‹ Les discours de m. le comte de BismarckChapitre 44 sur 138 · IDÉE D’UNE CHAMBRE HAUTE · texte numérisé non relu

IDÉE D’UNE CHAMBRE HAUTE

J'aime à croire que la Chambre sera sensible à la flatterie indirecte que je viens de lui adresser. (1)

Pour ce qui est de la proposition d’instituer une Chambre haute, elle ne peut être par elle-même et en principe que bienvenue auprès de tout conservateur. Je compare la Chambre haute à un frein appliqué à la machine de l'État, pour empêcher un glissement trop rapide sur les pentes; elle assure une participation plus grande aux affaires publiques de ceux qui ont quelque chose à perdre, de ceux qui ne sont pas enclins à jouer gros jeu aux frais et aux risques de l’État, parce que leur propre enjeu est trop élevé. C’est là une application à notre régime des avantages essentiels qu'offrent les institutions anglaises, avantages que japerçois dans ce fait qu'en Angleterre il y a un grand nombre d’'existences quasi-royales, — je m’expliquerai tout à l'heure sur le sens que j'attache à ce mot, — d'existences totalement désintéressées, n'ayant proprement à désirer en ce monde rien d'important qui puisse les entrainer à juger autrement que d'après leur conviction calme et réfléchie, pour le plus grand avantage du bien public; existences satisfaites, dirai-je plutôt, que n’agite point le désir de chercher dans le domaine politique la satisfaction d'’ambitions sociales ou financières. C’est là ce que je considère comme un très grand avantage des institutions anglaises. En ce pays, on n’expérimente pas à la légère, car ceux qui sont appelés à expérimenter ont ensemble à risquer un énorme enjeu de fortune et de prospérité.

Malgré tout, nous n'avons pas cru devoir rendre plus pesante encore, en l’augmentant d’un troisième, ou, si vous aimez mieux, d’un quatrième rouage, la machine gouvernementale déjà très compliquée, telle que l’établit la Constitution que nous avons préparée.

Il ne m'est pas facile de me faire l’idée d’une Chambre haute allemande qu'on puisse intercaler entre le Conseil fédéral qui, je le répète, est tout à fait indispensable comme

1 Le Reichstag est élu directement par le suffrage universel.

étant l’organc à l’aide duquel la souveraineté des États particuliers continue à trouver son expression, — intercaler, dis-je, entre le Conseil fédéral et le Parlement; on créerait ainsi un membre intermédiaire qui, par son importance dans la hiérarchie sociale, serait jusqu'à un certain point supérieur au Parlement, mais assez inférieur au Conseil fédéral et à ceux qui en nomment les membres, pour justifier cette classification. Nous n’aurions pas dans une telle Chambre des Pairs souverains, des membres qui pussent rivaliser dans leur position sociale avec les souverains de second ordre. Le Conseil fédéral représente jusqu'à un certain point une Chambre haute, où le Roi de Prusse est primus inter pares, et dans laquelle le reste de la haute noblesse allemande qui à conservé la souveraineté trouve sa place. Mais vouloir compléter cette Chambre souveraine, en lui adjoignant des membres non-souverains, me paraît pratiquement trop difficile pour que l'exécution en soit tentée. D'un autre Côté, amoindrir cette même Chambre dans ses éléments constitutifs, en dehors de la Présidence, à ce point qu’elle ressemble tout à fait à une Chambre des Pairs, pouvant être complétée par en bas, c’est ce qui me semble impossible, et jamais je n’oserais proposer mème vaguement pareille chose à un souverain comme le roi de Saxe. La principale raison pour laquelle nous n'avons pas proposé la division du Parlement en deux Chambres, est toujours la complication trop grande de la machine politique. Le travail législatif de la Confédération peut déjà subir un temps d'arrêt par suite d’un dissentiment durable entre le Conseil fédéral et le Parlement, comme 1l arrive dans la pratique de tout système à deux Chambres; mais avec un système à trois Chambres, — je considère le Conseil fédéral comme en composant une, —- la possibilité, la probabilité d’un tel temps d'arrêt serait encore plus grande, et le mécanisme deviendrait par trop lourd.

Puisque J'ai pris la parole, je ferai encore quelques remarques sur le passage final de l’article , c'est-à-dire l’inéligibilité des fonctionnaires. Cette disposition est motivée par

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