ÉLECTIONS DE LA PROVINCE DE POSEN
lait à leur langue et à leur culte, aux Allemands qu'on en voulait à leur foi catholique.
A Zodyn, un propriétaire de bien noble, M. Jænsch, ayant demandé aux paysans, dans la journée du lundi, 11 février, pour quel motif ils voulaient donner leurs voix au prêtre Kunze, ceux-ci lui ont répondu :
,Ne nous en voulez pas; nous vous devons mille bienfaits, et notre bien vous est à cœur; mais, cette fois, nous ne pouvons suivre vos conseils : il y va du salut de notre âme. Le curé d'Obra nous a dit que si nous ne lui obéissions pas et que nous ne votions pas pour lui, »nous ne pouvions pas compter sur l’absolution à Pâques.“
A Woynowo, les femmes des paysans allemands catholiques sont allées trouver leur maître, le propriétaire foncier Bœhmack, et lui ont demandé comment il pouvait engager leurs maris à faire une chose où le salut de leur âme était compromis.
Le prêtre Zebski, de Slupia, — ne faisant, d’ailleurs, qu'imiter beaucoup de ses confrères, — a prèché, le 10 février, sur les élections, et assuré, en sanglotant, à ses paroissiens que s'ils ne nommaient pas un député polonais, c'en était fait indubitablement de la religion catholique et de la langue polonaise. Après le service divin, les bedeaux ont distribué, hors de l’église, les bulletins de vote.
Je dépose le document, où sont relatés des faits analogues, — peut-être vingt, peut-être cinquante, — sur le bureau de la Chambre. Tout le monde pourra en prendre connaissance, et je me réserve de le livrer plus tard à la publicité. Les rapports détaillés ne nous sont pas encore parvenus sur les élections dans la province de Prusse orientale, ni sur celles de la partie polonaise de cette province. Mais je puis dire, en m'autorisant des pièces que j'ai sous les yeux, que dans des localités où, de notoriété commune, trois personnes seulent parlaient polonais, cent trente électeurs de religion catholique, pressés par des inquiétudes de conscience et des craintes pour le salut de leur âme, ont voté pour le candidat polonais. Comme d'habitude, les fem-
mes ont été mises en mouvement. On cite ce propos de l’une d’elles :
,Si nous laissons maintenant nos maris voter pour un Allemand, dans quinze jours viendra un pasteur évangélique qui nou; débaptisera, et nous devrons tous nous faire Allemands. “
J'ajoute ici que la sainteté du caractère ecclésiastique ne me permet pas de douter que les prêtres dont je parle n'aient Cru eux-mêmes ce quils ont dit à leurs ouailles; mais alors, Messieurs, leur ignorance des choses temporelles est telle que le gouvernement doit témoigner son vif désir de voir le haut clergé y remédier, surtout si, dans ce pays, les ecclésiastiques doivent conserver la surveillance de l'instruction de la jeunesse. |
Tout ceci m'autorise à conclure que, si Messieurs les députés de langue polonaise, à côté de leur mandat général, ont un mandat particulier, ce ne peut être que de défendre l'Église catholique contre toutes les attaques. Eh bien, Messieurs, si ces attaques se produisaient, soyez convaincus que je serais pour vous, ainsi que le gouvernement royal, un allié aussi sûr et aussi déclaré que l’est mon collègue catholique, M. le conseiller intime de Savigny:
Pour éclaircir la question de savoir si les catholiques ont voté dans la conviction qu'ils avaient à sauvegarder leurs croyances, ou les Polonais dans le désir de voir affirmer ici leurs aspirations nationales, quelques données statistiques sur la population de cette province ne seront pas inutiles.
Le dernier recensement donne, pour les provinces de Posen et de Prusse orientale, — les seules qui entrent ici en ligne de compte, — un chiffre de 2,700,000 et quelques habitants, dont 1,150,000 Polonais, et 1,400,000 catholiques, polonais et allemands ensemble. 11 résulte de là que, dans les deux provinces, se trouvent environ 300,000 catholiques allemands, qui, pour le plus grand nombre, ont été déterminés, par ces intrigues, à voter pour les candidats polonais. Dans d’autres circonscriptions électorales, l’ex-