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LE DROIT DE REPRÉSENTATION DIPLOMATIQUE

toute l'activité diplomatique était absorbée par les ambassades fédérales, les Chambres des divers États considéreraient la représentation diplomatique particulière comme superflue et cffaceraicnt au budget les dépenses afférentes. Ce qui, selon moi, dans la période où nous sommes, ne contribuerait pas précisément à affcrmir Iles relations entre nous, ni à les rendre meilleures. Il est très désirable, dans mon opinion, que l’on ne supprime pas si tôt et de propos délibéré les ambassades des petits États: micux est d’attendre jusqu'au moment, s’il arrive, où elles tomberont en quelque sorte comme un fruit mür. La réunion actuelle du Conseil fédéral nous a donné l’occasion de nous occuper de la création d’une représentation politique fédérale, et, dans nos entretiens confidentiels au sein de ce Conseil, nous sommes arrivés à ce point que j'ai déjà pu, sans craindre de blesser les gouvernements, nos fidèles confédérés, demander verbalement à Sa Majesté le Roi son consentewent à la nomination d’ambassadeurs et de chargés d’affaires pour représenter la Confédération. Ce consentement, je l’ai obtenu, et ainsi les nominations seront faites très prochainement.

Que nous soyons d’ailleurs exposés à voir traiter la reconnaissance de Ja Confédération comme une question douteuse, c’est une crainte, je le répète, que je n'ai point; les usages diplomatiques m'empêchent de dire ici d’une manière plus précise pourquoi je n'ai pas cette cramte.

Quant à ce qui concerne la seconde partie de la proposition, je ne puis être d'accord avec ses auteurs, et Je Wous pricrai d’avoir confiance en l'expérience du gouvernement et sa connaissance des affaires, lorsque je déclare sans détour que les ambassades (prussiennes) auprès des souverains nos confédérés sont pour nous une nécessité pratique et le seraient encore si le territoire fédéral s’agrandissait. Ce sont des organes dont la Présidence et le Chancelier fédéral ne peuvent se priver sans préjudice pour la conduite des affaires, Supposez que ces ambassades à

l'intérieur du territoire fédéral soient supprimées, quels AT

moyens aurons-nous pour agir sur les divers gouvernements confédérés dont nous sommes constitutionnellement obligés et très résolus aussi à respecter l'indépendance, comment ferons-nous valoir auprès d'eux les motifs qui nous déterminent à présenter telle ou telle mesure, et pourrons-nous au besoin en appeler de quelque agent d’un de ces gouvernements qui n’admettrait point nos raisons, au ministère dont il relève ou à son souverain? Quel moyen nous restet-il si ces ambassades sont supprimées? — un seul, souvent employé dès à présent, mais qui n’est pas suffisant dans toutes les affaires; celui d'écrire directement à un gouvernement et de lui expliquer par lettre ce que nous désirons. Mais cette correspondance n’a pas le même effet que si nous avons sur place un agent diplomatique. Celui-ci est à même de se rendre auprès du souverain et de plaider notre cause; ce qu'il fera avec plus de zèle que le représentant même de l’autre gouvernement, lequel est 1e une partie de l’année seulement, pour siéger dans le Conseil fédéral, et qui peut-être de son côté a d’autres opinions que les nôtres. En tout cas, notre représentation — je dirai, par exemple, près le gouvernement d'Oldenbourg — sera mieux assurée si elle à lieu par un organe prussien, notamment dans tels cas où il s’agit de persuader Oldenbourg pour le ramener à notre opinion, différente de la sienne. Nous avons, à mon avis, absolument besoin pour les affaires d'un semblable organe permanent; nous en aurons toujours besoin; et plus vivement se développent les rapports fédéraux, plus forte aussi se fera sentir cette nécessité. . C’est pourquoi nous n’avons pas seulement accrédité des représentants diplomatiques dans certaines localités qui comme résidences de souverains sont naturellement désignées pour recevoir des ambassades, mais tout le territoire de la Confédération de l'Allemagne du Nord est couvert, si je puis parler ainsi, de nos lettres de créance; il n'y a pas un gouvernement fédéral près lequel ne soit accrédité un agent de notre gouvernement ou de Sa Majesté

le Roi.

