‹ Les discours de m. le comte de BismarckChapitre 32 sur 138 · PASSÉ POLITIQUE DU COMTE DE BISMARCK · texte numérisé non relu

PASSÉ POLITIQUE DU COMTE DE BISMARCK

Le passé politique du comte de Bismark. — Le député Duncker, dans la discussion générale de la Constitution, rappela que le côté droit du Parlement d'Erfurt ne voulait accepter la Constitution que si on la revisait de manière à la mettre en harmonie avec le Statut prussien, — et que le comte de Bismarck lui-même (1) avait dit alors: , Nous voulons l'Etat fédéral, mais s'il faut, pour l'avoir, sacrifier la Constitution prussienne, nous n’en voulons pas.“ — L'’orateur faisait observer que la situation, à cette époque (ou, si l’on veut, les opinions de M. de Bismarck en matière de Constitution fédérale), aurait été ainsi l'opposé de ce qu'elle était présentement au Reichstag. — Il ajoutait re pas comprendre, — si le droit de voter le budget était aussi peu important que le comte de Bismarck l'avait représenté, — comment celui-ci pouvait avoir employé les plus belles années de sa vie à soutenir sur ce droit budgétaire une lutte sérieuse avec la Chambre des Députés.

Le comte de Bismarck répondit comme il suit à cette attaque personnelle :

L'orateur que nous venons d'entendre a rappelé le parlement d'Erfurt et s’est occupé de mon passé politique. Je ne parle pas volontiers de ma personne, je n'ai pas l'habitude de le faire, mais j'éprouve, à cette place où je suis ici, le plus vif besoin dinspirer confiance en ma personne, et c'est ce qui m'engage à m'expliquer en quelques mots sur la situation que j'occupais à Erfurth et sur celle que jai actuellement.

J'arrivais à Erfurt avec les idées politiques que j'avais apportées, je pourrais dire, de la maison paternelle, — et surexcité, à cette époque, par la lutte contre le mouvement de 1848, celui-ci attaquant un régime qui m'était cher. L'année suivante, en 1851, je suis entré dans la politique pratique et j'ai eu, depuis, l’occasion, durant seize années passées dans des situations où je me suis occupé sans interruption de grande politique et notamment de politique allemande, — l’occasion, dis-je, d'acquérir l'expérience pratique. Là je me suis convaincu qu'aux places de spectateur, — et je ne parle pas seulement de la scène théâtrale, où se joue une représentation de la vie humaine, — on voit le monde politique

1 Député à ce Parlement.

tout différent de ce qu'il est pour celui qui se trouve derrière les coulisses, et que la diversité des impressions n’est pas uniquement due à l'éclairage.

J'ai pu apprendre par moi-même que l'on juge autrement la politique tant qu'on s’en mêle en simple dilettante, sans être chargé du poids de la responsabilité, et seulement dans les moments de loisir laissés par les travaux professionnels, — qu’on la juge tout autrement que si l’on y prend part avec l'entière responsabilité des suites de chacun de ses actes. Dans l'exercice de mes fonctions à Francfort(!), j'ai reconnu que beaucoup d'éléments dont ma politique à Erfurt avait tenu compte, n’existaient pas en réalité et que l’union intime avec l'Autriche, — comme les souvenirs de la Sainte-Alliance, qui m'avaient été transmis par les traditions des générations précédentes, me la faisaient concevoir, — était impossible, parce que l'Autriche, celle sur qui nous avions compté, — c'était l’époque, alors, du prince de Schwarzenberg, — n'existait pas du tout. Je me borne à ce simple coup d'œil rétrospectif, en ajoutant que je me regarde comme heureux de n'être pas un de ces hommes qui n'apprennent rien du temps n1 1 de l’expérience.

Puisque M. le préopinant à exprimé un certain étonnement de ce que j'aie consacré les meilleures années peutêtre de ma vie politique à combattre le droit de discuter le budget, je demanderai à rappeler un fait, c’est qu'il n’est. pas bien sûr que l’armée qui à gagné les batailles de l’année dernière eût possédé l’organisation qu’elle avait à ce moment, si, dans l'automne de l’année 1862 (?), il ne s'était trouvé personne de prêt à conduire les affaires d’après les ordres de Sa Majesté, en laissant de côté la résolution prise le 23 septembre de la même année par la Chambre des députés (*).

1 Comme représentant la Prusse à la Diète.

d Époque de l'entrée de M. de Bismarck au ministère. 8 Refus de voter le budget militaire.

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