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le manque de loyauté dans la politique intérieure, — je ne prends la parole, dis-je, que pour demander à Monsieur le député sur quels faits il appuie l’assertion qui paraît avoir été accueillie avec une certaine satisfaction par quelques-uns d’entre vous, et suivant laquelle nous aurions cédé à une pression extérieure. J’appelle cette assertion un dire de fantaisie, une parole en l'air, et la repousse comme telle. Nous n'avons aucunement cédé et n'avions nulle raison pour le faire.
Le préopinant a reproduit ici quelques réflexions de la presse se rattachant à un prétendu document qui émane, dit-on, du marquis Wielopolski, et le sens de ces citations est que par nos conventions avec la Russie nous serions devenus les alliés de la politique exposée dans ce prétendu document-Wielopolski. Ceci se réfute de soi, Messieurs. Si le gouvernement russe avait adopté une pareille politique, il aurait, en concluant une convention avec la Prusse, telle que vous la supposez, rompu complètement avec cette pohtique, et il serait extrêmement avantageux d’avoir amené cette rupture par la convention.
Dans le cours de la discussion M. le ministre-président de Bismarck répondit au député de Sybel:
L’orateur que nous venons d'entendre a trouvé que je montre aujourd'hui moins de sûreté à défendre mes vues. Je regretterais beaucoup que par là l’idée se repandit qu'il m'est venu des doutes sur ma manière de voir. Cette remarque m'amène done à dire que, malade depuis quatre jours, je ne suis sorti aujourd'hui, contre la volonté du médecin, que pour ne pas perdre l’avantage de cette dis- CUSSIOn. |
Le préopinant a paru admettre au début de son discours qu'aujourd'hui l'existence d’une convention quelconque
avec la Russie aurait été déclarée douteuse par moi; je crois avoir assez souvent exprimé que la convention existe; j'ai dit seulement, aujourd’hui, que la nature, le caractère, la portée de cette convention ne sont connus ni de M. Donalies, ni des autres, comme M. Donalies les désignait, ni de cette Chambre non plus. L’orateur à dit que la convention avait, comme on sait, une portée bien plus étendue que celle qu'on lui attribue maintenant; il a souligné d’une manière expressive les mots «comme on sait». Messieurs, j'ai remarqué dans la presse que les journaux, lorsqu'ils rapportent un fait tout nouveau pour eux, surprenant et inconnu, disent alors : Comme on sait, il se passe en ce moment... telle ou telle chose ..... Je crois que le préopinant se trouve à peu près dans un cas analogue; il dit que le jugement de l’Europe sur la convention est complétement unanime; or le jugement de l’Europe ne peut ètre unanime sur quelque chose qui lui est inconnu; ce qui est unanime dans certains cercles fort étendus, c’est le parti pris d'ajouter foi à de fausses données sur le contenu de la convention; on aperçoit dans toutes les feuilles publiques le déplaisir très explicable et très naturel de ne pouvoir pénétrer la vérité. Les journaux se rapprocheront de plus en plus, — négativement sans doute, — de la vérité, en rejetant ce qui est démenti par le gouvernement, et peut-être serontils surpris eux-mêmes de voir ensuite ce qu'il reste.
Tout ce que je crois avoir dit, c’est que vous ne connaissiez pas la nature de cette convention et que vous 1gnoriez si elle existe encore; par quoi je ne crois pas avoir avancé qu'elle n'existe plus; j'affirme seulement que vous ne le savez pas. Tout ce que le préopinant a pu indiquer sur le contenu positif de la convention, se borne de nouveau à prétendre, d'après la citation de.la dépêche française du 17 février, que nous aurions stipulé avec la Russie le droit réciproque de franchir les frontières à la poursuite des insurgés, jusqu'à ce que l’on rencontre un corps de troupe national assez fort pour continuer cette poursuite. Je me borne à dire qu'une telle stipulation n'existe positive-
ment pas; elle n'a point été faite; que reste-t-il done de ce que sait le préopinant au sujet de la convention?
Le ministre-président de Bismarck répondit ensuite au député Lœvwe :
L'orateur doit avoir mal compris mes paroles. Je n'ai point parlé de l'avantage ou du désavantage que la convention pourrait avoir pour la Russie, mais, à propos des prétendus plans du comte Wielopolski, j'ai dit: Si jamais de tels plans ont été ceux du gouvernement impérial de Russie, il faudrait nécessairement admettre que par le seul fait d'avoir conclu une convention avec la Prusse, telle que vous vous la représentez, c’est-à-dire d’être entré dans une alliance solidaire avec les Allemands contre les Polonais, le gouvernement russe aurait rompu avec la politique panslaviste que le préopinant attribue, non pas à tort peut-être, à une partie de la population russe; — que, par suite, la convention, si elle eût été conclue dans ce sens, aurait le mérite d’avoir empêché en Russie même le succès du parti que redoute le préopinant.
