‹ Les discours de m. le comte de BismarckChapitre 13 sur 138 · PRÉTENTIONS INCONSTITUTIONNELLES · texte numérisé non relu

PRÉTENTIONS INCONSTITUTIONNELLES

eministres qui aient la confiance de la Chambre des Dé- «putés. S'ils ne possèdent pas cette confiance, celle du Roi «ne leur sert de rien. Le Roi est tenu de les renvoyer.»

Je crois mème qu'avec ce changement de la Constitution vous n’auriez pas encore assez.

Il est un autre article, le 84", si je ne me trompe, où il est dit que les autorités judiciaires sont indépendantes et ne relèvent d'aucune autre autorité. Pour vous satisfaire 1l faudrait compléter ainsi cet article: — «Ces auto- «rités sont soumises au contrôle et à la critique de la Cham- «bre des Députés. »

Messieurs, 1l y a peut-être encore plusieurs changements de la Constitution auxquels vous aspirez. Avec la Constitution prussienne, telle qu’elle est devant nous, dans sa teneur actuelle, vous ne pouvez atteindre votre but. Vous cherchez à obtenir forcément ces modifications constitutionnelles, en refusant votre concours aux projets mêmes et aux actes dont l'utilité en soi ne peut être contestée par vous, — je ne rappellerai pas la question des banques, (1) je ne veux entrer dans aucun détail, — en faisant tout ce qui dépend de vous pour arrêter le mouvement de la machine de l’État, même en portant préjudice — je suis bien forcé de le dire — à notre pays dans la politique extérieure, autant que vos attributions vous le permettent, par ce refus de votre concours. Tout cela pour exercer une pression sur la Couronne, afin qu’elle renvoie ses ministres, qu'elle admette vos prétentions sur le droit de budget. Messieurs, vous vous donnez ainsi exactement le rôle de la fausse mère dans le jugement de Salomon, qui préfère voir l'enfant périr plutôt qu'on dispose de lui autrement qu’elle ne veut. Comment vous accorderez-vous làdessus avec vos électeurs, c’est affaire à vous; je crois qu'être élu n’est pas si difficile. Quand on peut promettre, on peut être élu.

1 La Chambre avait refusé au gouvernement l'autorisation d’éta-

blir dans les Duchés des succursales de la Banque de Prusse. IE

Dans toutes les classes de notre population il y à une certaine paresse à remplir les devoirs sans l’accomplissement desquels une grande puissance ne peut subsister; dans toutes les classes on n’aime pas à servir aussi longtemps qu’on le doit; si l’on peut s’y soustraire, s’il y a des autorités qui ferment les yeux, on cherche à s’exempter du service; de même la contrebande se fait dans toutes les professions, surtout dans la partie féminine de la population; j'en conclus que les impôts ne sont pas payés par patriotisme mais par contrainte.

La plupart des électeurs ne se mêlent guère eux-mêmes de porter un jugement sur la question de savoir si une armée peut exister ou non avec une année de service de moins, si l’État peut se suffire avec un peu plus, ou un peu moins d'impôts; mais en tout cas ils verraient avec plaisir que cela füt possible. Quand ils entendent un homme instruit, supérieur à eux en intelligence, parfois même un fonctionnaire royal, qui se présente comme candidat, leur dire: On vous trompe horriblement sur ce sujet; avec deux ans de service une excellente armée est possible; l'État pourrait subsister avec beaucoup moins d'impôts; vous êtes surchargés, — cela paraît clair à ces gens, ils disent : ce Monsieur parle bien; donner notre voix ne nous coûte rien, essayons ; — si l'élu, ensuite, procure ce qu'il à promis, c'est parfait; s’il échoue, il revient dire à ses électeurs: «Je n’aï pas encore réussi, mais vous aurez, il le faut, le temps de service réduit à deux ans.» La population a une assez grande confiance en la sagesse du Roi pour qu’elle se dise que si l’ordre de choses actuel conduit le pays à sa perte ou le mène à s’endetter, le roi ne le souffrira pas. Encore imbus des vieilles traditions, les gens n’apprécient pas à sa juste valeur le pacte constitutionnel. Je suis convaincu que la confiance qu'ils placent dans la sagesse du Roï, ne sera pas trompée; mais je ne puis nier l'impression pénible que je ressens, lorsqu'en face d’une grande question nationale, qui à occupé depuis vingt ans l'opinion publique, je vois cette assemblée réputée en Europe comme si lPin-

telligence et le patriotisme prussien se concentraient en elle, ne pouvoir s'élever à aucun autre rôle que celui de la négation impuissante. Messieurs, ce ne sont pas là les armes avec lesquelles vous arracherez le sccptre des mains de la royauté; ce n’est pas là non plus le moyen de réussir à donner aux institutions constitutionnelles de notre pays la stabilité et les perfectionnements nouveaux dont elles ont besoin.

