‹ Les discours de m. le comte de BismarckChapitre 36 sur 138 · ORIGINES DE L’ANCIENNE PRUSSE · texte numérisé non relu

ORIGINES DE L’ANCIENNE PRUSSE

trème Gauche du parti progressiste s’est laissée aller, aussi elle, à voter pour le candidat polonais, M. de Donimierski.

Vous n'êtes donc pas autorisés, je crois l'avoir démontré ici, à parler au nom des trois millions d'habitants de ces deux provinces. Tout au plus avez-vous qualité pour prendre la parole au nom des catholiques; mais vous ne l'avez pas pour parler au nom des Polonais; vous l'avez encore moins pour plaider la cause de la nationalité, au nom d'électeurs qui n’ont voté pour vous que par crainte de se voir menacés dans ce qu'ils ont de plus cher, leurs croyances, alors, surtout, que cette crainte avait été éveillée en eux par d'artificieuses et mensongères insinuations.

En touchant au passé, le préopinant m'a invité, pour ainsi dire, à le suivre sur ce terrain. J’examinerai done, à mon tour, si, au point de vue de l’histoire, il peut avoir mission de représenter spécialement et avec plus de droit que qui que ce soit les intérêts de ces deux provinces.

Quelles sont les origines de la Prusse occidentale et de la domination de l'Ordre Teutonique en Prusse? Le duc Conrad de Mazovie (1), voulant mettre un terme aux incursions des hordes alors païennes des Prussiens, qui portaient le ravage jusqu'au cœur de ses États, la Cujavie et la Mazovie, appela à son aide les chevaliers de l'Ordre Teutonique. Il leur donna le petit pays de Dobrin, alors polonais, et leur promit, en même temps, — ce qui était dans la nature des choses, — de reconnaître comme leur possession tout ce qu'ils enlèveraient à la barbarie de l’homme et de la nature, à la tribu inculte et païenne des Prussiens.

Tout le pays situé à l’est de la Vistule, et qui forme aujourd'hui une portion considérable de la Prusse occidentale et de la Prusse orientale, devint ainsi un pays purement germain, habité et défriché par des colons allemands. L'Ordre acquit plus tard, en vertu des traités les plus légitimes, la partie de la Prusse occidentale située sur la rive gauche de la Vistule. Au 13° siècle, en effet, après

1 En 1230.

l'extinction non point d'une dynastie polonaise, maïs de la ligne des ducs transpoméraniens dont Metewin IL était le dernier rejeton, la Transpoméranie et sa capitale, Dantzig, échurent à leur suzerain, Waldemar, margrave de Brandebourg, qui en prit possesion. Après sa mort prématurée, ses successeurs s'étant trouvés hors d'état de conserver cet héritage, firent abandon à l'Ordre Teutonique du territoire appelé alors Transpoméranie et qui est la Pomérellie actuelle.

Plus tard, la Couronne de Pologne en dépouilla, par la guerre et la conquête, l'Ordre Teutonique, qu'avaient affaibli les intrigues de ce que j'appellerai le parti progressiste prussien de cette époque, c’est-à-dire les villes et les états provinciaux, d'intelligence alors avec les Polonais, leurs ennemis. Les Allemands furent défaits à Tannenberg. Enfin, après un long va-et-vient de traités entre Dantzig, les autres villes et les états de la Prusse oceideutale, il fut conclu avec la Couronne de Pologne une convention établissant entre la Pologne et la Prusse occidentale des rapports d'union personnelle, rapports souvent invoqués plus tard, mais toujours sans succès, par les habitants de la Prusse occidentale, qui protestaient alors comme le font ici les députés polonais.

En 1466, la paix de Thorn ratifia cette transaction, et c'est ainsi que la Pologne, du droit de la conquête, droit sanctionné plus tard par des traités, devint maîtresse de la Prusse occidentale. Elle usa bien vite de sa domination pour poloniser le pays, non point en y portant la eivilisation, comme nous le faisons pour cette Pologne que l’on nous accuse de germaniser, mais en employant le feu, le fer et la tyrannie. Sans respect pour les traités conclus, elle installa dans la Prusse occidentale des fonctionnaires polonais, qui s’y enrichirent en dépouillant les nobles et en les polonisant de force. Aïnsi, du nom de la vieille famille allemande Autten, par une simple traduction, on faisait: Czapski; Rautenberg, en polonais, devenait: Klinski, et Stein: Kaminski.

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