venu ici tout ex- «près pour défendre devant le tribunal de Düssel- «dorf les droits des ouvriers, et que partout il plai- «derait la même cause ....»

Rien n'indique jusqu'ici, dans les pièces que nous avons reçues, qu'un témoignage à donner en justice, ou qu’un procès pendant aient motivé la présence de M. Mende à Gladbach. De ce passage du rapport que je viens de lire, je puis conclure que M. Mende se propose seulement de plaider en général pour les ouvriers dans tous les procès qui surviendront quelque part; — ce qui me fait regretter de nouveau que ce député ne soit pas venu partager et aider nos travaux dans cette enceinte, où nous plaidons, nous aussi, pour les droits des ouvriers en discutant la loi sur l'industrie.

Je continue la lecture du rapport :

«Dans l'Etat (a dit encore M. Mende), les choses «partout sont malheureusement ordonnées de telle «sorte qu'on ne saurait se mouvoir sans se heurter

«à quelque loi. De quelque côté qu'on porte ses re-

«gards, on ne voit que surcharge et oppression. «Mème pour la bourgeoisie le poids de ces charges «commence à devenir insupportable. D'où vient cet «excès de charges, chacun le sait: la première «cause, ce sont les grandes armées permanentes. «Plusieurs centaines de milliers d'hommes sont te- «nus pendant trois ans sous les armes aux frais du «peuple; la première année, on les exerce; les deux «années qui suivent, ils sont promenés çà et là, «menant une vie de fainéants aux dépens du peu- «ple ...» — A ces mots, le commissaire de police «s’est levé et a déclaré l’assemblée dissoute. Sur «quoi, plusieurs verres ont été lancés immédiate- «ment contre la personne du commissaire, tandis «que Mende, protestant avec énergie contre la dis- «solution de l’assemblée, disait au commissaire qu'il «n'avait pas le droit de dissolution et que lui, «Mende, connaissait mieux les lois que le commis- «saire de police ....»

Ceci n’est pas impossible; j'accorde volontiers que dans l'éducation scientifique des officiers de police il peut y avoir parfois quelques lacunes, et si peut-être M. le préopinant a fait sa motion pour que les dits officiers soient désormais soumis à des examens plus sévères, on peut à ce point de vue la prendre en considération; mais nous ne sommes pas en état de l’exécuter dans la pratique; nous ne pouvons pas faire surveiller les assemblées publiques par des juges du tribunal, versés dans l’étude des lois et aptes à prononcer un jugement. Ainsi on n’a que le choix entre ces deux termes: ou supprimer toute surveillance, ou laïsser la dissolution de ces assemblées à la discrétion des agents de la sûreté publique, — tels que nous les avons.

«La foule qui commençait à se retirer fut enga- «gée ainsi (par cette protestation) à rester, ou plu- «tôt à revenir. En mème temps des douzaines de «verres, de chaises et autres projectiles furent lan-

«cés à la tète du commissaire de police et de ses «agents, et ceux-ci alors firent usage de leurs ar- «mes . +. »

Usage qui s’est réduit en somme aux coups maladroits qu'un gendarme, selon le récit du préopinant, a portés en l'air. Sans doute, cet homme, comme c’est l'usage malheureusement de notre police débonnaïre, aura dégaîné beaucoup plus tôt quil ne voulait frapper; il se servait de son arme, pour effrayer les gens, tandis que dans d’autres pays règne une méthode qu’on devrait prendre pour exemple, celle de ne tirer son arme qu'à l'instant mème où l’on doit en faire usage.

«Le commissaire de police se vit plusieurs fois «serré de près; le gendarme Behren fut blessé griè- «vement, et tous les agents de police, à l'exception «du commissaire, reçurent des contusions plus ou «moins graves. Mende alors parait avoir exhorté «les sens à se retirer, et être parvenu, non sans «peine, à les faire sortir de la salle; mais cette «foule surexcitée stationna dans la cour et devant «la maison pour assaillir, comme on le disait tout «haut, les employés de police qui étaient restés en «arrière. D’après les renseignements qui nous sont «parvenus, c'eût été un acte de témérité si ces «quelques agents avaient voulu s’avancer contre les «milliers d'individus amoncelés qui entouraient le «local de l'assemblée. Dans toute la maison les « carreaux des fenêtres ont été cassés par la foule .. .»