Dans la séance du 2 juin, le député Dr de Bunsen revint sur le discours prononcé la veille par le ministre-président; ‘äl se plaignit entre autres choses, de ce que, d’après ce discours, les états du Schleswig-Holstein qui allaient être convoqués, ne dussent avoir qu'une voix consultative. — Le ministre-président de Bismarck répliqua en ces termes :

M. le député me cite comme autorité pour prouver que le gouvernement se propose en quelque sorte de tenir sous sa férule et de régenter la population des Duchés. Je dois qualifier cette hypothèse de pure invention, car elle n’a aucun fondement réel et ne s'appuie que sur la manœuvre favorite qui consiste à rendre le gouvernement responsable d’une élucubration quelconque de la presse. Je répéterai ensuite, comme je lai déjà dit plus d’une fois, que je n'ai pas le temps d'écrire des journaux, et rarement celui d'en lire. Je ne puis donc me déclarer responsable d'articles qui ne sont pas insérés au Moniteur.

Quant à mes paroles, également rappelées, sur l’importance que jai attribuée aux états, je ne puis que répéter que nous sommes prêts à écouter ces états en ce qui touche les intérêts propres des Duchés, mais que nous ne sommes pas disposés à les laisser se constituer juges des intérêts prussiens.

Dans le cours de la discussion, le député Dr de Bunsen reprit la parole, pour donner communication à la Chambre — d'abord de prétendus procès-verbaux des séances du Conseil des ministres en mai 1864,

‘desquels il ressortait que le ministre-président aurait informé alors ses collègues, à leur grand étonnement, que les plénipotentiaires de la Prusse à la Conférence de Londres avaient reçu pour instruction de proposer la reconnaissance du prince-héritier d'Augustenbourg comme duc de Schleswig-Holstein, — ensuite ‘une lettre publiée par le Dagebladet de Copenhague, où il était dit qu'en décembre 1864 l’agent de la presse danoise Hansen avait eu à Berlin un entretien avec un négociant nommé Fries (qui n'était autre, suivant M de Bunsen, que le ministre-président lui-même), entretien ayant pour objet la rétrocession au Danemark du Schleswig-Nord, — enfin d'une autre lettre, celle-ci du prince d'Augustenbourg, suivant laquelle M. de Bismarck avait dû se rencontrer à Biarritz, dans l’automne de 1864, avec le même agent danoïs Hansen.

Par ces différentes citations le député Dr de Bunsen prétendait démontrer , l’inconséquence, le défaut de formes et l’insuccès “ de la politique ,bismarckienne“ dans l'affaire des Duchés.

Le ministre-président répondit :

Je trouve en vérité que l’exigence est poussée trop loin, s'il faut que le ministre des affaires étrangères en Prusse emploie son temps et le vôtre à s'occuper des sornettes et des anecdotes de feuilles à mensonges danoiïses; mais la chose ayant été répétée à cette tribune, j'en prends l’occasion de déclarer que toute l’histoire du négociant Fries, etc. est controuvée ct mensongère. Si je ne me trompe — je n'ai pas accordé au fait une attention bien vive, — mais autant que je me rappelle, le gouvernement danois, de son propre mouvement, parce qu'il avait intérêt à savoir qu’elles étaient les relations des personnages nommés dans cette affaire, MM. Bille et Hansen, a ordonné une enquête administrative et judiciaire, d’où il résulte que toute l’histoire a été imaginée simplement dans un intérèt de parti et de journaux, et n'a pas l'ombre de vérité.

Je crois que si je recherchais chez moi les dépèches de Copenhague, je pourrais vous présenter à cet égard des preuves officielles.

Nôtamment, c'est un pur mensonge que j'aie jamais dit que Flensbourg füt une ville danoise. Je regarde Flensbourg comme une ville allemande, et mème fût-elle une ville danoise, je ne la rendrais pas. |

Quant à M. Hansen je ne le connais pas autrement que parce qu'il est venu me trouver à Biarritz, l'automne

QUESTION DES DUCHES. 167

dernier, qu'il y à eu accès auprès de moi et m'a fait la proposition de rendre au Danemark une partie du Schleswig- Nord danois, — il n’a pas dit dans quelles limites, — et de prendre comme compensation les colonies danoiïises. J'ai refusé d'écouter cette proposition, à part tout autre motif, parce que le négociateur n'était pas accrédité. Ceci se passait avant la ratification du traité de paix.

Puisque j'ai pris la parole, je m'occuperai encore brièvement d'une autre assertion de M. le préopinant, quoiqu'il me semble qu'il ait craint de ne pas obtenir la parole dans la discussion des frais de la guerre et que, par suite, il ait anticipé en plaçant ici son discours.

