‹ Les discours de m. le comte de BismarckChapitre 77 sur 138 · SOCIËÈTÉS MILITAIRES DE SAXE. D · texte numérisé non relu

SOCIËÈTÉS MILITAIRES DE SAXE. D

et fit remarquer que le protecteur de ces sociétés était en même temps le commandant en chef du corps d'armée saxon (Prince Royal de Saxe). — Le comte de Bismarek répondit à ce sujet:

Je ne saurais admettre que $. A. R. le Prinec Royal de Saxe, commandant du corps saxon, ait rien de commun avec l’almanach dont il s'agit. En quelles relations Son Altesse cst-clle avec les sociétés militaires, cest que j'ignore jusqu'à présent. Si ce sont des relations de protectorat, qui lui assurent quelque influence sur ces sociétés, dans ce cas, je suis convaincu que le contenu de cet almanach ne sera pas sans réagir sur de telles relations, -— ou sur l’almanach même.

Cette publication m'a paru aussi singulière qu'à M. le préopinant; ct l'ambassadeur du Roi à Dresde m’a envoyé, sur le désir que je lui en exprimais, un exemplaire du dit alhmanach, en m'écrivant que — d’abord les sociétés militaires sont des institutions privées, indépendantes du gouvernement saxon, et qu'ensuite l’almanach en question, étant une spéculation particulière du rédacteur du Camarare, ne tient pas proprement à ces sociétés; d'où 1l résulte que S. A. R. le Prince Royal pourrait fort bien être le protecteur des dites sociétés, sans avoir quoi que ce soit de commun avec cette publication; j'en suis d'autant plus certain qu'il est tout à fait impossible de croire, en considérant la conduite nationale, patriotique du gouvernement royal de Saxe et sa fidèle observation des traités, — de croire qu'aucune haute situation officielle dans le royaume de Saxe puisse sanctionncer la manière dont il est parlé des relations fédérales dans cet almanach. Il est vraisemblable pour moi que le sénéral mis à la retraite, de Holtzendorf, est à la tête des sociétés dont nous parlons, attendu que ce général est président de l'Union des Invalides, laquelle se rattache aux sociétés militaires. J'ai peine à croire cependant qu'un officier supérieur saxon, même ayant été mis à la retraite, puisse prêter son nom et son concours à des élucubrations comme celles que nous trouvons dans cet almanach, et que peut-être l'argent étranger a payées.

Enfin, le Ministre-président reprit la parole, pour répondre au député Duncker :

Je dois m'être mal fait comprendre, si M. l’orateur peut dire que le Conseil fédéral, y étant invité par mot, a délibéré sur la nomination des ambassadeurs. Cela n’a pas eu lieu. Dans mon opinion, la Présidence fédérale aurait le droit, sans consulter autrement le Conseil fédéral, de nommer les ambassadeurs. Mais nous ne croyons pas qu'il soit convenable d’user toujours de tous les droits qu'on possède, sans que Ceux qui ont aussi un intérêt à ce que ces droits soient excrcés ou non, aient la conviction préalable qu'il est juste d'en user; jamais nous n'avons voulu exercer ce droit incontestable qu'avec ménagement, et qu'après nous être assurés, dans le Conseil fédéral, par des pourparlers confidentiels, qui finissaient à l’amiable, grâce peut-être à ce que l’action diplomatique les avait préparés, — que notre opinion était librement adoptée, aussi, par nos confédérés.

Quant à notre représentation diplomatique à Hambourg, il serait très regrettable pour nous d'en être privés, par rapport surtout aux deux Mecklembourg (1), dont les conditions particulières comme États rendent leur assimilation fédérale extrèmement difficile. Que dans l'avenir un changement se produise à cet égard, je n’oserais l’affirmer d'avance. Je voudrais aussi, dans ce moment où il s’agit du budget d’une année, ne pas mavancer si loin par anticipation. J’ai déjà fait observer précédemment qu'on peut se figurer sous un autre nom (que celui d'ambassade) l'institution d’un agent de la Présidence fédérale près les différentes Cours de la Confédération. Lorsque M. le préopinant dit qu'il serait peut-être parfois utile que le gouvernement prussien fût en minorité ct que la Droite n’eût pas le dessus, je réponds que le gouvernement prussien ne peut pourtant pas avoir pour tâche de faciliter cette pluralité de voix contre lui; au contraire, il doit avoir pour but que ce qu'il considère comme juste et que ce quil fait en ce sens continue à