Le rapport dit par la foule; M. le préopinant à prétendu que ces dégâts ont été commis par la police; il ressort cependant de la relation-des faits que la police se trouvait dans l’intérieur de la salle, et si toutes les vitres ont été cassées du dehors, il est difficile de mettre ceci à la charge de la police. Je n'ai jamais vu, en somme, que les

gendarmes, qui sont pour la plupart des hommes d’un âge 18*

mür, prissent plaisir à braver la foule par des manifestations violentes de cette espèce.

«Le secrétaire du Cercle, Weber, m'a rapporté «que les choses ont été poussées si loin qu'il essaya «de sortir du local pour télégraphier, — comme :1l «l’a fait ensuite, — à M. le président de la Ré- «gence. Le bourgmestre et le landrath qui s'étaient «transportés sur les lieux au commencement du «tumulte, ont été atteints par des pierres. Ce n’est «que vers 2 heures de la nuit que la foule se dis- «persa. Mende, le député au Reichstag, fut arrêté «vers 4 heures et mené devant le premier procu- «reur du Roi à Düsseldorf. Dans mon opinion, «les troupes qui se trouvent ici suffiront pour ces «jours-e1... ete.»

Enfin j'ai reçu aujourd’hui, avant la communication que m'a faite M. le ministre de la Justice, une note de M. le président Kühlwetter, où il apprécie la situation de l'affaire au point de vue de la Justice; il dit:

«Les charges contre Mende sont:

1° perturbation de la paix publique (art. 100);

20 outrages aux institutions de l’État (art. 101);

3° provocation, suivie d'effet, à la réstance con-

tre la police et à la sédition (art. 91, 2).

«Après la dissolution de l’assemblée il à déclaré «tenir pour illégal ce qui se passait, ct sur sa pro- «testation à commencé l'attaque provoquée par lui. «L’'exhortation faite ensuite à la tranquillité n’est «qu'un masque habituel en pareil cas.

«Pour la paix publique il importe que son ar- «restation soit maintenue; Mende a été condamné «déjà, tout récemment, par le tribunal supérieur «pour n'avoir pas tenu compte d’une dissolution «d’assemblée prononcée par la police.»

Messieurs, c'est là tout ce que je puis vous communi-

quer comme faits. Vous m’approuverez, je pense, de ne pas entrer dans l'examen des autres assertions de M. le préopinant, qui vous ont déjà paru à vous-mèênes dépasser les limites, sinon de ce qui est permis, du moins de ce que vous pouvez désirer pour la discussion présente; et je me tiendrai exclusivement sur le terrain du fait. Je n’ai rien à dire de plus ici, et rien autre chose à demander, si ce n'est que la Chambre, après un examen paisible de l'affaire, juge si la place que M. Mende occupe parmi vous, restant inoccupée, 1l y aurait là un préjudice plus grand ou moindre pour la chose publique que celui qui pourrait résulter d’un vote de la Chambre amenant la mise en liberté de M. Mende, — c’est-à-dire des fausses conséquences qu’on en tirerait dans le pays, où peut-être votre décision, prise uniquement au point de vue politique et constitutionnel, serait interprétée aussi comme un jugement anticipé sur la question juridique en cette affaire. Pour s’éclairer, la Chambre désirera sans doute puiser à d’autres sources d’informations que les miennes. Je puis seulement promettre de hâter l’arrivée des renseignements qu'il m'est possible d'obtenir et de communiquer sans retard tous ceux que je recevrai à M. le président, de sorte que vous puissiez en prendre connaissance pour vous former un jugement.

La Constitution du Mecklembourg. — Plusieurs pétitions avaient été adressées au Reichstag par des habitants du Mecklembourg demandant l'intervention du pouvoir fédéral pour amener une réforme de la Constitution de leur pays.

La commission chargée de l'examen de ces pétitions proposait, — en s'appuyant sur le 2ème paragraphe de l’article 76 du Statut de la Confédération, — le renvoi au Conseil fédéral.

