PROVINCE POLONAISE DE PRUSSE
à leur égard qu'après que cette paix aura été ratifiée. Il en est de même pour d’autres questions dont la solution, à l'heure qu'il est, est encore subordonnée à l'issue des négociations de paix avec les différents États de l'Allemagne du Sud.
Je vous laisse à décider si, pour la première discussion du projet de loi, en raison de la haute importance de ce projet, une commission spéciale doit être nommée par vous, et je prie M. le président de provoquer à cet égard une décision de la Chambre.
Sentiments de la population polonaise de Prusse. — Dans la discussion de l'Adresse en réponse au discours du trône, M. de Lubienski (député de la province de Posen) avait proposé un amendement, où, au nom des sujets polonais prussiens, et en vertu du principe de nationalité reconnu par la Prusse elle-même, l'espoir était exprimé que les droits garantis et imprescriptibles de la nation polonaise seraient reconnus à leur tour. Dans son discours à l'appui de cet amendement, le député de Lubienski avait argué de ce que la Prusse en 1866 venait de combattre pour le principe des nationalités, il avait notamment cité une proclamation du commandant en chef de l’armée prussienne aux habitants de la Bohême et de la Moravie, — et rappelé que dans cette campagne le sang polonais avait coulé pour la grandeur et l'unité allemandes. — Le ministre-président de Bismarck répondit:
Le préopinant s’est fait un argument d’une proclamation publiée en Bohème. Je ne discuterai pas autrement cette pièce, car je ne crois pas qu'une proclamation d’un général commandant en pays ennemi soit un document de nature à servir de texte à une discussion de droit politique dans nos affaires intérieures. Ce n’est point à cause de cela que j'ai pris la parole, mais bien pour protester contre une autre assertion du préopinant. Il à dit quil représente ici le peuple polonais. Une telle manière de parler est contraire à la Constitution. Chacun des députés siégeant ici représente le peuple prussien; la Constitution le dit
expressis verbis. Que dans les sentiments de nos compatriotes polonais n'existe pas une distinction semblable à celle qu'on a voulu établir, que dans le fond de leurs cœurs ils ne se séparent pas du peuple prussien, c'est ce qu'ils viennent de montrer, — et en faisant allusion à ce fait le préopinant a eu raison, mais non pas dans les conséquences qu'il en tire, — ce qu'ils ont montré, dis-je, sur les champs de bataille de Bohème. Avec la bravoure brillante qui a de tout temps caractérisé les Polonais, ils ont prouvé leur dévouement à la patrie prussienne, leur attachement à la Couronne de Prusse; 1ls ont mêlé leur sang au nôtre, à celui de leurs compatriotes de langue allemande. Tout le monde sait que la majeure partie de l’héroïque cinquième corps-d’armée (1) se recrute dans les contrées où la population polonaise prédomine à peu près sans mélange; celle-ci précisément vient de sceller de son sang sa conviction qu’elle appartient au peuple prussien, et la distinction que vous avez établie artificiellement, n'existe pas dans les cœurs de ceux que vous représentez 1CI1.
Le gouvernement avait présenté un projet de loi, où il demandait un bill d’indemnité pour l'emploi des budgets de 1862 à 1866. La commission de la Chambre proposait d'approuver le projet de loi, avec quelques additions auxquelles le gouvernement déclarait consentir. Dans la discussion qui eut lieu sur ce sujet, le ministre-président, comte de Bismarck, prononça le discours suivant :
Plus le gouvernement du Roi désire sincèrement la paix, plus vivement aussi ses membres sentent l'obligation de s'abstenir d'entrer dans une critique rétrospective, soit pour se défendre, soit pour attaquer. Nous avons, durant
1 Dans la campagne de 1866, le cinquième corps-d'armée (province de Posen), sous le commandement du général de Steinmetz, prit la part la plus glorieuse aux combats de Nachod et de Skalitz.