1 Le représentant de la Prusse à Hambourg est également accrédité près les deux Mecklembourg.

* Mpss

avoir la majorité. Je ne sais plus quelle expression légèrement dédaigneuse M. l’orateur a appliquée, en finissant, à l'institution d'une ambassade; si je ne me trompe, il s’est servi du mot: «joujou »; je voudrais lui proposer, à ce sujet, d'en causer lui-même un jour avec notre représentant à Hambourg, pour savoir de lui sil ne croit pas ètre chargé d’une tâche très sérieuse qui réclame absolument toute son activité.

Le député Runge proposait d'effacer du budget 6000 thalers affectés au poste de Chargé d’affaires militaire de Prusse à Saint-Pétersbourg (1). Dans la discussion qui eut lieu sur ce sujet, plusieurs députés avaient exprimé le vœu que la Prusse ne renouvelât pas son cartel (?) avec la Russie. Le comte de Bismarck fit les observations suivantes:

Je ne pense pas devoir, à l’occasion du débat actuel, discuter la teneur du cartel prusso-russe ni examiner ce quà l'expiration de ce cartel le gouvernement prussien pourra faire ou fera; je m'occupe seulement de notre Envoyé militaire à Saint-Pétcrsbourg, et je constate d'abord, en fait, que, pour le moment, nous n'avons pas d'Envoyé militaire à Vienne, — qu'un traitement particulier n’a pas été inscrit au budget pour les autres Envoyés du même genre, parce que ceux-ci touchent des indemnités de séjour, — et qu'il m'est difficile de m'habituer à cette idée que la représentation d’un État pour ses intérêts militaires à l’extérieur puisse ressortir à un autre ministère ct à une autre administration qu'au département des Affaires Étrangères. Les autres départements ministériels, le ministère du Commerce, celui de l'Intérieur, se trouvent représentés à l’extérieur, lorsqu'ils ont besoin de l'être, par les agents du ministère des Affaires Ét ‘angères. Il est tout naturel, je

1 Voir le 1er volume des Discours, p.149; Discussion sur le même poste diplomatique.

2? Ce cartel réglait entre les deux Etats les relations de frontières au point de vue militaire. Renouvelé en 1857. Voir le 1er volume des Discours, p. 60,

pense, que les intérêts du ministère de la Gucrre soient représentés de même par les agents du ministère des Affaires Étrangères, toutefois avec l'adjonction d’un attaché militaire ayant les connaissances techniques spéciales. J'ai déjà expliqué en détail, dans la discussion des budgets de ces dernières annécs, que le poste de Chargé d’affaires militaire à Saint-Pétersbourg forme une catégorie tout à fait à part, c'est pourquoi un traitement particulier est depuis longtemps inscrit au budget pour ce poste, — et j'ai des raisons positives de ne pas désirer revenir sur ce sujet. Mais vous pouvez bien admettre, Messicurs, que le gouvernement du Roï, qui, depuis lors, a sacrifié plusieurs autres positions inscrites au budget, et a su s’en passer, ne maintiendrait pas ainsi avec tenacité le poste dont il s’agit, s'il ne considérait pas comme un devoir de le défendre en raison de son utilité diplomatique exceptionnelle, et sil n'avait pas à ect égard une conviction qui l'obligeàt à mettre une telle insistance au maintien de ce poste.