Le même orateur se plaint de ce qu’une foule de questions, dont la solution, il est vrai, aurait pu être plus pressante pour moi que celle de la question polonaise, si celle-ci ne s'était pas produite sous la forme de l'insurrection, — attendent aujourd’hui encore cette solution et ne la recevront pas dans un avenir rapproché. Mais quoi! Messieurs, vous n'avez pas non plus trouvé votre solution dans les dix ou douze années qui viennent de s’écouler; au contraire, vous n’avez pas même fait un pas en avant; il est done passablement injuste de vouloir vous en prendre au ministère actuel et à la convention de ce que dans les sept dernières semaines, — je crois que c’est le temps écoulé, — les questions danoise, hessoise et fédérale n’aient pas été déjà résolues, et d'imputer à la convention la faute de cet ajournement. Lorsque je suis entré au ministère, j'ai trouvé encore mainte autre question plus importante et plus urgente que la question
qui nous occupe. Je ne puis vous cacher, Messieurs, que votre manière de seconder la politique extérieure du gouvernement, quand elle suit des voies conformes à vos propres tendances, n’est pas de nature à nous faire atteindre plus tôt le but.
Le ministre-président fit enfin une seconde réplique au député de Sybel :
Je dois faire remarquer, dans l’intérèt des représentants des gouvernements à l'étranger, que ceux-ci ne savent rien des ouvertures que peuvent faire nos envoyés, et reçoivent seulement les communications des ministres des affaires extérieures étrangers sur ce que ces ministres ont appris soit des agents diplomatiques de Prusse, soit de ceux de Russie, soit — je crois pouvoir l’ajouter — des rapports de leurs propres agents à Pétersbourg ou ailleurs. Je fais observer notamment que lord Russel, dans ses déclarations au Parlement, sen tient à dire, avec la réserve qui convenait en pareille circonstance, qu'il ne connaît nos conventions que par ouïdire et que ses renseignements à cet égard proviennent de sources diverses.
Si le préopinant regrette que des assertions erronées n'aient pas été rectifiées, je puis le tranquilliser à cet égard. Les Cabinets sont parfaitement éclairés sur les suppositions qui n'étaient pas exactes, mais nous n'avons pas l'habitude de publier aussitôt dépèches et négociations. Il arrive facilement que des négociations entre Cabinets étrangers soient mal comprises tant qu’elles ne sont pas encore arrivées à une solution complète. Vous vous expliquerez ainsi que le ministère anglais se soit exprimé avec cette réserve dans le Parlement, et que la dépêche du 17 février ne repose pas uniquement sur les données de l'ambassadeur de Prusse à Paris. Je dois donc défendre nos deux ambassadeurs à Londres et à Paris contre le reproche d’avoir dit quelque chose qui ne fût pas conforme à la réalité.
Situation des ambassadeurs. Dépenses pour le service diplomatique.