Le préopinant se plaint de ce qu'on ait peur et de ce qu'on hésite dans le règlement du «dernier dixième» de la question holsteinoise. Je peux vous assurer que la peur n'est pas du moins de mon côté Mais le «dernier dixième» est pour la Prusse à peu près ce qu'est l'heure de la moisson par rapport au temps dont le blé à besoin depuis les semailles jusqu'à la maturité. Ce temps-là, ce sont les neuf autres dixièmes. Au point de vue du Schleswig-Holstein, que le préopinant me paraît représenter plutôt que celui de la Prusse, 1l a raison, sans doute, de ne faire peser ni plus ni moins dans la balance les «neuf dixièmes» qui nous ont coùté des sacrifices pour le Holstein, que le «dernier dixième» qui doit dédommager la Prusse de ces sacrifices. Pourquoi cette moisson ne peut être mise en grange, c'est ce que dit précisément de la façon la plus claire la lettre du prince-héritier d'Augustenbourg, citée par le préopinant. ÆEn lisant cette lettre avec attention, vous trouverez qu'aucune de nos conditions n’est acceptée sans réserve; à chacune d’elle est jointe une petite condition résolutoire, avec l’espoir, est-1l dit, qu'on pourrait s'entendre sur ce point; pour l’ensemble, la condition résolutoire qu'on ajoute c'est que le tout soit approuvé ultérieurement par les états des Duchés. Il se peut que cette approbation soit obtenue, mais il se peut aussi qu'à l'égard des promesses faites par le prince-héritier, les états veuillent user du pou-

voir «qui lie et délie» et que par suite, quand ils auront dit: «nous n’approuvons pas», le prince-héritier d’Augustenbourg nous dise de son côté: «je le regrette; je suis due, il est vrai; mais les états ne consentent pas, je me vois dans la triste situation de ne pouvoir tenir ma parole.» — C’est ce à quoi pourtant nous ne voulons pas exposer la Prusse.

Dans son très long discours, que je n’ai pas complétement en mémoire, M. le préopinant à parlé aussi d’une prétendue aversion que nous aurions pour l'entourage du prince-héritier ; je dois repousser formellement cette allégation. Je ne connais aucun de ces messieurs; les questions de personnes, d’ailleurs, n'existent pas pour moi; Je vois uniquement la question de fait et non celle de personnes. Il m'est indifférent que ces messieurs soient un peu plus ou moins démocrates; — quand nous aurons assuré nos conditions vis-à-vis des Duchés, que ceux-e1 gardent leurs sociétés politiques, qu'ils se donnent la Constitution qui leur plaira, qu'ils aient leur due, — cela m'intéresse peu.

Quant à ce qui se passe dans les séances du conseil des ministres, le préopinant n’en a qu’une idée obscure. Je lui dirai seulement que dans ces séances, quoi qu'il arrive, personne ne s'étonne; — que nous ne nous départirions pas cependant de cette habitude, si l’on nous tenait un discours comme celui qu'on vient d'entendre, avec cette prétention de se donner une importance d'homme d'État, — c'est ce que je ne peux aussi sûrement affirmer.

Dans la même séance le député Dr Gneist invoqua l'autorité de l'éminent professeur de droit Stahl (Université de Berlin), lequel aurait qualifié la théorie de M. de Bismarck sur le droit budgétaire de ,réaction déraisonnable“; — le ministre-président répliqua :

M. le député à cité un jugement du docteur Stahl porté contre moi, ou du moins que l’auteur de la citation m'a personnellement appliqué, jugement qui qualifie ce que nous

faisons maintenant de «réaction déraisonnable». Je ne discuterai pas là-dessus avec le préopinant; il me suffira de dire que la réaction est toujours une suite de l’action; telle est l’action, telle aussi la réaction; ce que l’on crie dans un bois, l'écho le répète. Contre une action raisonnable il ne peut y avoir qu'une réaction raisonnable également.

Après le résumé du rapporteur, Dr Virchow, le ministre-président reprit encore une fois la parole :

Il n’est pas dans mon intention de revenir sur la question. Mais M. le rapporteur à consacré une grande partie de son long discours à une critique de ma conduite personnelle. Sur ce terrain, je ne le suivrai pas dans tous ses développements. Je n'ai qu'un médiocre besoin d’éloges et suis passablement insensible à la critique. Admettez même que les derniers événements sont un pur effet du hasard, que le gouvernement prussien en est tout à fait innocent, que nous avons été le jouet d’intrigues étrangères et d'influences extérieures, dont le flot nous a jetés, à notre propre surprise, sur la côte de Kiel ; — admettez-le, si cela vous plaît; 11 me suffit que nous y soyons, à Kiel; qu’ensuite vous nous attribuiez ou non le mérite d'y être, ceci m'est parfaitement indifférent.