Traité conclu entre la Prusse et la Principauté de Waldeck et Pyrmont. — Ce traité, en vertu duquel l'administration de la Principauté de Waldeck et Pyrmont a été transférée à la Prusse, fut discuté par la Chambre des Députés dans la séance du 11 décembre 1867. Le rapporteur, de Bunsen, proposait à la Chambre d'approuver le traité, — en exprimant le vœu d’une réunion complète et définitive de cette Principauté à la Prusse. — Dans la discussion générale, le comte de Bismarek prononça le discours suivant :

La convention qui vous est soumise à été amenée par une collision entre les institutions fédérales de l'Allemagne du Nord et celles qu’un développement vicieux du principe de la souveraineté, depuis des siècles, a créées dans les petits États allemands. Ces petits États, en effet, se proposant de satisfaire au moyen de leurs propres ressources et sans

aucune aide extérieure à tous les besoins auxquels peut suffire un État plus considérable, — et d'y satisfaire dans la plus large mesure, seraient tombés dans des embarras, à cause de l'insuffisance de Icurs forces financières, s'ils n’ayaicnt fait des réductions sur quelques services de l'État qui leur sont imposés avec justice et raison, afin de pouvoir supporter la surcharge d’autres services auxquels leur pays n'était pas assez grand pour suffire. Il s’en suivit que l’organisation de la défense du pays fut reléguée au second plan et que la bureaucratie des petits États prit un développement disproportionné. Nous avons vu ce fait se produire dans des pays de pareille étendue, — je veux parler du Lauenbourg que je connais mieux et d'autres États de même grandeur, — où nous trouvons des tribunaux d'appel, une organisation administrative à deux degrés, en somme tout un appareil administratif qu'on peut comparer à un couronnement qui surcharge l'édifice entier et l’écrase.

Du temps de l'ancienne Confédération germanique, ce qui rendait possible une telle organisation intérieure, Cest que les petits États se reposaient, pour la défense du pays, sur l’armée prussienne ou autrichienne. Aujourd'hui que les institutions fédérales de l'Allemagne du Nord exigent de chacun des États qu'il fournisse par anticipation sa quote-part proportionnelle pour la défense nationale et pour les grands services de l'État commun, les petits États se sont trouvés, entre ces exigences ct leurs propres moyens, d'autant plus à l’étroit que chez la plupart d’entre eux les ressources de l'impôt n’atteignent pas la moyenne des grandes villes, — le Brunswick seul excepté peut-être, — attendu que les autres petits États n'ont pas de centres de commerce et de circulation. Leur population se compose de cultivateurs relativement pauvres; même dans les districts où l’aisance est plus grande, on ne trouve point de fortunes s’élevant jusqu'au million, et l'impôt sur le revenu ny donnerait qu'une moyenne peu élevée.

Il s'agissait donc de remédier de quelque façon à ce

fâcheux état de choses. Le moyen radical et immédiat sans doute eût été l’annexion; à quoi j'objecte tout de suite que cette mesure aurait difficilement amené en fait et dans la pratique une autre répartition des charges. Comme M. le rapporteur vous l’a déjà fait observer justement, la population généralement pauvre de Waldeck n’eût pas fourni davantage à la communauté prussicnne, même dans le cas d'incorporation, et la population, plus aisée en moyenne, d'autres parties de la Prusse aurait toujours dù combler le déficit; seulement le fait eût été moins visible dans l'ensemble des comptes et moins remarqué. On se demande maintenant pourquoi, de notre côté, nous navons pas préféré ce moyen de l'annexion. M. le rapporteur a déjà examiné les objections qui s y opposaient, mais il ne les pas considérées comme décisives. Je rappelle que lors de la mise en vigucur de la Constitution fédérale de l’Allemagne du Nord, la crainte se fit immédiatement sentir partout que les petits États ne fussent incapables de supporter les charges qui leur étaient imposées par la Confédération; qu'il n’y eùt là comme une contrainte indirecte pour forcer leur médiatisation, et que ce résultat ne fût dans les calculs du gouvernement prussien. Jusqu'à quel point cette contrainte devait avoir réellement un tel effet, et quels seraient les États confédérés, plus ou moins grands, qui la subiraient, ce point restait indécis; les limites à cet égard n'étaient pas fixées précisément. Tout devait dépendre peut-être du degré de pression qu'on exercerait. Pour combattre ccs préventions, pour mettre fin à une telle inquiétude, qui pouvait s'emparer par suite de ces États et de leurs souverains, ceux-ci étant fermement résolus à conserver la mesure de souveraineté compatible avec leur situation fédérale, — pour mettre fin à une telle inquiétude, c'était en quelque sorte le devoir d'honneur de la Prusse de montrer que les petits États, même les plus petits ct les plus pauvres, pouvaient exister dans cette situation de confédérés, et de leur fournir en mème temps les moyens, je ne veux pas dire les ressources d'argent, maïs les mo-

