SÉANCES DES 12 MARS ET 6 AVRIL
La guerre de 1866 fut le sujet dans les débats du Reichstag de plusieurs attaques rétrospectives contre la politique prussienne.
Notamment, dans la séance du 12 mars, le député catholique de Mallinkrodt mêla des récriminations de ce genre à la discussion générale du projet de Constitution. Il prétendit qu'au moment où la guerre éclata, on était persuadé en Allemagne et en Prusse même que l’agression et le tort étaient du côté de cette puissance. L'’orateur dit ensuite: , M. le comte de Bismarck parlait dernièrement du martyrologe Six fois séculaire de l'Allemagne. Je crois que cette manière de compter n'est pas exacte et qu'on ne saurait dater notre martyrologe national du temps où Rodolphe de Habsbourg détruisit les châteaux des che- »Yaliers-brigands, pour rendre la paix intérieure à l'Allemagne.“ — Le comte de Bismarek répondit :
Si je ne repousse pas autrement que par une simple protestation ce qu'a dit M. le préopinant: que la Prusse aurait, l’année dernière, cherché la guerre qu'il lui eût été possible d'éviter, — vous apprécierez, Messieurs, les motifs qui mempêchent d'irriter ici des blessures à peine cicatrisées. Puisque j'ai pris la parole, je veux encore protester contre l'indication chronologique relative aux événements de l’histoire d'Allemagne, — que l’orateur m'a imputée. Si J'ai parlé dernièrement d'un martyrologe six fois séculaire, un Calcul exact suffit pour montrer que le commencement de ce martyrologe remonte à une époque antérieure à Rodolphe de Habsbourg, J'ai compté à partir de la chute des Hohenstaufen, et je crois avoir eu raison. Le préopinant s'est laissé aller à exécuter un petit mouvement de flanc en faveur des chevaliers-brigands. D'où venait ce
brigandage? du bouleversement de l'empire allemand pendant l’interrègne! Et d'où provenait ce bouleversement? de la défection des Guelfes et de la victoire des ultramontains!
Dans la séance du 6 avril, comme il était de nouveau question de la guerre de 1866 et de la conduite tenue à cette epoque par le parti progressiste, le député Duncker prétendit que le ministère Bismarck s'était alors engagé dans une partie on ne peut plus aventureuse, — Le comte de Bismarck répliqua :
M. le préopinant vient de dire que le ministère à la tête duquel j'ai l'honneur d’être placé, avait joué, l’année dernière, une partie très hasardeuse, qui a été gagnée en fin de compte par la bravoure du peuple, — et continuant ainsi à fomenter les suspicions que la feuille citée par lui ({) n’a pas cessé un instant d'entretenir contre le ministère avant comme après la guerre, 1l nous a accusés d'avoir, de gaîté de cœur, risqué dans une aventure qu'il qualifie de jeu et que par conséquent nous eussions pu éviter, — l'honneur, l'indépendance et la liberté de la Prusse. Je repousse cette imputation, que j'entends aujourdhui non pas pour la première fois, mais que je trouve ici l’occasion de combattre publiquement, je la repousse de toutes mes forces comme une invention mensongère de parti. Nous nous sommes trouvés, — en face d'injustes attaques préparées de longue main, en face d’un abus de majorité contre la Prusse dans la Diète germanique, en face d’un danger que pour notre légitime défense nous ne pouvions repousser qu'avec des baïonnettes, — nous nous sommes trouvés dans la nécessité de tirer l'épée, — et nommer cela un jeu, une partie téméraire et risquée, c'est.... je ne veux pas employer l'expression qui est venue sur mes lèvres, elle ne convient pas dans cette enceinte.
1 La Gazette du Peuple, journal du député Duncker (progressiste).