Quant à la critique du préopinant sur le changement de notre conduite, je la critiquerai, à mon tour, avec une seule phrase qu'il a lui-même employée. Il nous reproche d'avoir tourné le gouvernail lorsque le vent a changé. Mais a-t-on, je le demande, autre chose à faire quand on navigue, que de tourner le gouvernail selon le vent, à moins qu'on ne veuille soi-même faire le vent(1)? Nous laissons cela à d’autres. |

Je n'ai pas pris la parole pour cette raison, mais pour répondre à une attaque d’un caractère tout spécial contre ma personne. Le rapporteur remarque que, si j'ai réelle-

(1) Wind machen, expression familière allemande qui signifie , faire des fanfaronnades, en imposer“, Le double sens que présente ici cette expression ne peut se rendre en français.

ment lu le rapport, il ne saurait que penser de ma véracité. Le rapporteur a assez vécu dans le monde pour savoir qu'il s'est servi à mon égard de la tournure de phrase technique et spéciale, au moyen de laquelle on a l’habitude d'amener une discussion sur le terrain purement personnel, pour obliger celui dont à mis en doute la véracité, à demander satisfaction. Messieurs, où irons-nous en discutant sur ce ton? Voulez-vous vider les querelles politiques entre nous à la manière des Horaces et des Curiaces?

Nous pourrons en parler, si vous le désirez.

Mais sil n'en est pas ainsi, Messieurs, que me restet-il, sinon de répondre à un gros mot en me servant à mon tour d’un mot plus gros encore? C’est le seul moyen, puisque nous ne pouvons vous Citer en justice, de nous procurer satisfaction; mais je ne désire pas que vous nous mettiez dans la nécessité de recourir à ce moyen.

Et comment M. le rapporteur prouve-t-1l mon manque de véracité? Ni je me rappelle bien son long discours, 1l me reproche, comme une contradiction avec le Rapport, celles de mes paroles par lesquelles j'accusais le parti libéral d'avoir laissé s’affaiblir ses sympathies pour la flotte; et afin de prouver que cela n’est pas exact, 1l me lit toutes les belles phrases que la commission à faites en faveur de la flotte dans son rapport, tandis que pourtant la conclusion en est que vous ne donnez pas d'argent, Oui certes, Messieurs, si les paroles étaient de l'argent, nous n’aurions qu'à vous exprimer notre admiration reconnaissante pour la libéralité avec laquelle vous traitez le gouvernement.

Après une réplique du député Dr Virchow, le ministre-président ajouta :

Dans son explication personnelle M. le rapporteur a appliqué mes paroles à un autre passage de son discours que celui auquel elles avaient trait. Ce qu'il a répété en son rapport à propos d'Annibal Fischer était une altération de ce que j'ai dit autrefois; puisqu'il affirme, — nous pouvons faire la comparaison, dans le compte-rendu sténo-

graphié, — de ce que j'ai dit réellement et de ce que M. le rapporteur à mis dans ma bouche. Ce dont je me plains, c'est ceci: Je me rappelle que M. le rapporteur à dit que je semblais n'avoir pas lu le rapport, qu'apparemment je n'en avais pas eu le temps; mais que si je l'avais lu, il ne savait que penser de ma véracité. Il me sera agréable de ne pas retrouver cette offense dans le compte-rendu sténographié.

M. le député Dr Virchow ayant répondu qu'il ne pouvait rien retirer de ce qu'il avait dit, le ministre-président conclut ainsi:

J'ai cité exactement les termes dont M. le rapporteur s'est servi et j'attendrai pour savoir s’il les maintient (1).

Le gouvernement avait présenté un projet de loi ratifiant l'emploi des sommes tirées du trésor de l'Etat pour être appliquées aux frais de la guerre de Danemark; la discussion du rapport de la commission, qui proposait à la Chambre de rejeter le projet de loi, amena de nouveaux débats sur la politique suivie par le gouvernement dans l'affaire des Duchés. — Un membre du parti conservateur, le député Wagener, présenta un amendement, par lequel, en approuvant l'emploi des sommes dépensées, la Chambre aurait exprimé l'espoir que les Duchés de l'Elbe seraient annexés à la monarchie prussienne, — Un autre amendement présenté par le député Michaelis (centre-gauche) demandait que les Duchés fussent constitués politiquement en union indissoluble avec la Prusse.

Le rapporteur Twesten déclara que la commission, en examinant le projet de loi, ne s'était point occupée du côté politique de la question; il s’étendit principalement, dans son discours, sur les deux amendements, recommanda l'adoption de celui du député Michaelis, parce que, disait-il, l'annexion proposée par l’autre amendement (Wagener) était contraire aux vœux de la population des Duchés et, partant, semblait inexécutable. — Le député Wagener motiva ensuite son amendement. — Après que la Chambre eut entendu encore plusieurs autres orateurs, notamment le député Dr Waldeck qui soutint les conclusions

! Le jour même, M. de Bismarck envoya ses témoins à M. le Dr Virchow, qui refusa de rendre raison.

de la commission, — le ministre-président de Bismarek prononca le discours suivant :