yens puisés dans des institutions législatives, qui rendissent possible pour eux cette existence. Dans ce but, — et par analogie avec les conventions militaires antérieures, par analogie encore avec les conventions précédentes relatives 2 la Justice, lesquelles ont déchargé les petits États des tribunaux de seconde ou de troisième instance, — nous avons fait, je puis dire, une convention administrative, qui rétablit en quelque sorte une situation naturelle, vu qu'un pays de 40 à 50,000 habitants ne peut supporter un régime administratif à deux degrés avec colléges (1).

La politique, aussi bien que la justice nous faisait une loi d’écarter cette crainte que les institutions fédérales ne fussent comme une vis à pression pour broyer les petites souverainetés. Dans la Constitution fédérale nous avons, comme tous nos confédérés, garanti la souveraineté de chacun des États. C’est là une garantie collective; et peutètre peut-on dire non sans raison que nous avons garanti au royaume de Saxe et au grand-duché d'Oldenbourg la souveraineté de Wal deck, tout aussi bien que nous l'avons directement garantie au prince de Waldeck lui-même, et qu'en conséquence il ne suffit pas du consentement d’un seul membre pour farce disparaître une des souverainetés de là Confédération. Mais je ne décide point cette question. Politiquement, nous n'avons pas besoin de plus que ce que Waldeck nous donne, et vouloir en ce sens obtenir plus que le nécessaire, c’est toujours, dans ma conviction, une faute politique.

Quel serait d’ailleurs le sort réservé à la Constitution fédérale, dans son économie fondamentale qui repose sur une répartition des voix (entre les différents États, représentés au Conseil fédéral), si le nombre des voix commençait à diminuer? M. le rapporteur a fait entendre qu'entre 29 et 24 voix, — je ne sais si je réflte exactement les

1 Colléges ou Conseils d'administration supérieure : — en Prusse, par exemple, la Régence provinciale, à laquelle ressortissent administrativement plusieurs Cercles, se divise en sections, ou conseils, pour les diverses branches de l'administration.

chiffres, — qui sont nécessaires pour former la majorité, il n'y aurait pas une sensible différence. Mais il se pourrait que plusieurs États voulussent suivre la même voie que Waldeck, et, à mon avis, 1l faut dire ici, dans l'intérêt des institutions communes: Principis obsta! Nous pourrions de cette manière arriver en peu de temps à ce que la Prusse eût de son chef la majorité dans le Conseil fédéral. Vous m'accorderez qu'une telle situation serait ‘incompatible avec l'institution fédérale, c’est-à-dire avec le vote des confédérés. Les autres États diraient avec raison: « Qu'avons-nous encore à faire au Conseil fédéral ? Pourquoi la Prusse ne nous communique-t-elle pas par écrit ce qu'elle veut? Nous ne sommes en effet qu'une m1norité airs

Aussi ne faut-il pas penser à l'existence fédérale, dès que l'État le plus puissant de ln Confédération et celui qui en à la Présidence possède de lui-mème la majorité. Les choses doivent donc rester comme elles sont instituces, c’està-dire que dans les questions qui présentent quelque chose de contraire à l'équité, — je ne veux pas dire des violations du pacte fédéral, — et qui rencontreraient de la part des petits États, en dehors de la Présidence, une opposition à peu près unanime, ces États puissent au moins former une majorité, — et toute brèche faite à cette disposition constitutionnelle, je pourrais dire toute pierre détachée de cette partie de l’édifice amènerait naturellement les autres confédérés à se demander où l’on s'arrêtera dans cette voie. Quelques-uns peut-être, parmi eux, préféreront la situation d’un riche particulier à celle de souverain avec les obligations princières qu’elle impose; mais beaucoup d’autres ne penseront pas ainsi; la plupart diront: « le même sort nous attend, bon gré, mal gré. La Présidence, dont le bon vouloir es pour nous d’une si grande importance, se montrera complaisante envers ceux qui céderont, tandis qu’elle pesera durement sur ceux qui résisteront, et cette pression s’augmentera peu à peu, pour amener les récaleitrants à obéir aux volontés de la Présidence.» — De là