M. de Bulow, commissaire fédéral du Mecklembourg, contesta que le Reichstag fût compétent dans la question.

L'ordre du jour pur et simple ayant néanmoins été rejeté, le comte de Bismarck prit la parole et prononça le discours suivant :

Je ne me crois pas autorisé à exprimer 1c1 publiquement mon opinion personnelle, en anticipant sur l’examen de la question qui, prochainement sans doute, aura lieu dans le Conseil fédéral. Je croirais manquer d'égard envers les gouvernements et envers mes collègues du Conseil fédéral si je n’attendais pas l'effet que leurs opinions, exprimées dans une discussion au sein de ce Conseil, pourront avoir sur mon propre jugement. Si je prends néanmoins la parole, ce n’est point pour me prononcer au fond sur la question de compétence, ou sur la question de droit; tout au plus m'inscrirai-je contre la conclusion qu'on pourrait tirer du silence des gouvernements et.du Conseil fédéral, c’est-à-dire contre l'hypothèse que pour eux la question de compétence est déjà résolue, puisqu'ils se taisent en présence de la résolution que vous adopterez probablement comme votre commission l’a présentée, résolution impliquant en soi que l’article 76 (1) est reconnu applicable au cas présent. J’éprouve surtout le besoin, — mu par l'intérêt que je porte à notre développement constitutionnel dans la Confédération, comme dans chacun des États en particulier, — de témoigner les impressions personnelles vivement ressenties par moi, lorsque j'examine les motifs sur lesquels s’appuie la pétition qui vous est soumise aujourd'hui. Sincère partisan comme je suis du développement constitutionnel et de sa continuité dans toute notre patrie, c’est toujours avec un certain sentiment de déplaisir que j'entends discuter sur la lécitimité d'origine d’une Constitution virtuellement existante.

Combien y a-t-1l dans notre patrie de Constitutions, je ne dirai pas qui soient, sous ce rapport, tout à fait irréprochables, mais dont l’origine, au point de vue du droit, n'ait été attaquée de quelque côté, et contre laquelle des protestations n'aient été élevées soit formellement, soit par une abstention persistante dans les élections, soit de toute

1 L'article 76 de la Constitution défère au Conseil fédéral les différends qui pourraient survenir entre les divers Etats confédérés.

autre manière? Si nous voulons remonter ainsi aux origines constitutionnelles, nous ébranlons les bases de notre droit politique d’une façon qui ne peut que nuire à notre développement, et je ne crois pas que les Anglais, d’un esprit si pratique, aient jamais fait cette recherche de la paternité et de la légitimité de leur Constitution. Ils se contentent de ce qu'elle est en vigueur.

On allègue en outre à l'appui des pétitions que l’ordre de choses actuel dans le Mecklembourg n’est pas complétement homogène avec l’ensemble des institutions fédérales et leur développement. Oui, Messieurs, je crois en effet que les Mecklembourgeoïis de toutes classes, que le gouvernement du Mecklembourg lui-même ne le contestent point: cette homogénéité si désirable n'existe pas généralement chez eux. Mais à cet égard je vous prierai de laisser un peu aux influences salutaires le temps de s’exercer, surtout lorsque vous voyez qu'il y à bonne volonté et que les difficultés sont singulièrement grandes. Quand une Constitution s’est incarnée depuis un siècle et plus dans un pays, on ne s'en défait pas comme ou dépouille un vètement; elle est devenue pour ainsi dire une peau qui ne doit être détachée que par la main prudente du médecin, si l’on ne veut pas que la santé du corps en soit altérée. Et j'arrive ainsi à un second point sur lequel mon intention est de rendre un témoignage devant cette assemblée, je veux parler de la confiance et de la gratitude, avec lesquelles je considère la situation que $S. A. R. le grand-duc de Mecklembourg-Schwerin a prise vis-à-vis de l’État fédéral, aussi bien lors de la création de notre Statut que dans ses développements ultérieurs. Cette confiance m'autorise à espérer que l'influence salutaire du temps n’agira pas trop lentement, et que nous ne perdrons rien, si nous lui laissons autant de latitude que possible, si nous ne décourageons pas le bon vouloir qui nous est témoigné de ce côté, — en répondant à chaque preuve donnée de cette bonne volonté par de plus grandes exigences. Un effort, si sincère en principe et si franc qu'il soit dans lin-