Si le rapport de votre commission ne différait pas en substance du discours préliminaire prononcé par le rapporteur, je n'aurais eu qu'une médiocre tentation de prendre la parole aujourd’hui; mais, en me représentant le contenu du Rapport, je me demande si mes souvenirs sont bien exacts à l'égard des débats auxquels, 11 y a dix-huit mois, le projet de loi pour un emprunt a donné lieu dans cette enceinte. J'avais conservé de ces débats l'impression qu’alors Ja Chambre des Députés eùt été prête à voter sous forme d'emprunt les frais de la guerre de Danemark, dans le cas où le gouvernement du Roi aurait adopté les plans de politique extérieure que la Chambre des Députés lui proposait. Ces plans se trouvant tracés en détail dans deux pièces de cette discussion, lesquelles expriment en même temps l'opinion de la Chambre entière, — je n'aurai pas besoin de les extraire des principaux discours, la plupart très étendus, qui furent prononcés alors.

Dans la motion que vous avez adoptée en refusant. l'emprunt, quelques parties de ce plan de politique prussienne sont indiquées négativement par les assertions suivantes, «que cette marche de la politique prusso-autrichienne ne peut avoir d'autre résultat que de livrer pour la seconde

fois les Duchés au Danemark,» — appréhension qui n’a pas été justifiée par les faits — «que le gouvernement du

Roi, en faisant une question européenne de cette affaire purement allemande, appelle linteyvention étrangère,» — ce qui ne s’est pas réalisé non plus, — «que le système de violence qu'on menace d'employer, provoque la résistance légitime des autres États allemands et par suite la gucrre civile en Allemagne.» — Telles étaient les craintes que la Chambre concevait, les écueils qu’elle recommandait au gouvernement d'éviter, les écucils qu'effectivement il a évités. — Après avoir indiqué sous cette forme négative son programme, la Chambre le traçait positivement dans une Adresse à $. M. le Roi; il y était dit: «La Prusse et

l'Allemagne sont fondées en droit, et par conséquent obligées, à reconnaître comme héritier légitime Frédéric VIII (prince d'Augusteubourg), à délivrer le territoire fédéral allemand de la présence des troupes danoises et à rétablir l'union et l'indépendance des Duchés. »

Messieurs, ce programme a été exécuté par le gouvernement du Roï, ou son exécution du moins, pour ce qui concerne l’intronisation du duc Frédéric VIII, est en notre pouvoir. Je l'ai déjà fait entendre dernièrement: nous sommes, tous les jours, pleinement en situation d'exécuter cette partie de votre programme, sitôt que le droit de succession du due d’Augustenbourg aura été prouvé, preuve qui n’a pas encore été faite, ou sitôt que nous aurons la certitude que les conditions posées aux Duchés dans lintérêt de la Prusse et de l'Allemagne entière seront remplies.par le duc.

Malgré cette identité des résultats obtenus avec le plan tracé alors par vous, vous refusez encore une fois de voter les frais de la guerre. Vous motivez ce refus par une condamnation rétrospective de la conduite du gouvernement et des raisons mêmes qui vous ont décidés il y a dix-huit mois à rejeter l'emprunt. Vous faites en outre un reproche au gouvernement de ce que les plans suivis par lui ne sont pas toujours restés les mêmes et qu'ils ont été modifiés. Un orateur de la Droite a déjà expliqué que ce ne sont pas nos plans, mais plutôt les moyens de les exécuter qui ont changé. Les trois passages différents du rapport de la commission, destinés à signaler les variations dans le programme du gouvernement, disent à mon sens tous les trois la même chose; ils s’identifient complétement et tombent ensemble. On désigne comme votre but actuel la séparation complète des Duchés et du Danemark, obtenue défimitivement par la paix du 30 octobre 1864, et une étroite umion des Duchés à la Prusse sous le rapport militaire et maritime. Or il est dit expressément dans notre projet de loi qu'au début la résolution qui avait prévalu c'était seulement d'obtenir, en faveur de la cause allemande, tout ce Qui paraissait possible d’après la situation politique géné-

rale. Je crois qu'entre ceci et la phrase citée plus haut il n’y à pas de contradiction. Le but où nous tendons aujourd’hui et que nous avons atteint en partie, c’est précisément d'obtenir ce qui est possible.

Le troisième passage rappelle: «la déclaration faite à Londres, d'assurer réellement la paix aux Duchés, en établissant un ordre de choses fondé en droit et durable à l’aide de garanties obtenues contre le retour de l’oppression danoise», — mais le but indiqué en ces termes est parfaitement conforme à celui que nous nous proposons aujourd’'hui. Les «garanties contre le retour de l'oppression danoise» consistent en certaines conditions que nous avons fixées, et qui doivent nous préserver tout d'abord d’avoir à faire, avant qu'il soit longtemps, les sacrifices et les dépenses d’une nouvelle campagne pour délivrer encore une fois les Duchés.

