‹ Les discours de m. le comte de BismarckChapitre 20 sur 138 · COMPTES-RENDUS DES SÉANCES PARLEMENTAIRES · texte numérisé non relu

COMPTES-RENDUS DES SÉANCES PARLEMENTAIRES

Publicité des comptes-rendus des séances du Reichstag. — Le projet de loi assurant aux comptes-rendus conformes des séances du Reichstag (qui allait s'ouvrir) pleine et entière liberté de publication avait été déjà voté par l’autre Chambre; dans la séance du 4 février, il fut discuté par la Chambre des Seigneurs. — A cette occasion, le ministre-président fit la déclaration suivante :

Le gouvernement du Roi croit avoir accordé, dans une aussi grande mesure qu'on à pu le lui demander, la liberté de parole pour la tribune du Parlement dé l'Allemagne du Nord.

Mais autre chose est la liberté de la parole, autre chose la liberté de publier par la presse ce qui a été dit à la tribune.

Je ninsisterai pas sur ce point que par les journaux on parle à un public bien plus grand et dans beaucoup de cas moins capable de juger que celui auquel on s'adresse du haut de la tribune, mais 1l y un inconvénient, je le ferai remarquer, à ce que, tandis que toute opinion exprimée dans une assemblée parlementaire peut trouver immédiatement une réfutation, ce redressement n'ait pas lieu dans les classes auxquelles appartiennent pour la plupart les lecteurs de Journaux, parce qu'au lieu de lire deux feuilles de couleur différente pour s'assurer un jugement impartial, ils s’en tiennent à un seul journal.

Ce journal unique a l'habitude de ne reproduire que les discours et les paroles extrèmes de ses chefs de parti; celui qui lit de tels comptes-rendus n’est pas à même, comme le représentant, meilleur juge sans doute, qu'il à au parlement, de peser ces paroles et ces opinions de parti, en les mesurant aux réfutations qui en ont été faites, et de démèler ce qui est Juste dans le conflit des opinions diverses; car il n’entend qu'un orateur, qui est précisément l’ami de ce journal.

En faisant cette observation, je veux témoigner que si le gouvernement ne craint pas la discussion, dans les cer-

cles les plus étendus, des questions qui vont nous occuper et qui intéressent la prospérité de toute la nation, néanmoins 1l désire, à ce sujet, une égale répartition de soleil et de vent dans cette arène qui n’est accessible qu'au public des journaux, — en dehors des luttes parlementaires. Mais il est impossible d'arriver à un tel résultat dans cette partie du public; voilà pourquoi le correctif que présente une loi sur la presse est, selon moi, indispensable, attendu que des excès, des transgressions ne peuvent trouver dans le public et auprès du lecteur isolé la contradiction et l'appréciation qu'ils rencontrent au Parlement.

C’est en outre une question fort douteuse de savoir s’il est bon pour la tranquillité publique et pour le développement de la nouvelle Constitution allemande, que ce moyen d’excitation offert par les journaux soit accordé à quelques députés qui tiennent à la presse d’une manière ou d’une autre, et doive être assuré de toute impunité. [action des partis chez nous n’a pas encore été tempérée par une longue habitude constitutionnelle au point que les éléments qui dominent dans chaque cercle électoral mettent la patrie plus haut que le parti. Nous avons fait encore dans les dernières semaines cette triste expérience que la passion dé parti, la vanité personnelle, le besoin d’avoir raison finissent par l'emporter sur l'intérêt qu'on peut porter à une institution nationale quelle qu’elle soit. Espérons que ce ne seront pas les pires représentants d’une telle tendance qui seront élus; mais il est néanmoins possible que des personnes qui prétendent n'avoir dans toute leur conduite aucun but politique et croient être en droit d'exploiter sans réserve la liberté illimitée de la presse, dictando du haut de la tribune, soient élus au Parlement de l'Allemagne du Nord.

Admettez que des gens qui ont complétement renié la patrie où ils sont légalement éligibles, qui l'ont reniée sans pudeur, je puis le dire, que des gens qui, ouvertement à la solde de l'étranger, écrivent et servent contre leur propre pays, — et nous voyons de tels indivi-

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