Ainsi, par exemple, notre Envoyé à Weimar est accrédité près les autres Cours de Thuringe, en tant qu’elles ne sont pas dans le ressort de l’ambassade de Prusse résidant à Dresde; notre Envoyé à Hambourg est également accrédité près les villes anséatiques de Brème et de Lübeck, et près les deux grand-duchés de Mecklembourg'; et il nous est excessivement utile pour faire nos communications officielles à Schwerin, pour y appuyer la demande de ce que nous voulons obtenir, enfin pour préparer les décisions qui ne peuvent être prises sans le consentement du gouverncment mecklembourgeois. Si cet agent diplomatique est plus rétribué que nos autres Envoyés en Allemagne, la cause en est dans la chcrté qui règne ‘à Hambourg; et c'est pour cette raison de cherté locale que le træitement de ce poste a reçu, il y a quelques années, une augmentation demandée depuis cinq ou six ans déjà. Notre Envoyé à Oldenbourg est en même temps accrédité près Son Altesse le duc de Brunswick et les autres princes du Nord de l'Allemagne.

Je voudrais prier Messieurs les Députés de renoncer à l’idée de nous enlever ce moyen d'action auprès de nos confédérés, — tandis que dans la première partie de la proposition, comme je l'ai dit, je vois le but de notre politique très justement reconnu et fixé; J'ajoute que je ne recule pas devant la pensée qu'un jour à venir le ministère tout entier des affaires étrangères pourra être transféré à l'Office de la Chancellerie fédérale, c’est-à-dire à la Confédération.

Dans le cours des débats, le comte de Bismarek répliqua comme il suit au député Dr Lœwe :

Je ne crois pas que M. Je député nous fasse un reproche juste quand il nous accuse de suivre vis-à-vis de la Russie une politique de satellite; je me permettrai à cet égard de lui recommander de lire la traduction des articles que M. Katkow et autres publient dans la presse nationale-russe de Moscou; il y verra qu'on y juge nos relations avec la Russie précisément en sens inverse, c'est-àdire que si l’on y emploie également l’image de deux as-

tres, mais d’une gravitation différente, c’est au gouvernement russe que l’on reproche d'accepter vis-à-vis de nous le rôle de la-lune — tout aussi peu justement, d'ailleurs, que M. le préopinant a semblé faire entendre que la Prusse, de son côté, accepte le même rôle.

Entre de grands États amis qui n’ont ensemble aucune lutte d'intérêts, il se présente de très nombreux cas où naturellement ces États marchent d'accord, parce que leurs intérêts sont les mêmes, sans qu'il faille, à cause de cela, essayer de troubler et d’aigrir leurs relations en attribuant à l’un le rôle de la subordination, à l’autre celui de la direction. Par ce motif, comme la susceptibilité nationale russe n’est pas moins vive que la nôtre, j'aurais désiré aussi que M. le préopinant s’abstint de prendre parti pour des sujets russes, qu'il a représentés comme opprimés par leur gouvernement. il a eu sérieusement à cœur de servir utilement ses protégés, je peux lui assurer qu'il a atteint juste le contraire de son but, et que ses clients lui sauront peu de gré d’avoir soulevé telles ou telles questions si épineuses. M. l’oratcur siége ici en toute süreté et parle tout à fait sans gêne. Mais 1l nous reste à savoir quelles seront les suites de ses paroles pour ceux qu'il a voulu protéger. Chaque gouvernement est jaloux de son indépendance, de son autonomie à l’intérieur, et, je le demande à M. le préopinant, voudrait-il lui-même conseiller au gouvernement du Roi de souffrir l'immixtion d’un gouvernement étranger quelconque relativement à la manière dont il agit envers ses propres sujets? — Non, j'en suis convaincu, il repousserait une telle ingérence avec la même éncrgie que je crois de mon devoir de repousser au nom d’un gouvernement étranger et ami une immixtion dans ses affaires intérieures, — de la repousser dans l'intérêt mieux entendu de ceuxmêmes pour qui l’orateur à parlé, c'est-à-dire d’une petite minorité d’'Allemands qui sont comme un est à mille au milieu d'une majorité d'Esthoniens, de Lettes, et d’une encore plus grande majorité de Russes; — les compromettre, ce n'est pas un bon service qu'on leur rend.