s'introduirait dans les relations fédérales une méfiance dont elles ont été préservées jusqu'à ce jour et que nous ne pouvons éloigner qu'en nous tenant le plus strictement possible à la Constitution fédérale actuelle, et qu’en l’exéeutant avec une large et bienveillante équité, chaque fois que son interprétation littérale peut laisser un doute. Je ne méconnais pas les incommodités que ce nouveau code politique peut avoir pour les deux parties, cependant je crois que sur beaucoup de points il y a plutôt défaut d'habitude qu'incommodité réelle. On pourra se faire sans doute à ce nouvel ordre de choses, et je ne voudrais pas aller aussi loin que M. le rapporteur qui prétend conclure de cette situation, hybride il cest vrai, que les habitants de Waldeck, si justement fiers de plusieurs de leurs compatriotes (1), se trouveront pour ainsi dire sans patrie; il leur reste le nom d'honneur, ils se nomment Allemands, et entretenir un autre patriotisme que le patriotisme national allemand, nous n’avons pas lieu de le fure; ce n’est pas notre tâche.

Je m'en rapporterai donc à vous, Messieurs, persuadé qu'en présence des graves considérations politiques qui, avec quelque soin que Jexamine la question, me conseillent encore et toujours de ne point toucher au nombre des souverainetés existantes, de ne pas montrer même la moindre envie de le diminuer, — qu'en présence de ces considérations vous ne voudrez pas adopter la seconde partie de la proposition de M. le rapporteur.

Après un discours du député Windthorst (Meppen), le comte de Bismarek crut devoir éclaircir le sens de quelques-unes de ses paroles; il dit :

Je ferai observer seulement, pour éviter tout malentendu, que je ne suis pas allé jusqu'à prétendre ou à admettre que cette convention qui vous est soumise ait besoin d'être approuvée par la voie législative fédérale; je me suis

1 Plusieurs princes de Waldeck ont marqué dans l'histoire militaire autrichienne et allemande, Deux des plus grands artistes de l'Allemagne moderne, le sculpteur Rauch et le peintre Kaulbach, sont nés à Arolsen, capitale de la principauté de Waldeck.

borné à dire que si elle allait aussi loin que la seconde partie de la proposition (c’est-à-dire jusqu'à l'annexion), alors effectivement elle aurait besoin d’être approuvée de cette façon; ce qui, sans autre démonstration, sera évident, si je fais remarquer que la voix appartenant à Waldeck (dans le Conseil fédéral), et qui est spécifiée par la Constitution, — aussi bien que le nombre des voix actuellement fixé, — forme partie intégrante du Statut fédéral; qu'ainsi pour faire disparaître une de ces voix un changement constitutionnel serait indispensable.

En réponse au député Dr Lette, le comte de Bismarck fit cette observation :

Je conclus de quelques paroles dites par M. le préopinant dans son exorde qu'une raison de fait, qui diminue essentiellement pour les habitants de Waldeck les désavantages que peut avoir en pratique la simple union administrative, comparativement à l’incorporation, n’est pas appréciée à sa véritable valeur: je veux parler de l'indigénat sénéral qui existe dans la Confédération de l'Allemagne du Nord. Les désavantages dont il est question seraient bien plus grands et iraient peut-être jusqu'au point indiqué par M. le rapporteur, c'est-à-dire que les habitants de Waldeck ne sauraient pas au juste à quelle nationalité ils appartiendraient, si l’ordre de choses antérieur à l'établissement de la Confédération de l'Allemagne du Nord subsistait encore, et si les Waldeckois demeuraicnt réellement des étrangers sur le territoire prussien; mais d’après la Constitution actuelle ils ont chez nous le mème droit de citoyen que chez eux, tel que les lois connues de la Confédération allemandes du Nord le leur confèrent et le développeront encore ultérieurement.

