SCHLESWIG-NORD
mands déclarant hautement qu'ils veulent rester tels, nous ne pourrions, à mon avis, faire autrement que d'assurer le sort de ceux-ci, soit en nous réservant des enclaves, soit en concluant avec le Danemark un traité international, pour la scrupuleuse observation duquel nous devrions demander d'autres garanties que celles qui ne protégeaient qu'imparfaitement jadis les Allemands du Schleswig:
N'oublions pas, en outre, qu'il pèse sur le Schleswig- Holstein une dette considérable qui frappe toutes les parties des duchés. De la dette danoise, les duchés ont pris à leur charge 29,000,000 de thalers danois, ou, si mon calcul est juste, environ 22,500,000 thalers prussiens. Comme part de ses frais de guerre, dans la campagne du Schleswig- Holstein, nous avons payé à l'Autriche, d’après la teneur du traité de Prague, la somme de 15 millions. Nos propres frais de guerre, que le traité de paix de Vienne impose aux duchés l'obligation de nous rembourser, s’éleveront, ainsi qu'on l’a estimé approximativement, à 25 millions de thalers. Voilà donc une somme totale de plus de 60 millions de thalers, soit plus de 60 thalers par tète d'habitant. Une population d'environ 100,000 âmes, par exemple, devrait nécessairement prendre à sa charge une dette proportionnelle de 6 millions et quelque cent mille thalers. Tous ces points devront être éclaircis dans les négociations avec l'Autriche, avec le Danemark, avant de procéder à l’exécution de l’article V du traité de Prague. La Constitution fédérale ne peut être ajournée si longtemps ni les frontières de la Confédération rester jusque-là indécises. Notamment sur ce dernier point, il est évident qu'aucun Schleswigeois ne saurait prétendre posséder, en vertu de l’article en question, même un droit moral. Et que du-traité conclu par nous avec l'Autriche aucun habitant du Schleswig ne puisse déduire un droit juridique, &est ce que je n'ai nul besoin de démontrer devant une Assemblée qui compte tant de juristes dans son sein.
De la position de la Prusse vis-à-vis de la Hollande et du Limbourg, — et de la situation du Luxembourg. — Dans la même séance, le député Schraps se plaignit de ce qu'on eût exclu le Luxembourg et le Limbourg de la Confédération du Nord. — Rattachant cette question aux bruits répandus par la presse à cette époque et d'après lesquels la Hollande aurait été menacée par la Prusse, — le comte de Bismarck prononça le discours suivant :
Je suis heureux que l'honorable préopinant me donne l’occasion de repousser ici les soupçons absurdes répandus par une partie de la presse au sujet de nos relations avec la Hollande. Je ne sais qui a trouvé intérêt à insinuer que ce pays, ou une partie quelconque de son territoire füt menacé par la Prusse ou par l'Allemagne. Comme si un homme d'État prussien avait-jamais songé à porter envie ou préjudice aux possessions hollandaises !
Les craintes semécs à cet égard ont eu peut-être pour le gouvernement du roi de Hollande l’agréable effet de rendre les Chambres néerlandaises plus empressées à voter le budget militaire; mais là ne saurait être l’origine de ces bruits absolument imaginaires, et auxquels nous n'avons jamais donné, même par une simple syllabe, l'ombre d’une occasion de se produire.
Nous avons eu avec la Hollande, — avec les Pays- Bas, pour parler plus exactement, — une petite explication sur le Luxembourg, à l’occasion de la dernière guerre. Le gouvernement du grand-duc de Luxembourg ne suivit pas l'exemple que nous lui avions donné en nous séparant de l’ancienne Confédération germanique, après la déclaration de guerre des 14 et 16 juin; il maintint son envoyé auprès de la Diète, s’associant ainsi, en quelque sorte, puisqu'il continuait de faire partie de cette assemblée, à la ligue qui était en guerre avec nous. J’eus sur ce point une explication avec M. le ministre des Pays-Bas, qui, sans avoir un mandat précisément direct, représentait cependant ici, e& mandato prœæsumpto, le gouvernement du Luxembourg. Nous convinmes tous les deux que, juridiquement parlant, la Prusse était en guerre avec le Luxembourg, mais que, de part ni d'autre, nous n'avions le moin-