tention, a besoin, je puis dire, d’être encouragé par un certain degré de reconnaissance. C’est d'autant plus un devoir pour moi d'exprimer cette gratitude que j'ai été à même, dans ma situation, de reconnaître et d’attester avec quelle bonne volonté patriotique $. A. R. le grand-duc de Mecklembourg-Schwerin à accueilli et accepté notre développement national. M. le préopinant a dit que le Mecklembourg aurait été tout particulièrement en état de créer des difficultés à l'établissement de la Constitution fédérale. Il a appuyé cette assertion, à laquelle, pour ma part, je ne veux point me rallier, en arguant de la situation géographique du Mecklembourg. Je ne saurais imaginer qu'aucun Mecklembourgeois, si conservateur qu'il soit, ait pu se familiariser avec cette idée de vouloir, par la raison qu'il est riverain de la mer Baltique, séparer ses destinées de celles de la patrie allemande. La force du Mecklembourg sortait d’une tout autre source; elle venait de la bonne volonté sans bornes avec laquelle $. A. R. le grand-duc avait secondé la cause de la Prusse et de l'Allemagne.

Nous avions été en guerre avec quelques-uns de nos confédérés actuels de l'Allemagne du Nord; le développement de la Constitution fédérale s’offrait naturellement comme objet de la négociation de paix. Dans cette occasion plusieurs de nos autres confédérés nous ont appuyés de telle sorte qu'il n’est pas résulté, de notre part envers eux, une obligation morale particulière, un vif sentiment de gratitude particulière pour la réserve passablement froide avec laquelle ces confédérés dont je parle ont concouru à notre développement. Tout autre a été l'attitude du Mecklembourg. Par son importance propre et l’activité de son concours, Mecklembourg-Schwerin se place au premier rang de ceux de nos confédérés qui dès l’origine se sont dévoués sans réserve à notre développement et ont, au péril de leur propre existence, tout fait pour le rendre possible. Le Grand-duc n’a pas attendu que les dés eussent décidé la partie en faveur de Ia Prusse. Au premier jour, et avec toutes ses forces, — sans se laisser effrayer par l'exemple

d’un de ses ancêtres au temps du duc de Friedland (1), — il s’est rangé avec nous et a pris part effectivement à la lutte. Que serait-il donc arrivé, si cet allié fidèle, notre compagnon de victoire, nous eût dit: «Non, je ne veux pas «(votre constitution fédérale); faites ce que vous voulez, «mais je ne peux pas accepter cela?» Contre le Mecklembourg, notre loyal allié, aurions-nous pu user de violence? Est-ce que, s’il avait cherché une défaite, est-ce que les raisous que le Grand-duc aurait pu tirer et déduire de l’ordre de choses existant dans son État, de l'opposition possible que soulèveraient les organes constitutionnels du Mecklembourg, des droits appartenant à la Diète de ce pays, du maintien même de la Constitution locale qu'il a remise en vigueur en la sioenant de son nom et en s’engageant personnellement à l’observer, — est-ce que de telles raisons n’eussent pas été presque sans réplique, dès que le Grand-duc eût voulu s’en faire un prétexte? Mais toute tentative semblable à été bien éloignée de la pensée de ce Prince; il est entré alors dans les idées de notre Confédération avec une bonne volonté qui mérite, je le répète, la plus vive gratitude. Pourquoi ne continuerait-1l pas à marcher dans cette voie, maintenant que sa tâche est devenue beaucoup moins dangereuse, beaucoup plus facile, maintenant que beaucoup d'obstacles déjà ont été surmontés, maintenant que sont tombées les barricades qu’une Constitution d’un autre temps et les décombres amoncelés depuis longues années opposaient au déblaiement et à l'ouverture de nouvelles voies? Pourquoi notre confiance aujourd'hui devrait-elle être moindre?... De cette conflance je donne ici un témoignage formel, et je le donne afin que par une décision que vous pourriez prendre vous ne découragiez pas dans ses efforts un Prince dévoué de cœur à la cause nationale.

1 Adolphe Frédéric duc de Mecklembourg-Schwerin (1592) se déclara, à l'exemple des autres princes protestants de l'Allemagne, en faveur de l'Electeur palatin élevé au trône de Bohême; il fut mis au

ban de l'Empire et ses Etats furent donnés au duc de Friedland; — Gustave Adolphe le rétablit bientôt après.

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