Dans la suite de la discussion, le comte de Bismarek répliqua comme il suit à un discours du député Twesten :

J'ai déjà essayé, lorsque j'ai pris la parole pour la première fois, de réfuter l'opinion suivant laquelle le présent traité imposerait au peuple prussien des charges, un nou-

veau déficit, que la Prusse n’accepterait pas, même dans le cas d’une incorporation complète de Waldeck. Cette assertion repose uniquement sur des chiffres groupés, — comme on à l'habitude de dire en matière de budget, — groupés de manière à produire une impression qui en somme ne répond pas à la réalité. Que la principauté de Waldeck soit incorporée à l’État prussien ou que par le traité actuel elle lui soit simplement unie, la question est tout à fait indifférente en ce qui concerne le revenu de la principauté. Nous ne tirerions pas un silbergros de plus des impôts et des autres recettes de ce pays. Il n’est pas supposable que le prince de Waldeck, au cas où il serait complétement médiatisé, consentit encore à acheter cette situation par de plus grands sacrifices sur sa fortune privée, peut-être même à renoncer à ses domaines ou à la pleine et libre jouissance de ceux-ci; non, à ce prix il aimerait mieux se retirer de toute l'affaire. Mais lorsqu'il conserve ses propriétés dans l’état de choses tel que la convention Va établi, — or le Prince n’eüt pas accepté un autre arrangement, — je vous demande, Messieurs, ce que l'impôt ferait entrer de plus dans la caisse prussienne si nous incorporions la Principauté, et ce que nous aurions de moins à payer comme frais. Il est évident que la situation resterait complétement la même. Avons-nous fait, financièrement parlant, une affaire avantageuse, lorsque le comté de Wittgenstein fut médiatisé? Nous avons acquis un certain nombre de paysans pauvres, endettés, je dirais même affamés, que l’État prussien a reçus dans son sein avec toutes les charges publiques de ce pays et tous les soins de souveraineté paternelle qui lui étaient dus; —- et les propriétés du prince médiatisé entrèrent exemptes d'impôt dans l’État prussien. Si l'affaire avait été faite dans la même forme qu'avec Waldeck, elle eût donné en chiffres un résultat tout aussi défavorable; néanmoins, cette médiatisation a été regardée alors comme une acquisition désirable, comme une extension de l'État médiatisant. Je ne puis donc accepter le reproche qui nous est fait d’avoir imposé à la Prusse de

nouvelles charges sous lesquelles notre État, d’après le tableau qu'on en trace, semblerait écrasé, — et je dois le repousser une fois pour toutes.

Lorsque, ensuite, M. l’orateur prétend qu'il n’y aurait rien d'incompatible avec la Constitution fédérale à ce que, sans le consentement des autres confédérés, — c'est-à-dire de la majorité des deux tiers du Conseil fédéral et de la majorité absolue dans le Reichstag, — on parvint à farre disparaître du nombre des souverains confédérés l’un d’entre eux, — une pareille assertion ne peut d'aucune manière me convaincre, et je ne voudrais pas accepter comme Chancelier fédéral la responsabilité d’une telle façon de procéder. Il est dit dans la Constitution simplement que le prince souverain de Waldeck est membre de la Confédération, et son nom se trouve, dans le préambule, parmi ceux des confédérés. Que Waldeck ait une voix ct en use, c'est absolument son droit, et il ne peut lui être enlevé que suivant le mode prescrit pour les changements de la Jonstitution. Le prince de Waldeck a toujours, il est vrai, la faculté, s'il lui plaît, de ne point user de la voix qui lui appartient, mais conclure un traité qui rendit pour lui cette abstention obligatoire, ce serait agir de la même façon que si le gouvernement du Roi voulait signer avec un candidat à la députation une convention légale et publique, aux termes de laquelle ce candidat, sil était élu, devrait toujours, soit donner sa voix au gouvernement, soif, dans lintérèt de celui-ci, s'abstenir de voter, — ou encore si le gouvernement voulait conclure un pareil traité avec un membre de la Chambre des Seigneurs. Ne casseriezvous pas tout de suite l'élection d’un tel député, et ne diriez-vous pas quil y à là une violation de la Constitution? M. le préopinant, je le crois, serait le premier à élever la voix pour déclarer qu'une semblable convention ne saurait être valable, qu'elle fausse ct qu’elle tourne la Constitution.