Le rapport de la commission donne ensuite pour motiver le refus de l'emprunt cette raison que la Chambre n'avait pas le degré de confiance nécessaire dans les personnes qui dirigent la politique. Messieurs, je crois que vous auriez eu cette confiance, si vous vous étiez représenté clairement que celui qui dirige la politique extérieure de la Prusse, c’est, d’après la Constitution comme en fait, ©. M. le Roi. Les ministres dirigent la politique ‘de la Prusse d’après les instructions précises, exactes et spéciales de $. M. le Roi; — si vous vous l’étiez représenté, je le répète, vous auriez eu confiance, et cette confiance ne vous aurait pas trompés. En effet, les résultats que vous souhaitiez sont obtenus, par des voies seulement qui ne sont pas celles que vous désiriez qu’on eùt prises.

C’est là le principal grief envers nous, que je trouve dans cette critique rétrospective. Vous dites aussi qu'en suivant la voie indiquée par vous, on aurait pu prévenir une perturbation générale de la paix européenne; qu’on aurait pu la prévenir, si nous avions marché, non pas avec l'Autriche, maïs avec la Confédération germanique. Cela peut être, maïs il n’a pas semblé au gouvernement du Roi

qu'il y eût de cette facon pour éviter une guerre générale, autant de probabilité qu’en adoptant la voie que nous avons prise, — et, en tout cas, j'ai à constater ce succès que, dans notre voie, la guerre a été évitée.

Plus loin, un reproche que vous faites encore à cette voie suivie par nous, Cest qu'elle aboutit à nous donner un co-propriétaire du Schleswig-Holstein. Mais la route que vous-mêmes nous recommandez nous aurait conduits à avoir trente-deux co-propriétaires, en tète desquels eût été celui que nous avons aujourd'hui, et non pas même avec égalité de droits, mais avec sa supériorité de puissance présidente et de chef de la majorité fédérale contraire à la Prusse; ainsi le centre de gravité n’eüt pas été placé entre Berlin, Vienne et Kiel, mais à Francfort, et les Duchés, à l'heure qu'il est, se trouveraient sous l'administration de MM. de Kœnneritz et Niepert.(!)

Un des préopinants — si je ne me trompe, M. le rapporteur — a prétendu que nous avons manqué une occasion de nous mettre à la tête des moyens et petits États de l'Allemagne. Si, comme moi, M. lc rapporteur cüt été huit ans à Francfort plénipotentiaire auprès de la Diète germanique, 1l n'aurait pas considéré cette possibilité comme si facilement réalisable. Il se serait convaincu, comme moi, que la majorité des États de second et de troisième ordre ne se füt pas soumise à la direction de la Prusse, à laction prussienne, de si bon gré et si docilement qu'elle ne leüt gènée, entravée, et n’eüt voulu nuire à la Prusse, quand on en serait venu à tirer les conséquences de cette action. La situation telle que vous l’indiquiez, eùt été renversée : la Prusse aurait pris part à toute cette campagne sous la direction de la majorité de la Diète et selon les décisions fédérales.

Si le contenu du Rapport m'a obligé à dire ces quelques mots, je regarde néanmoins comme oiseux de poursuivre ces conjectures et ces critiques à l'égard du passé.

1 Commissaires fédéraux dans les Duchés.

Ce sur quoi j'aurais attendu que la Chambre se prononçàt plus encore que sur la question. financière, c’est la question politique, celle du présent et de l'avenir. Cette question, qui depuis vingt années est placée au premier plan des intérêts politiques de l'Allemagne, — il est urgent aujourd’hui de la résoudre. Messieurs, le projet du gouvernement vous donne le moyen de vous prononcer; vous avez là l’occasion de faire entendre ce que vous pensez, — je dirai même, vous êtes mis ex demeure de parler. Le pays a le droit de savoir quelle est l'opinion de ses représentants sur cette question. Oui, vous avez l’occasion de parler, l'obstacle des réserves diplomatiques n'existe point pour vous, et, d’ailleurs, vous ne vous en êtes pas beaucoup inquiétés dans d’autres circonstances. Si néanmoins, malgré. cet appel pressant qui vous est fait, vous vous taisez, ce n'est pas à moi de critiquer les motifs de votre silence. Autant que je puis juger du sentiment de toute la Chambre d'après les paroles de M. Waldeck, je devrais admettre que vous craignez ou de vous mettre en désaccord avec l’opinion publique en exprimant ce que vous avez à cœur, ou bien, si vous n'êtes pas en contradiction avec cette opinion, de donner plus de force à un gouvernement que vous n’aiimez pas, qui n'est pas de votre parti. Je ne saurais penser pourtant que les paroles que je rappelle ici expriment l'opinion de la majorité parmi vous; car il ne vous est pas possible de vous faire illusion au point de croire que vous puissiez, en ce qui concerne les affaires extérieures, moins qu'en tout le reste, séparer le gouvernement établi par le Roi de la politique prussienne à l’étranger; vous n’en avez ni le pouvoir, ni le droit. Il n’y a pas, en réalité, d'autre politique prussienne que celle du gouvernement établi par le Roi. Si vous combattez cette politique, vous combattez ainsi la politique de votre propre patrie, de concert avec l'étranger hostile à notre pays. | ( Je ne crois pas qu’on puisse opposer à la logique simple et froide de ce que je viens de dire de réelles objections. Encore une fois, d’ailleurs, je ne peux supposer que l’opimion

