‹ Les discours de m. le comte de BismarckChapitre 19 sur 138 · LES CHEMINS DE FER DE L'ÉTAT · texte numérisé non relu

LES CHEMINS DE FER DE L'ÉTAT

question soulevée sans raison sur un principe qu’on savait parfaitement que le gouvernement croyait devoir combattre.

Celui-ci aurait cru pécher contre la paix publique, sil eùüt fait cette déclaration : «Nous ne construirons ces chemins de fer qu'à la condition que le Landtag nous fasse une concession de principe». Alors on aurait dit avec raison: le gouvernement à cherché le conflit, et les leçons du passé ne lui ont rien appris. — Mais il n’en est pas ainsi. Aucun inotif n'existait de faire décider maintenant la question de principe. Nous nous apercevons ici, aussitôt après des événements qui devaient avoir produit, pensions-nous, sinon un profond éloignement à l'égard de telles questions pouvant amener un conflit, du moins une certaine crainte de les poser, nous apercevons, dis-je, que le retour d’une pareille situation est déjà possible, nous voyons, dans un moment comme celui-ci, soulever bien légèrement une de ces questions d’où peut naître un conflit. Oui, Messieurs, cette expérience est décourageante, et je verrais avec peine qu’elle fût cause que cette session, qui autrement à eu de toute façon un cours si satisfaisant, se terminàt par une désharmonie. Mais le gouvernement ne pourrait faire autrement, 1l préférerait renoncer aux dépenses proposées que de sanctionner le principe d’après lequel il serait permis de saisir de semblables occasions pour décider d’une manière aussi générale des questions de principes constitutionnels. Il aimerait mieux laisser le chemin de fer de l'Est manquer encore d’une seconde voie, laisser le chemin de fer de ceinture de Berlin dans son état actuel (1), dût-il même ètre fermé par mesure de police, — que de céder sur ce point.

Ma déclaration a montré que de la même manière dont nous avons procédé à l'égard de la ligne de Westphalie, nous sommes résolus à procéder encore et toujours à l'égard

1 Le chemin de fer de ceinture traversait et traverse encore l'intérieur de la ville; il s'agissait de le transférer tout à fait hors de Berlim; — travail actuellement en cours d'exécution,

de tous les chemins de fer placés dans la mème situation. Eventuellement nous accepterons l'amendement qui restreint les conditions au nouveau chemin de fer à construire; de mème encore l’amendement qui repose sur le principe adopté à l'égard de la ligne de Cœslin-Dantzic, serait tout à fait acceptable pour le gouvernement. Je me trouve d'accord avec le préopinant en ce sens que défendre d’affermer un chemin, cest s’immiscer dans l’administration, ingérence qui, étendue par une conséquence logique à toutes les branches administratives, conduirait par exemple à ce que les principes d'exploitation des forèts de l’État dépendissent, dans chaque cas particulier, de l'approbation du Landtag, — sous prétexte sans doute qu'eu égard à la grande quantité de forêts dont dispose le gouvernement, des coupes trop fréquentes pourraient avoir à la longue de fàcheux effets sur les reccttes, — et si tant est qu'il puisse exister un gouvernement tel qu'on se le représente assez fréquemment dans les débats parlementaires. A voir les limites étroites où l’on a l’habitude de resserrer l'administration assez difficile déjà du gouvernement, à voir les mesures préventives qui en gènent le libre mouvement, on serait porté à croire qu'un gouvernement est en soi une institution nuisible à tous, contre le jeu de laquelle on ne saurait trop soigneusement protéger le peuple, vu qu'on doit présumer qu'elle mésusera nécessairement au préjudice du pays de toute liberté d'action. Si ce principe ne dicte pas les votes de plusieurs de nos concitoyens, il est incompréhensible qu'on en vienne à supposer qu’un gouvernement puisse éprouver en lui-mème le pressant besoin de tarir, de gaîté de cœur, une source de revenus aussi utile que les chemins de fer de l'État. Nous ne le ferions pas plus si le gouvernement avait en droit une plus grande liberté de disposition, — que nous ne l’admettons d’après la déclaration que je viens de faire.

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