Je dois encore, comme Chancelier fédéral, — si je peux, ici, en cette qualité prendre un moment la parole, — protester contre cette autre assertion de M. le préopinant que l’exi-

stence des petits États est une impossibilité Au nom de la Constitution fédérale, je dois protester contre ces paroles; nous avons garanti constitutionnellement l'existence de ces petits États: donc elle est possible.

A la fin de la discussion générale le comte de Bismarck reprit encore une fois la parole pour répondre à un discours du député

Dr. Waldeck :

Les plaintes que l’on a fait entendre ici sur les charves résultant des institutions fédérales, — plaintes exprimées par le dernier et surtout par l’avant-dernier orateur, — ont eu, venant de cette enceinte, un trop grand retentissement — l'expression allemande équivalente ne me vient pas en ce moment — pour que je ne saisisse pas cette occasion de dire ur mot en faveur de ces charges.

J'entends de ce côté, à ma droite, précisément le même langage que j'ai entendu, huit années durant, dans la Diète de Francfort.

Aussitôt qu'on parlait dans cette Diète d'institutions nationales, le premier mot était toujours: « Vous nous 1mposez des charges». C'était la voix du particularisme qui faisait entendre ce mot, et, pardonnez moi, Messieurs, de vous le dire, c’est encore ici la voix du particularisme prussien qui répète cette même parole.

À Francfort, aussi, on étuit toujours prêt à s’incorporer une province, un pays; mais dès qu'il s'agissait de conclure une affaire bilatérale, de créer une situation fédérale, aussitôt on se divisait, comme ici, en « Waldeckois» et «Prussiens». On disait, toujours comme ici: — ce que Waldeck gagne (à cette affaire) n'est pas pour nous un avantage; il ne s’agit que d'une chose, c’est que nos contribuables, à nous Prussiens, y gagnent, füt-ce même aux dépens des Waldeckois. — C'était le particularisme qui parlait ainsi et qui avait toujours à la bouche ce mot de charges. Mais ne nous rapportent-elles rien, ces charges? Je m'étonne de les voir attaquées de ce côté (la Gauche) où l’on est prèt, comme je n'en doute pas, à faire tous les sacrifices pour la liberté, pour la liberté individuelle. Ne devons-nous

donc pas faire aussi des sacrifices pour notre liberté politique nationale? Dans quelle situation serions-nous donc sans ces charges supportées par nous? Il nous faudrait, sitôt que des dangers politiques menaceraient, chercher appui dans des alliances, comme nous le faisions autrefois. Aujourd’hui nous devons à ces charges que notre alliance est recherchée et que nous sommes en situation de sauvegarder, avec nos propres forces, notre liberté, notre honneur, sans avoir besoin d'acquérir la bienveillance d’autres États.

En ce moment m'arrive, par hasard, de Caracas, dans le Sud-Amérique, une Adresse signée par les Allemands résidents, au nombre de 2000; ils y expriment la joyeuse confiance avec laquelle ils voient dans le nouveau pavillon fédéral le symbole de la protection que la grande Confédération, comprenant bientôt, 1ls l’espèrent, toute la nation allemande, assure mème aux Allemands dans la région des tropiques, si loin de leurs compatriotes, et ils saluent avec la plus vive satisfaction le signe extérieur de la protection puissante d’une grande nation, si richement douée, dont ils se sentent pour la première fois glorieux d’être membres. Messieurs, est ce que cette satisfaction — que, depuis le jour où nous nous sommes imposé ces charges, nos compatriotes allemands ressentent dans toutes les parties du monde et avec une émotion profonde, au point qu'on pourrait dire que le patriotisme allemand en Amérique, dans la Nouvelle-Galles du Sud et autres lieux, est, je ne dirai pas plus vivant, mais plus vivement exprimé que dans les limites de la mère-patrie, — est-ce que cette satisfaction n'a donc aucune valeur?

N'est-ce rien pour vous, Messieurs, d'entendre que nos compatriotes, en des contrées si lointaines, maintenant tour-. nent avec fierté leurs regards vers la patrie et se disent, dans le sentiment de leur propre dignité: «nous sommes Allemands», tandis qu'autrefois ils baissaient les yeux avec une sorte de honte?