QUESTION DES DUCHÉS. 177 dont je parle soit en conscience le sentiment de la majorité de cette Chambre. Les paroles que je viens de vous faire entendre, je ne les eusse pas prononcées si celles du préopinant ne m'en avaient donné le droit. M. le député a dit en propres termes: «Que nous importent les embarras du gouvernement prussien? Devons-nous le fortifier, en Jui accordant nos votes, par exemple? Faut-il nous laisser exploiter au point de vue diplomatique par ce gouvernement qui méconnaît notre droit budgétaire? ....» Bref, Messieurs, si vous suivez le conseil du préopinant, vous profitez de votre droit de refuser des emprunts pour arracher des concessions au gouvernement sur d’autres terrains. Telle est sans aucun doute, à mon sens, l'opinion du préopinant, et que ce ne soit pas là le sentiment de vous tous, la motion de M. le député Michaelis et de ses amis en est la preuve. Je n'ai pas grande objection à faire à la teneur de cette motion, quoique je l’eusse désirée plus précise; le défaut de clarté peut lui ètre reproché non pas tout à fait à tort. Nous avons, quant à nous, exposé complétement et avec clarté notre programme dans la dépèche du 22 février dernier, et je crois, Messieurs, que si vous ne voulez pas réellement, — à la façon indiquée par l’un des précédents orateurs, — abdiquer en matière de politique extérieure, le gouvernement est en droit d'attendre de votre part une réponse formelle à cette question qu'il vous pose: Voulezvous vous rallier au programme du gouvernement, voulezvous soutenir le gouvernement, voulez-vous que le gouvernement marche en avant, à tout risque, dans la voie tracée par ce programme, ou désirez-vous que le programme soit modifié, désirez-vous qu'il soit atténué, désirez-vous qu'il soit fortifié? Le gouvernement, le pays ont le droit de demander que là-dessus vous vous prononciez.

J'examinerai aussi en quelques mots l’autre amendement, celui de M. le député Wagener et de ses amis. Dans le projet de loi nous avons exprimé déjà que, si la question de l'opportunité devait être décisive, ce programme se

recommanderait d'autant plus, surtout dans l'intérêt des

Duchés eux-mêmes. Je considère comme infiniment plus avantageux pour les Duchés de devenir membres de la orande eommunauté prussienne, que de former un nouveau petit État avec des charges excédant leurs forces ou peu s’en faut. Mais si ce programme, je veux dire cette motion (Wagener), devait être réalisé, il faudrait que ces mêmes charges fussent prises par le trésor prussien. Nous ne pourrions admettre sous une forme quelconque les Duchés dans la communauté prussienne, et leur réclamer néanmoins les frais de guerre prussiens ou leur faire payer les frais de guerre de l'Autriche, ou laisser enfin subsister chez eux l'inégalité de la dette, qui se monte par tète dans le Schleswig-Holstem au double de ce qu'elle est en Prusse. Il faudrait évidemment mettre les habitants des Duchés sur le pied d'égalité avec tous les sujets prussiens. Le gouvernement ne peut se prononcer sur la question de prendre des charges si considérables, quand il voit la répugnance de la représentation nationale à les accepter. Une politique en ce sens ne pourrait être l’objet d’un sérieux examen de la part du gouvernement que s'il y avait certitude pour celui-ci que la représentation nationale fût disposée à accepter les charges inséparables d’une telle politique. Nous ne pouvons pas nous avancer dans une semblable direction, pour venir échouer ensuite contre l’écueil d’un refus d'argent, comme M. le député Waldeck nous en a oflert la perspective avec une complète certitude. Quoiqu'il en soit, l’idée de l'annexion, pour l’appeller du nom qui à cours, aura cu un bon côté, encore qu'elle ne vienne pas à réalisation. De la part du prince-héritier d'Augustenbourg et de celle de la population des Duchés la bonne volonté pour accepter les conditions que la Prusse croit devoir poser, jusqu'ici à manqué, autant que je le sache par expérience, ou du moins n'a pas existé dans la mesure que M. le rapporteur croit pouvoir se le figurer.

Je me souviens notamment que l'été dernier j'ai eu l’honneur de causer avec le prince-héritier d’Augustenbourg en personne; Son Altesse Sérénissime était si éloignée de sous-

crire à nos conditions les plus modérées et les plus équitables,. qu'après que je les cus développées, Elle me répondit: «En somme, pourquoi êtes-vous venus dans les Duchés? Nous ne vous avons pas appelés; sans la Prusse les choses auraient peut-être mieux tourné pour moi.»