A l'occasion du budget de 1863 (séance du 3 mars), le député de Rœnne s'était prononcé contre le rang d'ambassadeur accordé aux envoyés de Prusse près les Cours de Londres et de Paris. Le ministreprésident de Bismarck lui répondit:
M. le député a dit qu'il est nécessaire que des ambassadeurs se distinguent par une représentation particulière. C’est sans doute désirable, mais il n’en est pas toujours ainsi. Le chiffre des ambassadeurs près les Cours étrancères a généralement augmenté dans ces derniers temps d'une façon extraordinaire et au delà de ce qui avait été jusqu’à présent la mesure habituelle; il y a, par exemple, à Paris un ambassadeur anglais, un russe, un espagnol, un turc, un autrichien, plus le nonce du pape qui a le rang et les prérogatives d’un ambassadeur. Je ne crois pas que tous les Cabinets qui sont ainsi représentés à Paris, comprennent mal leur politique et leur diplomatie, ni qu'ils aient énvie de donner leurs titres et leur argent pour une représentation dont ils ne jugeraient pas les services utiles au pays; je ne crois pas non plus que les idées justes sur la manière dont un État doit ètre représenté à l'étranger, n'existent chez nous que dans la presse et dans les discussions de cette Chambre, tandis qu'elles seraient refusées au g'ouvernement. Pensez-vous que nous puissions faire de la diplomatie comme le préopinant l’a donné à entendre, c’est-àdire qu'il suffise que notre envoyé entre dans un salon et dise: «Je suis l’homme qui a deux cent mille soldats derrière lui»? Ce n’est pas ainsi que se font les affaires; les prérogatives des ambassadeurs facilitent l'accès non seulement auprès du souverain, mais encore auprès du ministre des affaires étrangères; car le ministère de l'extérieur n’est pas partout, pour traiter les affaires, aussi accessible que chez nous. Dans plusieurs des autres Cours, le ministre fixe
certaines heures, une ou deux fois par semaine, où il reçoit tout le corps diplomatique; ceux qui ont affaire avec lui, viennent, ces jours-là, au ministère et attendent leur tour. Parfois ils sy rencontrent en assez grand nombre; un simple envoyé, — si par exemple la réception dure de midi à trois heures, — après avoir attendu depuis midi,
“est exposé, quand à deux heures vient son tour, à ce qu'un
ambassadeur arrive et passe avant lui. Trois, cinq, six ambassadeurs arrivent ainsi l’un après l’autre, et l’envoyé, au bout d’une si longue attente, retourne chez lui comme il était venu. Les gouvernements trouvent donc plus pratique, selon les circonstances, d’avoir des ambassadeurs mal payés que des envoyés mal payés.
Nos envoyés dans les postes principaux, rétribués comme ils le sont, se trouvent avoir une situation difficile en raison des exigences actuelles de leur position. Je sais cela par ma propre expérience, bien que je ne m'en sois jamais plaint. Il est donc on ne peut plus désirable que les traitements diplomatiques soient élevés, et ce n’est pas seulement le titre d'ambassadeur qui crée cette nécessité.
Que M. le député ait exprimé qu'il voit avec déplaisir la politique personnelle des princes, ceci ne change rien à la question. Les princes ne s'inquiètent pas de ce déplaisir. Oui, ils font de la politique personnelle, et nous devons, pour nous diriger, voir les faits tels qu'ils existent et non pas tels qu'ils devraient être suivant le désir de M. le député.
Le ministre-président répondit ensuite au député baron d'Hoverbeck, rapporteur de la commission du budget:
Il me faut faire une rectification. Je n'ai pas parlé d’une attente d’une demi-heure et de la perte d’un temps égal, mais, du plus ou moins de facilité, en général, pour traiter les affaires avec les ministres de l'extérieur et les souverains. Comment M. le rapporteur a-t-1l pu trouver
dans mes paroles matière à un appel de milliers d’écus tirés de la poche des contribuables, c’est ce que je ne comprends réellement pas. La fin de son discours était en contradiction avec l’exorde.
La commission du budget proposant de refuser une augmentation de traitement pour le chargé d’affaires militaire de Prusse à Saint-Pétersbourg, le ministre-président fit la déclaration suivante:
Je me borne à déclarer que, dans l'intérêt du service, le gouvernement du Roi tient pour impérieusement nécessaire le maintien de ce poste, et qu'il trouve au budget de l’extérieur ou dans notre représentation à l'étranger d’autres postes très utiles sans doute et très désirables, mais qu'il laisserait plutôt suppriher que celui-ci. J'aurais peut-être eu l’occasion d'en communiquer les motifs à la commission du budget, si ses discussions étaient autrement organisées et soumises à une publicité moins partiale.
La commission avait proposé de créer un titre spécial au budget pour les dépenses de chaque ambassade en particulier; le député Harkort ayant appuyé cette motion, le ministre-président répondit:
Je suis amené par le discours du préopinant à prendre la parole, mais je voulais précisément parler sur la motion dont il s’agit dans ce discours. A mes yeux, cette motion n’est utile ni pour l'intérêt du service, ni au point de vue de l'économie. Les dépenses du service diplomatique se laissent encore moins spécialiser et préciser avec certitude que celles des autres services. Il n’y a donc réellement pour le service extérieur n1 nécessité n1 utilité d’un titre spécial au budget, comme cela existe pour les autres branches de l’administration.
Je crois que le ministère des affaires étrangères suffirait à tout avec de moindres sommes, sil lui était alloué une fois pour toutes un quantum dont il pourrait disposer tout à fait comme il l’entendrait, mais avec la faculté de virement d'un