Messieurs, je ne suis pas de ceux qui envisagent froïde-

ment les charges que les classes nécessiteuses ont à supporter. J'ai, en outre, trop longtemps vécu dans les campagnes pour ne pas savoir ce que vaut l’obole apportée par le pauvre contribuable, et apportée par lui dans les temps de disette. Mais pour un peuple comme le nôtre, Messieurs, l'indépendance, la liberté politique, l'honneur national passent avant tout, et c’est avec joie que pour ces premiers biens du pays les pauvres eux-mêmes apportent leur part de sacrifices.

. Dans la discussion des articles du traité avec Waldeck, le député Dr. Lœwe prétendit qu’une réforme de toute la Constitution fédérale était nécessaire, particulièrement à l'égard de la composition du Conseil fédéral. Il dit, entre autres choses, dans son discours: ,Les objections que nous faisons aujourd'hui contre le traité ne sont point celles, en réalité, du particularisme. Si elles avaient été de cette nature et telles que M. le Ministre, président du Conseil fédéral, les a représentées, on aurait dû entendre, ici, des plaintes exprimées par nous dans cette note particulariste etc. “ — Le comte de Bismareck répliqua :

Je serais entraîné trop loin, si je voulais entreprendre-aujourd’hui la défense du Conseil fédéral et de sa composition, et je ne prends la parole que parce qu'il m'a semblé, — si j'ai bien compris, — que M. le député se sentait blessé, lui et ses amis politiques, par la réminiscence de l’ancienne Diète. S'il s’est réellement senti blessé, j'en suis fâché; ce n’était point mon intention de rien dire de blessant; mais j'accepte ce sentiment éprouvé par lui comme un témoignage de l'immense progrès que nous avons fait dans les institutions allemandes. Si déjà l’on se sent blessé par le simple souvenir, — car ce n’était point une comparaison, — de l’ancienne Diète, je suis sûr alors que personne Jamais ne se sentira blessé d’une comparaison avec les in- Stitutions fédérales actuelles ou d’un rapprochement fait avec celles-ci.

Ajournement de la loi du budget. — Le Président de la Chambre des Députés ayant posé en fait qu'il était impossible de terminer avant la fin de l’année la discussion du budget de 1868, — le comte de Bismarcek fit la déclaration suivante :

Comme il y a lieu, après ce qui vient d'être dit, d’admettre avec certitude que la loi constitutionnelle sur le budget ne pourra pas être votée avant la fin de cette an-

née, le gouvernement du Roi, — pour les dépenses qu'il serait indispensable de faire depuis le 1® janvier jusqu'à la promulgation de la loi budgétaire, — se réserve de de-

mander, en connexion avec les dispositions de la loi d'indemnité (t), que décharge lui soit donnée par un vote d’approbation ultérieur, dans cctte Chambre et dans l’autre, lors de Ja délibération finale sur la loi du budget. Le gouvernement du Roi croit d'autant plus sûrement pouvoir compter sur le bon vouloir des Chambres à ce sujet, que, par suite des circonstances exceptionnelles dans lesquelles le budget a dü, cette fois, être fixé et discuté, à cause de l'annexion des nouvelles provinces, à cause aussi de la nécessité d’un certain nombre de lois organisatrices, remplissant les conditions préliminaires exigées par cette annexion, -- que par suite, ai-je dit, de ces circonstances exceptionnelles, ni les travaux du ministère ni ceux de cette Chambre n'ont pu être poussés aussi rapidement qu'on peut prévoir vraisemblablement qu'ils le seront à l'avenir. Par ces motifs, — appréciés de vous tous, je l’espère, — le gouvernement à la confiance que la décharge qu'il réclamera de vous prochainement ne lui sera pas refusée.

Le député Twesten objecta que ce vote du budget, ainsi retardé, pouvait créer un précédent fâcheux; — le Ministre-Président lui répondit :

1 Loi par laquelle les Chambres accordaient au gouvernement prussien décharge pleine et entière pour les irrégularités budgétaires des années précédentes (1862— 65).

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