Dans cette répugnance à accepter de. telles conditions, qui, sous le rapport militaire surtout, peuvent imposcr des charges à la population, je ne veux pas voir l'effet d’une irritation quelconque causée par certains articles de journaux, Ou par la politique du gouvernement prussien en général, — mais bien la conséquence naturelle de cette indolence se refusant à toute charge, que M. le rapporteur, aussi lui, à signalée comme la disposition traditionnelle des petits États, et que je me suis permis moi-mème de désigner récemment comme le principe politique emprunté «aux Phéaciens», qui veulent manger, boire et être protégés. Cette résistance à s'imposer des charges quelles qu'elles soient existait au plus haut degré; elle à diminué à mesure que l’idée de l’annexion se faisait jour; c’est uniquement sous l'empire de cette idée et par peur de la contrainte qu’elle a disparu. On s’est rapproché du but de nos désirs, mais non pas encore assez pour quil soit possible d'arriver sur ce point à une conclusion. En même temps, néanmoins, que l’on refuse de faire à la Prusse des concessions équitables, tout à fait indispensables même au point de vue des intérêts de l'Allemagne, il est dans la nature des choses que l’idée de l’annexion se fasse jour de nouveau et gagne en probabilité. Car si l’on nous refuse les conditions légitimes que nous demandons, si l’on empêche par là une conclusion, il est difficile assurément de prévoir à quelles complications un pareil refus peut mener à la longue et dans la situation modifiée de l'Europe. Qu'on arrive donc ainsi à ces complications, et la mesure de nos prétentions montera tout de suite bien plus haut que notre modération ne les élève aujourd’hui.

Le même jour, dans une séance du soir, après que le rapporteur, 12°

M. Twesten, eut longuement résumé la discussion, le ministre-président reprit la parole en ces termes :

M. le rapporteur donne à mon entretien, tel que je l'ai rappelé, avec le prince-héritier d'Augustenbourg certaines interprétations qui s'écartent des miennes ou du moins qui vont au-delà. Je répondrai à ce sujet que Son Altesse Sérénissime n'était pas en situation de traiter avec moi du partage ou de la délimitation du Schleswig, attendu que cela ne dépendait pas du prince-héritier. C'était, il est vrai, à l’époque où nous ne pouvions pas encore prévoir avec certitude que nous obtiendrions (1) le Schleswig tout entier. Considérant l'incertitude encore de la situation, le princehéritier nous faisait entrevoir des concessions plus étendues si nous parvenions à avoir tout le duché, que dans le cas où nous devrions en laisser une partie aux mains du Danemark. Je le répète, dans l’un et l’autre cas, ces concessions étaient parfaitement insuffisantes et restaient au dessous de ce qui nous serait accordé aujourd’hui même par l'Autriche. |

Lorsque le rapporteur, .en se référant à un mot de M. le député Lœwe, fait entendre que le ministère compte rejeter la responsabilité des fautes politiques par lui commises sur Sa Majesté le Roi, je me demande quelles sont celles de mes paroles qui ont pu donner lieu à ce malentendu. Le fait que $S. M. le Roi dirige lui-même la politique prussienne, Comme c'est son droit constitutionnel, ce fait, Messieurs, est constant! Puis-je vous dire à cet égard ce qui n'est pas la vérité? Je présente à $. M. le Roi un rapport et Sa Majesté ordonne ce qui doit se faire. Si Elle ordonnaïit quelque chose que je considérasse, dans ma conviction, comme incompatible avec le véritable avantage du pays, Je donnerais ma démission. En conservant mon poste, je montre ainsi quà mes yeux la politique ordounée par S. M. le Roi est favorable au bien du pays, et je mets tout

1 du Danemark ..... La paix ne fut signée que dans l'automne suivant.

mon zèle à la servir; mais ce n’en est pas moins un fait positif que les rois de Prusse dirigent leur politique suivant leur propre volonté, et je me félicite qu'il en soit ainsi !

Décliner la responsabilité de nos fautes, ce n’est point ce que jai voulu; mais revendiquer le mérite d’une politique courageuse et conséquente, que je ne glorificrais pas comme je le fais, si c'était ma propre politique, revendiquer ce mérite et votre confiance pour $S. M. le Roi, voilà ce que j'ai voulu. Que ce soit là rejeter nos fautes sur la Couronne, nous abriter derrière le trône pour couvrir notre propre responsabilité, je vous le laisse à juger. Si des fautes sont commises et que j'y aie participé, soyez sûrs, Messieurs, que je dirai: quand même, j'en accepte la responsabilité. Et qu’un jour même nous ayons à subir les conséquences de telles fautes, je puis assurer à M. le député Lœwe que dans les pires circonstances qui puissent se présenter, il me trouvera devant le trône. L'y trouveraije aussi lui, c’est ce dont je doute.

DU

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