En ce qui concerne le champ plus vaste abordé ensuite par l'orateur, je trouve qu'il cst en rapport si lointain avec la question actuelle et avec tout ce qui tient aux usages politiques et à la logique, que je ne veux pas y entrer. Pour revenir au fait, avec M. le préopinant, c’est-à-dire à l'activité diplomatique de l'ambassadeur de Prusse à Saint- Pétersboury, — que l’orateur à fait figurer deux fois en paroles, mais sans parler autrement de son action comme diplomate, — je puis vous assurer que le gouvernement ne donne pas une attention moins vive qu'auparavant à l’améhoration de nos rapports de frontières avec la Russie; j'ajJoute que s1 notre succès à cet égard est peu sensible, du moins avons-nous obtenu un certain résultat, puisque nous en sommes arrivés, Ces Jours-Ci, à pouvoir entamer, sur la demande de la Russie elle-même, des négociations, et que, par suite, un des directeurs de l'impôt des provinces de l'Est s'est rendu, sur invitation russe, à Saint-Pétersbourg. Nous espérons que dans ces négociations l'ambassadeur de Russie pourra attester l'intérêt que le gouvernement du Roi attache à ces questions, et que la sollicitude du gouvernement russe pour ses propres sujets nous aidera à avancer la solution, car c'est toujours un avantage — ct M. le préopinant semble le contester à tort, — d’habiter de ce côtéci de la frontière; les sujets russes, de l’autre côté de la frontière, habitant les contrées supérieures du Niémen et de la Vistule, souffrent infiniment plus de cette fermeture de la frontière que les sujets prussiens sur notre territoire, par Ja simple raison déjà que ceux-ci sont maîtres des côtes, tandis que ceux-là habitent des districts intérieurs, dont les cours d’eau ont leur embouchure en Prusse. () L'orateur espère que le gouvernement russe ne sera pas insensible aux souffrances de nos provinces prussiennes et voudra en tenircompte; pour moi, j'ai plutôt l'espérance que le gouvernement impérial arrivera à se convaincre qu'il doit encore plus aux habitants de ses propres districts-frontières

1 Voir sur le même sujet une exposition plus étendue, 1er volume des Discours, p. 261—272,

d’alléger et de faciliter les rapports commerciaux entre les deux pays, -— et que nous ferons des progrès, lents peut-être, mais continus vers ce but, bien qu'il ne me soit pas possible dès aujourd'hui de dire quand nous l’atteindrons.

Le comte de Bismarek répondit ensuite au député de Waligorski:

Si M. le préopinant avait raison de dire qu'il ne sortira rien des négociations à Saint-Pétersbourg, je regretterais sincèrement cet insuccès; mais, quoiqu'il en soit, nous faisons de notre côté tout ce qui peut être fait pour que ces négociations aient un résultat.

J'ai pris la parole seulement pour rectifier une assertion que M. l'orateur croit m'avoir entendu énoncer. Les paroles que jai dites s'appliquant à un gouvernement étranger, jattache de l’importance à ce qu’elles conservent, non pas la forme que M. le préopinant leur prête, mais celle que je crois leur avoir donnée. D’après l’orateur, j'aurais dit que la manière dont M. le député Lœwe a soulevé la question relative aux provinces orientales, et d’autres questions encore, ne réussirait qu'à faire encore plus de malheureux; je ne crois pas m'être servi d'une telle expression, l’Assemblée en témoignera pour moi, mais j'ai dit qu'un gouvernement indépendant et puissant souffre difficilement l’immixtion de corps politiques étrangers dans ses affaires intérieures, et que M. le député n'aura pas bien servi la cause de ceux qu'il veut défendre, s'il compte en leur faveur sur quelque autre action protectrice, au heu de se confier uniquement au sentiment de justice de Sa Majesté l'Empereur décidant en dernier ressort.

Le Ministre-président termina par cette observation personnelle en réponse au député Dr Lœwe :

Je veux faire observer personnellement à M. l’orateur que je n'avais à m'occuper que de la question, et ne songeais pas à me livrer à une attaque contre sa personne ou sa politique; j'ajoute que j'ai parlé précisément dans l'intérêt de ceux qui sont en cause, plusieurs d’entre eux m'ayant ex-

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